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Chronique

Islam et musulmans de France, dans l’œil du cyclone

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4830 Le 08/08/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

Depuis les effroyables attentats de Nice et de l’église de saint-Etienne de Rouvray au cours desquels des terroristes ont tué massivement des dizaines de civils et égorgé froidement un prêtre, les musulmans de France se sont retrouvés sous le feu d’une lancinante actualité... Il est vrai que depuis quelques années déjà, ils en occupaient le fronton à cause de la conjugaison de plusieurs facteurs... les vagues d’immigration en provenance de Syrie et de Libye... les attentats terroristes qui ont frappé Paris et  Bruxelles, la persistante crise économique et identitaire... Tous ces facteurs ont participé à créer une atmosphère inédite où les musulmans de France ont concentré toutes les attentions et où l’islam de France est sujet central de tous les débats ...
Les autorités françaises par la voix du premier ministre Manuel Valls ont repris le fil de la discussion sur le devenir de cette religion et sa place en France...Des idées fusent pour tenter d’apporter des réponses politiques à des interrogations idéologiques... le financement des lieux de cultes musulmans ne doit plus dépendre de l’étranger... La formation des imams qui opèrent dans les mosquées de France doit être assurée exclusivement dans l’hexagone... et l’on remet sur le tapis l’idée d’établir une forme de concordat pour organiser les relations de l’Islam avec l’Etat...

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Endossant son costume d’homme de gauche sans concessions, Manuel Valls a lancé cette phrase qui fera date: «Si l’islam n’aide pas la République (...), il sera de plus en plus dur pour la République de garantir ce libre exercice du culte». Et de faire ce constat qui fait couler beaucoup d’encre: «Tous les salafistes ne sont pas des djihadistes, mais presque tous les djihadistes sont des salafistes» (Ph. AFP)

Dans cette atmosphère, la réactivation de la Fondation de l’islam de France apparaît  à certains comme la recette miracle pour organiser aussi bien la problématique des financements des mosquées que les autres rituels du culte musulman.  Le projet de cette fondation a été lancé médiatiquement dans le sillage de l’offensive menée par Manuel Valls pour restructurer l’espace musulman français et le sortir de la situation de dépendance financière et d’asservissement idéologique qui favorisent l’intrusion de discours radical et sa dangereuse séduction sur certains jeunes.
Cette relance de la fondation de l’islam de France commence déjà à faire grincer les dents. La volonté de rajeunir l’élite qui encadre l’islam de France et de coopter un leadership jeune a été perçue par certaines organisations qui avaient pignon sur rue auprès du ministère de l’Intérieur et des Cultes comme une volonté de mettre à l’écart les structures traditionnelles pour les remplacer par de nouveaux leviers censés garantir un financement plus transparent du culte musulman et une production plus encadrée du discours religieux.

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D’un autre côté, des appels se sont multipliés pour demander aux musulmans de France de se positionner par rapport à ces actes violents, de ne pas se limiter à des dénonciations traditionnelles  de principes. Il leur est demandé d’imaginer des actes et des comportements qui éloignent cette accusation diffuse de milieu incubateur et complice avec ces horribles attentats...
Mais une des charges les plus polémiques fut initiée par le premier ministre Manuel Valls lui-même. Endossant son costume d’homme de gauche sans concessions, il lance cette phrase qui fera date: «Si l’islam n’aide pas la République (...), il sera de plus en plus dur pour la République de garantir ce libre exercice du culte». Et de faire ce constat qui fait couler beaucoup d’encre puisqu’il donne cette  soudaine impression d’être un grand coup dans la fourmilière: «Tous les salafistes ne sont pas des djihadistes, mais presque tous les djihadistes sont des salafistes». Avant d’enfoncer le clou avec une charge inédite dans le discours politique traditionnel de la gauche, qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition: «De nombreux musulmans de France sont pris en otages par le fondamentalisme, le salafisme, les Frères musulmans, qui font de leur culte un étendard, une arme contre les autres».
  Entre ceux qui ont applaudi cette ferme détermination du Premier ministre y voyant une prise de conscience de véritables menaces qui pèsent sur la France et ceux qui se sont émus de son ton ferme et menaçant,  le grand débat aujourd’hui en France tourne autour de ce constat: l’exigence de clarification demandée aux musulmans de France, si sains et salvateurs soient ces objectifs, est de nature à jeter un invisible voile de culpabilité sur l’ensemble du fait musulman français et européen. Le dosage des expressions publiques, des pressions politiques, des postures médiatiques semble incontournable pour éviter une grande confusion dans les opinions échaudées par cette épreuve inédite que traverse le vivre ensemble sur les territoires européens.

Fondation Islam de France

Grosses interrogations autour de Chevènement

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense à la tête de la fondation de l’islam de France...voici une information qui ne passe pas inaperçue. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a justifié ce choix: «Il y a besoin d’une personnalité qui puisse être un médiateur fort, à la fois ferme sur les grands principes de la laïcité et ouvert». L’opposition de droite à ironisé sur ce choix. Brice Hortefeux, un proche de Nicolas Sarkozy, a qualifié Jean-Pierre Chevènement  d’un homme «totalement étranger à la religion musulmane (...) C’est comme si, pour la présidence de la conférence des évêques de France, on faisait appel à un bouddhiste». Tandis que le numéro 1 du MoDem François Bayrou s’est interrogé à haute voix: «Proposer pour prendre la tête de cette organisation quelqu’un qui n’est pas de culture musulmane, qui n’est pas de sensibilité musulmane et qui n’est pas de culture religieuse, pour moi c’est une interrogation». L’intéressé n’a pas caché son intérêt pour cette mission à laquelle, dit-il, «il ne peut pas se dérober car elle répond selon lui à un intérêt national».

 

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