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    Tribune

    Une stratégie pour retrouver une vocation maritime

    Par L'Economiste | Edition N°:191 Le 03/08/1995 | Partager

    par M. Debbagh

    Secteur d'avenir, la mer contient l'une des principales richesses du Maroc: un patrimoine halieutique appelé à servir, plus que par le passé, les objectifs d'autosuffisance alimentaire, l'équilibre des comptes extérieurs et la politique de l'emploi.
    Consciente de ces enjeux stratégiques, l'Association Marocaine de Prospective a inauguré ses travaux et réflexions pour cette année en organisant, du 16 au 19 mars 1995, un séminaire sur le thème "Le Maroc et la mer".
    Ce séminaire a été l'occasion de procéder à une analyse globale signalant le rôle déterminant que l'Etat, la société civile et les opérateurs sont désormais appelés à jouer pour garantir la protection et le développement harmonieux de nos ressources halieutiques.
    Il s'agit d'aboutir à un consensus sur une véritable stratégie intégrée afin de redonner au Maroc sa vocation maritime et de faire de la mer un vecteur moteur de développement économique et social.
    La formulation d'une stratégie de développement tournée vers la mer et ses multiples richesses doit s'articuler autour de trois axes majeurs englobant l'aménagement, la gestion et la protection de notre littoral, l'exploitation optimale et la préservation de nos ressources halieutiques, l'édification d'une marine marchande nationale moderne et compétitive, ainsi qu'un équipement portuaire performant en mesure de faire face aux exigences et à l'évolution accélérée des transports maritimes.
    Le succès d'une réorientation de la politique maritime du Maroc dépendra de la réalisation conjuguée des actions suivantes:
    1- La mise en valeur et la sauvegarde de notre patrimoine littoral.
    2- La protection et la valorisation des ressources halieutiques.
    3- La dynamisation des transports maritimes.

    I- La mise en valeur et la sauvegarde de notre patrimoine littoral

    Le Maroc possède un espace littoral qui s'étend sur une longueur de plus de 3.000 km où les plages jouxtent des sites maritimes d'une grande variété.
    Patrimoine commun de la collectivité publique, le littoral contient des richesses d'une valeur inestimable et constitue un lieu naturel privilégié pour la survie et le développement d'une multitude d'espèces, tant sur sa partie maritime qui s'étend sur plusieurs milles marins que sur sa partie terrestre dont les limites peuvent atteindre des zones très éloignées de l'arrière-pays.
    Espace particulièrement fragile dont l'équilibre écologique est très précaire, le littoral est convoité par des activités multiples dont l'objectif est souvent peu conforme à la vocation des sites maritimes. En l'absence d'une politique spécifique de protection et de mise en valeur du littoral, l'implantation intensive d'industries polluantes, d'ouvrages portuaires de plaisance et l'édification d'interminables constructions sur le front de mer sont une menace sérieuse pour la qualité de notre patrimoine littoral.
    L'importance des enjeux économiques et sociaux des espaces littoraux, la diversité des intérêts qui s'y manifestent militent en faveur d'une vision prospective tenant compte de la pression démographique et urbanistique, du développement des activités humaines nécessitant la proximité de la mer et de l'équilibre écologique.
    Cette vision commence d'abord par une conception juridique et institutionnelle de l'espace littoral en tant qu'entité géographique devant recevoir un traitement spécifique en matière de protection et d'aménagement.

    Valorisation des ressources

    Dans cette même optique, il est nécessaire de mettre en place des outils de gestion et des instruments permettant de maîtriser le développement des richesses du littoral. Une agence foncière pour assurer la conservation et la mise en valeur du patrimoine littoral et empêcher son émiettement et l'usage abusif dont il risque de faire l'objet; la création de fermes pilotes d'aquaculture et d'élevage de nouvelles espèces et d'un musée de la mer; la généralisation des études d'impact préalables aux implantations en vue de préserver les sites fragiles et les paysages naturels et pittoresques.

    II- La protection et la valorisation des ressources halieutiques

    Face à une population dont les besoins nutritionnels sont en progression rapide et une activité agricole aux résultats aléatoires, le Maroc doit se donner les moyens d'exploiter convenablement ses richesses halieutiques jusqu'à présent pillées par des flottes étrangères.
    Pour cela, il est nécessaire de transformer les accords de pêche en véritables contrats de partenariat alliant les impératifs de valorisation locale et un meilleur écoulement de nos produits sur les marchés internationaux. Il s'agit de transformer des relations conflictuelles en relations de coopération pouvant servir de modèle aux rapports qui doivent désormais s'établir entre les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée.
    Le succès du partenariat dépend aussi de la capacité des pouvoirs publics et des opérateurs nationaux à redéployer le secteur des produits de la mer, à moderniser la flotte côtière et à rentabiliser les investissements par une plus grande diversification des produits et des marchés à l'exportation.
    La maîtrise de nos ressources halieutiques passe également par le développement de la recherche scientifique en la matière et une évaluation périodique des stocks des différentes espèces en vue d'une gestion dynamique des ressources qui doit concilier leur exploitation optimale et leur reproduction.
    La préservation de nos ressources halieutiques appelle aussi une sensibilisation constante de l'opinion nationale et internationale à l'enjeu crucial que représente le produit de la mer, non seulement pour nos exportations mais en tant que facteur déterminant de notre quête permanente de l'autosuffisance alimentaire.

    III- La dynamisation des transports maritimes

    Secteur stratégique pour le développement de nos exportations, le transport maritime appelle à son tour les actions suivantes:
    - Le redressement du taux de participation de la marine marchande nationale dans le transport maritime international en palliant la dégradation de la situation financière des armateurs nationaux et en procédant aux restructurations et à la modernisation indispensable de ce secteur qui souffre de la concurrence acharnée des méga-entreprises étrangères autrement équipées et plus soutenues.
    - La mise en place des moyens nécessaires à une veille technologie permettant de suivre de près et d'assimiler l'évolution accélérée des techniques de transport maritime pour empêcher tout retard dans ce domaine.
    - La recherche des meilleures formules de gestion portuaire en assurant un équilibre approprié entre les secteurs public et privé, en dotant nos ports des équipements les plus modernes et des services intégrés les plus performants répondant aux exigences actuelles et futures des transports devenus de plus en plus sophistiqués et complexes.
    - L'amélioration de la sécurité et le respect de l'environnement dans la navigation maritime, notamment par l'harmonisation de la législation marocaine avec les conventions internationales.
    - Le développement de la coopération régionale, permettant une prise en compte des lourds investissements que nécessitent le développement de ce secteur et la forte concurrence internationale.
    - Afin de mettre fin au harcèlement auquel sont soumis les transports de produits marocains en transit par l'Espagne, il est nécessaire de soutenir de manière ferme et continue la flotte nationale afin d'assurer son développement et son indépendance sans pour autant alourdir le coût de fret pour les chargeurs.
    - Au-delà de la promotion du transport national par cabotage maritime et des services tendant à accroître l'efficacité du transport maritime comme la réparation des navires, le groupage et l'éclatement des chargements, et enfin l'avitaillement des bateaux croisant le long de nos côtes.
    Toutes ces mesures ne pourront pas connaître une application efficace sans la formation et la gestion rationnelle des ressources humaines, par la multiplication des écoles, la marocanisation des équipages et le renforcement des compétences.
    Dans cette même perspective, l'introduction progressive de disciplines relatives aux sciences de la mer aux différents niveaux de l'enseignement et la promotion de la recherche scientifique réconcilieront les Marocains avec l'environnement marin.

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