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L'Edito

Copains

Par L'Economiste| Edition N°:1504 Le 23/04/2003 | Partager

Et c'est reparti. Le gouvernement Jettou confirme son intention de modifier cette vieille loi qui oblige l'industrie pharmaceutique marocaine à financer des hommes de paille. Cela fait plus de vingt ans que, les uns derrière les autres, tous les gouvernements marocains marquent leur volonté politique constante et irréductible de supprimer cet héritage du Moyen Age des apothicaires, transmis à travers le droit de la colonisation: si vous voulez créer une usine pharmaceutique, vous devez commencer par acheter la signature d'un pharmacien. Cela s'appelle le "pharmacien responsable". Qu'il soit plus occupé à construire un hôtel de luxe grâce aux royalties qu'il touche que par ses charges de "pharmacien responsable" n'a pas d'importance: la loi marocaine continue de considérer que les médicaments sont produits, comme dans l'Europe du Moyen Age, un par un derrière le comptoir des apothicaires, lesquels, reconnaissons-le, n'ont pas existé sous cette forme au Maroc. Qu'importe, cette loi continue de s'appliquer comme s'il n'y avait jamais eu les deux cents ans d'industrialisation du médicament, à l'échelle mondiale. Soyons sérieux: quelles responsabilités scientifiques peut avoir un pharmacien isolé, face au gigantisme et à la sophistication de la recherche pharmaceutique? Même si ce pharmacien est consciencieux, il n'aurait pas assez de 24h par jour, seulement pour lire toutes les publications qui sortent quotidiennement sur sa branche! Alors de quelle responsabilité parle-t-on dans cette loi archaïque?En réalité, cette loi tellement contraire à la réalité maintient indûment autour du Maroc l'image d'un pays sauvage où il faut acheter des hommes de paille pour "protéger" un investissement. Il n'échappe à personne que le résultat de cet archaïsme est désastreux.Mais depuis un quart de siècle que toutes les autorités politiques veulent y mettre fin, rien ne change. Il y a toujours quelques forces obscures dans les tréfonds de l'administration pour s'opposer à la modernisation, qui ferait perdre ses royalties à une poignée de copains.Nadia SALAH

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