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    Analyse

    Valorisation des déchets
    Les cimentiers misent sur l’expertise européenne

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4827 Le 03/08/2016 | Partager
    Plus de 60 % des combustibles proviennent de l’économie circulaire
    Allemagne, Italie, Autriche et Pologne… parmi les pays les plus avancés
    Les déchets ménagers et industriels, une véritable mine d’argent
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    «Les cimenteries recourent à la technique du co-processing qui permet de trier les déchets recyclables, transformer les déchets bruts en un matériau combustible et gérer la logistique des déchets provenant des flux entre la production des déchets et leur valorisation», estime Abdelmoula Baoui, chargé du suivi des usines du groupe cimentier allemand Heidelberg Cement. Selon lui, «ce procédé permet un traitement thermique des déchets dérivés sans aucune émission supplémentaire» (Ph YSA)

    La course à la récupération des déchets et leur transformation en produits combustibles deviennent de plus en plus intéressantes en Europe. Précurseur dans ce domaine, l’Allemagne a pu convertir les déchets ménagers et industriels en une véritable mine d’argent. Ainsi, à Dortmund, ville de 580.000 habitants, le secteur assure une parfaite économie circulaire. Les cimentiers en sont les premiers bénéficiaires. Ils y trouvent des sources d’énergie moins polluantes et de moindre coût. Pour eux, la valorisation des déchets type RDF (Refuse derived fuels) et SRF (Solid recovered fuel) constitue une manne importante de combustibles propres, non polluants, et à très faible coût.
    Première étape du périple découverte des cimentiers marocains à Pescara. A une vingtaine de kilomètres de la petite bourgade italienne, une entreprise familiale, pionnière dans la valorisation des déchets, opère dans la tranquillité. Il s’agit de la société Deco SA, dont la création remonte à 1989. Bercée au milieu des habitations et très «propre», il est difficile d’imaginer son activité. Pourtant, celle-ci produit 270.000 tonnes de déchets de RDF à partir de 1,6 million de tonnes de déchets ménagers. L’entreprise livre plusieurs cimenteries notamment en Italie, Chypre, Bulgarie et Grèce. Ses dirigeants sont fortement intéressés par le Maroc. C’est Fabrizio D’Epiro, son patron, qui le confirme. Et ce, malgré son «angoisse» par rapport à la polémique suscitée après la réception d’un premier arrivage de ses déchets à Jorf Lasfar, en juin dernier. Une cargaison dont le cimentier Lafarge Holcim n’a payé que 25 euros pour chaque tonne livrée. Soit cinq fois le prix comptabilisé à la sortie de la plateforme de traitement (5 euros la tonne). Ceci, en raison des frais de transport entre autres. «Si nous comptons les analyses ainsi que les autres dépenses relatives à l’importation de ces déchets, le prix de revient est de 36 euros la tonne... Ce qui est beaucoup moins cher que les combustibles traditionnels fossiles tels que le charbon», est-il expliqué. Mais, comment peut-on avoir des RDF hautement calorifiques en énergie valorisée? C’est là tout le savoir des entreprises italiennes. Si Deco SA vend ses déchets broyés et contrôlés à 5 euros la tonne, il y a bien un organisme qui doit supporter le surcoût. Pour le cas de la ville de Pescara, Deco gère le secteur des déchets au profit de la Commune moyennant quelque

    dechets_valorisation_027.jpg

    L’industrie du ciment adopte une approche écologique déclinée en plusieurs étapes. Celle-ci se base sur la diminution des quantités de déchets produits, la réutilisation des matériaux et leur recyclage pour créer de nouveaux produits. Ceci, sans oublier l’incinération ayant pour but la récupération de l’énergie à partir des déchets, ainsi que l’enfouissement dans des décharges réglementées
    (source lafarge.com)

    125 euros la tonne. Du coup, les élus n’ont pas besoin d’une décharge. Tous les déchets de la ville sont traités et même revendus. En Italie, la valorisation des déchets ménagers dans les fours de cimenteries a été introduite depuis une vingtaine d’années dans le cadre d’une réglementation spécifique. Le pays exporte aujourd’hui, chaque année, 320.000 tonnes de RDF vers plusieurs pays (Autriche, Pays-Bas, France, Danemark, Espagne, Tunisie, ...).
    Deuxième étape du voyage, Dortmund, en Allemagne. Ici, la population est très frileuse quant à la préservation des ressources naturelles. Ce n’est pas d’ailleurs fortuit que la moitié de la ville est constituée d’espaces verts et que l’ancienne aciérie a cédé sa place à un lac presque tout à fait naturel. C’est là aussi où le Phoenix renaît de ses cendres, comme le rapporte notre guide. Dans cette ville, Emrec, la société «qui transforme les déchets en ressources» collecte 40.000 tonnes de combustibles alternatifs à partir de résidus industriels banals. Créée en 2000, l’unité emploie aujourd’hui 13 salariés,  «tous en forme», comme l’atteste leur bilan médical annuel. «Normal, d’autant qu’ils manipulent des déchets ordinaires qui ne présentent aucun danger pour leur santé», affirme le management de l’entreprise. Les déchets que lui livrent les industriels de la région sont facturés entre 75 et 80 euros la tonne. Ils sont composés de freintes de tissus, plastiques, bois, papier, etc. Mélangés et broyés selon les exigences de ceux qui vont les réutiliser, ces déchets sont revendus entre 5 et 10 euros la tonne. Emrec qui a fait des RDF son commerce, dispose également de deux autres plateformes qui fournissent la majorité des cimenteries présentes en Allemagne. Parmi celles-ci  figure la cimenterie d’Ennigerloh. Créée il y a 100 ans, l’usine utilise une large gamme de combustibles alternatifs (RDF, boues de STEP, farines animales, pneus entiers usés, etc.) et atteint actuellement 62% de taux de substitution thermique dont la moitié provient des RDF. Pour Abdelmoula Baoui, chargé du suivi des usines du groupe cimentier allemand Heidelberg Cement, «tout se transforme, rien ne se perd dans l’économie circulaire…la plateforme de préparation de combustibles alternatifs à partir de déchets n’est qu’une étape dans des filières structurées comprenant un système de collecte, des plateformes de prétraitement ou de traitement et des outils industriels tels que les fours de cimenterie, permettant de valoriser ces combustibles alternatifs sans impact négatif sur l’environnement et sans résidus ultimes».
    Signalons enfin que l’Allemagne a introduit la valorisation dans les fours de cimenteries depuis une trentaine d’années dans le cadre d’une activité encadrée par une réglementation adaptée. Aujourd’hui, les cimenteries allemandes consomment 3,2 millions de tonnes de combustibles alternatifs annuellement (60% de RDF) et dont 280.000 tonnes sont importées du Royaume-Uni. Le Maroc n’est pas loin de lancer ses projets dans ce domaine.

    L’apport du four de cimenterie

    De l’avis des experts allemands, le four de cimenterie a des vertus fondamentales pour la valorisation des déchets. D’ailleurs, plus de 300 cimenteries dans le monde en consomment. Leurs fours ont su s’adapter aux différentes formes des combustibles de substitution disponibles, liquides ou solides. A noter que le procédé cimentier est sûr, notamment grâce à une température de flamme très élevée (plus de 2.000 °C) qui permet une destruction totale des composés organiques. Les combustibles de substitution ne sont introduits dans le four qu’aux endroits adéquats, sélectionnés en fonction des caractéristiques des déchets et de leur éventuel impact sur les émissions. Ainsi, les plateformes de traitement des déchets sont un pré requis à la professionnalisation de la filière notamment dans une perspective sanitaire et technique. En tout cas, loin d’être une solution nouvelle, la valorisation en cimenterie est une approche éprouvée dans de nombreux pays, qui contribue à l’élimination des déchets et à une écologie industrielle raisonnée tout en contribuant à préserver des ressources non renouvelables et à réduire les coûts.

     

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