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L'Edito

Les Prussiens

Par L'Economiste| Edition N°:1865 Le 30/09/2004 | Partager

Le mémorandum sur le Sahara adressé par le Maroc au secrétaire général des Nations unies, vient enfin de fixer une attitude claire et précise à l'égard de l'Algérie. Dans cette affaire, Rabat et Alger avaient deux démarches bien différentes. L'Algérie raisonnait et raisonne en termes de puissance régionale. Rien ne doit se passer dans la région sans son accord et sans son contrôle. Son comportement a pour modèle la Prusse du XIXe siècle. Le Maroc, quant à lui, cherchait et cherche toujours à éviter un conflit majeur, préoccupé surtout par son développement économique et le maintien de la stabilité politique. De ce fait, une fois le Sahara récupéré, Rabat, comme souvent les civilisations anciennes, a fait le dos rond en considérant que le temps jouerait pour elle.C'était compter sans la force et la pugnacité de l'hégémonisme sévissant en Algérie. Cette volonté de puissance est en fait indépendante des présidents: ils changent mais la même ligne stratégique demeure et demeurera.A un moment de son histoire, l'Algérie s'est considérée comme la puissance régionale, l'héritière légitime de la puissance française, sentiments auxquels le pétrole et le gaz ont donné du corps. De ce fait, le différend est réellement profond: il n'est pas seulement de conjoncture ou de personne, la divergence est aussi culturelle.C'est plus qu'une stratégie, c'est une idéologie nationale. Qu'elles soient islamistes ou modernistes, militaires ou civiles, les élites algériennes sont convaincues de leur mission historique dans la région.Devant un tel adversaire, il ne sert strictement à rien d'être conciliant, bien au contraire. Cela renforce son mépris et sa conviction que l'autre est un faible et un incapable.Plus le Maroc fera des concessions et des ouvertures à l'Algérie, plus celle-ci se montrera exigeante et arrogante. Il n'y a que la politique de fermeté stricte qui puisse servir de barrage.Abdelmounaïm DILAMI

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