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L'Edito

Préemption

Par L'Economiste| Edition N°:2914 Le 03/12/2008 | Partager

C’est au milieu des années 90 que la société civile a commencé à s’intéresser à la corruption, avec la création de Transparency Maroc. Avant, il y avait bien eu quelques retentissants procès sur ce thème, mais difficile de ne pas y voir une manière de régler des conflits politiques. C’était de la corruption de corruption… si l’on peut risquer ce jeu de mots.Au moment où TM se crée, le Maroc était déjà en retard: la Banque mondiale, l’OCDE, le FMI… avaient déjà inscrit l’anti-corruption comme un de leurs critères d’intervention. Et pourtant, durant plusieurs années Transparency existe sans exister: elle organise des actions publiques et médiatiques que nulle autorité n’ose entraver mais, juridiquement, l’association n’existe pas (aucun tribunal n’accepte son dépôt de dossier!). Une situation plus comique que dramatique, laquelle, paradoxalement, confère de la puissance à l’organisation et lui permet d’apporter efficacement son concours aux entreprises et administrations qui la sollicitent spontanément.1998-2002, tournant de l’Alternance. La lutte contre la corruption devient politique officielle… Sauf que ce n’était que des mots mis sur une tapageuse campagne de publicité. L’opinion publique n’est évidemment pas dupe et l’idée qu’elle se fait du niveau de corruption dans le pays, de mauvaise devient catastrophique. Le Maroc fait un bond en arrière d’une dizaine d’années. Etait-ce de la simple bêtise ou un objectif voulu? En tout cas, ce ne serait pas la première fois qu’une force politique de gouvernement ou d’opposition se sert de ce thème pour faire avancer ses affaires et/ou pour disqualifier son adversaire. C’est un classique mondial.Là est une des difficultés de la lutte: éviter qu’elle soit préemptée par le monde politique, tout en sachant qu’on a besoin de lui pour les modifications législatives et administratives pour rendre la corruption plus compliquée et plus coûteuse que ne l’est la gestion ordinaire.Nadia SALAH

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