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    Economie

    Uruguay Round : Effets négatifs sur les pays islamiques

    Par L'Economiste | Edition N°:54 Le 19/11/1992 | Partager

    Alors que les Etats-unis enclenchent un cycle de représailles contre la CEE, les experts des pays islamiques, réunis dernièrement au siège du CIDC(1) à Casablanca, s'interrogent sur l'impact de l'Uruguay Round sur les pays en développement.

    N'ayant pu obtenir une réduction substantielle de la production européenne de soja, les Etats-Unis ont annoncé la mise en place, à partir du 5 Décembre prochain, des droits de douane prohibitifs de 200% sur 300 millions de Dollars de produits agricoles européens.

    "Ce châtiment suprême" constitue une nouvelle pression des américains sur les Douze pour venir à bout du conflit sur le soja qui bloque les conclusions de l'Uruguay Round depuis six ans.

    En l'absence d'entités régionales, surtout dans les pays du Sud, la régulation des échanges mondiaux continuera à se faire dans le cadre des négociations Etats-Unis-CEE, estiment les experts des pays islamiques.

    Par ailleurs, ces experts, réunis juste avant l'ultimatum américain, ont mis l'accent sur les effets négatifs de l'éventuel succès de l'Uruguay Round sur les pays en développement.

    L'un des principes généraux régissant les négociations de l'Uruguay Round est "d'assurer l'avantage mutuel de tous les participants et leur apporter des bénéfices accrus". Or, la réforme, d'après des études, ne manquera pas d'enclencher une hausse des prix, ce qui augmentera dans des proportions considérables la facture d'importation de produits essentiels des PVD.

    Il ressort de certaines études que la libéralisation dans les pays de l'OCDE débouchera sur une hausse des prix de l'ordre de 20 à 30%. L'impact sur les PVD importateurs nets variera entre 5,5 et 8,5 milliards de Dollars US.
    L'étude de la Banque Islamique de Développement indique que, durant les années 1980, la part des pays islamiques dans les exportations mondiales a baissé de 15% (1980) à 6,9% (1989). Pour les pays exportateurs de pétrole, la baisse fut de 13,4 à 4,5%. Pour les pays à faible et moyen revenus et les pays islamiques les moins développés, la part est restée presque la même, c'est-à-dire de près de 2,2 et 0,32% respectivement. Alors que les matières premières, minerais et pétrole représentent la plupart des recettes à l'exportation, près de 80% de leurs importations sont constituées par des produits manufacturés. Les termes de l'échange défavorable des matières premières ont souvent affecté leurs recettes à l'exportation.
    "Il est à craindre, note M. Mohamed Raki, professeur à l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, que l'entente qui pourrait être conclue dans le cadre des négociations actuelles pourrait se traduire par un relèvement des prix mondiaux, ce qui imposerait aux pays importateurs nets une augmentation de leurs dépenses alimentaires et un handicap supplémentaire à leur entreprise de développement".

    Le Groupe W/74

    Sur 108 participants à l'Uruguay Round, on estime que plus de la moitié sont des importateurs nets de produits alimentaires.
    Or, souligne, M. Lechhab(2), seuls cinq pays (l'Egypte, la Jamaïque, le Maroc, le Mexique et le Pérou) dont le déficit est estimé à 4,2 milliards de Dollars US, ont coordonné leurs positions afin d'attirer l'attention des participants sur leurs problèmes spécifiques. Ce groupe des cinq, appelé Groupe de W/74, est tout à fait informel. Ce groupe estime que ses pays ne sont pas responsables des déséquilibres qui faussent le commerce international des produits agricoles et, par conséquent, ils ne devraient pas faire les frais de la hausse des prix au moment où ils font face à de graves problèmes d'endettement, de déséquilibres internes etc..."Ils ne veulent en aucun cas que le coût de l'ajustement ou de la réforme soit déchargé sur eux".
    Afin de tenir compte des problèmes des PVD importateurs de denrées alimentaires, il faudrait, selon les experts, que les négociations débouchent sur des mesures et engagements précis. Ceux-ci devraient avoir comme objectif d'atténuer l'incidence de la hausse des prix sur le coût global des importations et sur la balance des paiements des PVD importateurs nets de produits alimentaires et d'accroître la productivité et la production dans le secteur agricole.
    Les experts ont estimé que l'Afrique sub-saharienne ressentirait davantage les effets négatifs à court terme de l'Uruguay Round que les pays islamiques méditerranéens ou asiatiques. Les effets globaux, à court terme, de l'Uruguay Round seront négatifs, mais, soulignent les experts, les effets dynamiques à long terme peuvent être positifs à certaines conditions. "Les firmes des pays industrialisés doivent appliquer et respecter les engagements contractés, dans l'acte final, en faveur des PVD". Par ailleurs, les Pays en Développement doivent améliorer la compétitivité de leur production. La perspective de hausse des exportations mondiales des pays islamiques est essentiellement freinée par le manque d'infrastructures adéquates et de technologie, ce qui limite la gamme actuelle des produits exportables. Il faut instaurer, estiment les experts, un système de surveillance au niveau multinational pour veiller à la bonne application des règles du GATT et "pour juguler les politiques économiques nationales qui portent préjudice aux PVD (politiques des taux d'intérêt et de change, cours des produits de base, etc..." .

    Un Marché Commun Islamique

    Le développement de la coopération des pays islamiques est de nature à renforcer la position des Etats membres de l'OCI. Les pays Islamiques, individuellement et collectivement, devront faire des études spéciales et un lobby opportun pour sauvegarder leurs intérêts. "Ils seront très favorisés s'ils restent unis et initient fermement une attaque vigoureuse sur la question de leur obtention d'une plus grande part dans le commerce international en expansion" , a affirmé M. Hanafi, Secrétaire Général de la Chambre de Commerce Islamique.
    Une série de séminaires et de conférences devra être tenue (comme déjà initié par le centre de Casablanca ), pour créer une prise de conscience de la Communauté d'affaires des pays islamiques sur les problèmes et opportunités de l'Uruguay Round, le Marché Commun Européen, l'association de libre échange américaine et d'annoncer une nouvelle ère de Marché Commun Islamique.

    Mohammadia Hajoui

    (1) CIDC : Centre Islamique pour le développement du commerce.

    (2) M. Abdelkader Lachhab : Mission diplomatique du Maroc à Genève.

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