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Culture

Une petite histoire de la violence dans l'islam au MarocLa revendication religieuse n'est jamais innocente
Par Najib Mouhtadi, enseignant-chercheur*

Par L'Economiste | Edition N°:1555 Le 07/07/2003 | Partager

Le phénomène associatif religieux est très récent au Maroc, il remplace la “zaouia” et la “taïfa”. Nombre de groupes dits islamistes ont été purement et simplement “contaminés” par des idéologies orthodoxes venues pour la plupart de l'Orient arabe, principalement la doctrine wahhabite dans sa configuration dépouillée et aiguisée pour le Jihad. La pénétration au Maroc du wahhabisme, dans sa version traditionnelle originelle, remonte au XVIIIe siècle (sous Sidi Mohammed Ben Abdallah). Le sultan Moulay Slimane, lui-même fervent défenseur de cette doctrine et auteur d'un ouvrage sur l'islam orthodoxe (a tenté d'interdire “ziaras” et moussems), avait néanmoins rencontré une forte résistance des “zaouias”. La prédication est un phénomène récurrent au Maroc, mais sa spécificité est qu'il se rattache constamment à la lame de fond que constitue le soufisme. La plupart des prédicateurs (da'ya), souvent isolés ou greffés sur un mouvement mystique, ne dépassaient pas le stade de la “taïfa”. Vite contrés par les ouléma et combattus par l'Etat, ils disparaissaient souvent dans des conditions tragiques. Ce fut le cas, à titre d'exemple, de Mohamed Al-Andaloussi au XVIe siècle à Marrakech, de Moulay Larbi Derkaoui dans le Rif au XVIIIe siècle et de Mohamed Abdel Kébir Kettani au début du XXe siècle à Fès. Dans les trois cas, la prédication était aux interstices du religieux et du politique, particulièrement manifeste pour le cheikh Kettani qui a même défendu le principe, demeuré un vague projet, de la première Constitution de 1908. Les trois risquaient d'enclencher la “fitna” (discorde et chaos) et ont eu sur le dos et les ouléma et les représentants du soufisme “officiel”, les puissantes “zaouias” du nord ou du sud. . Les deux dérives Deux événements majeurs ont marqué la dérive des mouvements islamistes dans le monde arabe en général. La révolution iranienne en 1979 et l'enlisement de la guerre afghane contre l'ex-Union soviétique. La mobilisation des “Moujahidine” sous la bannière américaine contre la poussée socialiste en Afghanistan (illustrée par un film de Hollywood glorifiant les “Moujahidine” et incarné par Sylvester Stallone) a eu l'effet d'une boule de neige pour les courants islamiques en pleine effervescence depuis les années 70, particulièrement en Arabie saoudite et dans le sud-est asiatique. Dans le monde arabe, le double échec de la nahda (projet économique et social) et de la shoura (projet de réforme politique) a amplifié la défaite de 1967, vécue comme une tragédie (nakba), une catastrophe qui trouve dans la religion un lieu de consolation et un terreau de fertilisation des idées les plus radicales. C'est de là que date l'autoflagellation ayant pris l'aspect d'une fuite en arrière, pour se réfugier dans l'islam originel comme au temps du Prophète lorsqu'il était à Médine et devait mener le Jihad contre les apostats, les renégats et les impies de Qurayche. Un effort “d'épuration” du dogme (c'est-à-dire une simplification à outrance) et de mobilisation des troupes commença au Maroc à la fin des années 60 et signa son entrée en 1973 dans des lycées à Rabat et Casablanca. L'assassinat de Omar Benjelloun devant son domicile en décembre 1975, marqua un tournant dans l'histoire politique de la troisième monarchie constitutionnelle. Durant la décennie 80, l'islamisme au Maroc s'est accompagné d'un certain type de violence qui a revêtu plusieurs formes. Le jugement du fqih Zitouni à Fès a jeté une ombre sur les islamistes et leur vie autarcique, jusque-là tenus en respect. En avril 1981, la chambre criminelle de la Cour d'appel a condamné le cheikh à 10 ans de prison et son fils à 15, pour “homicide volontaire, séquestration, désobéissance à l'autorité, attentat à la pudeur et inhumation de dépouille sans autorisation”. Quatre ans plus tard, la Cour d'appel de Casablanca a condamné en septembre 1985, quatorze personnes à la peine capitale (neuf par contumace), une personne à la perpétuité, dix à 20 ans de prison et deux à 15 et 5 ans, respectivement. Deux mois plus tôt, la police avait mis la main sur les deux cousins Belkacem et Abdallah Hakimi, près des frontières algéro-marocaines. Inculpés de possession d'armes et munitions en provenance de l'Algérie où ils avaient reçu un entraînement militaire, ils furent jugés et condamnés à mort. L'enquête policière a établi leur appartenance à “al-shabiba al-islamiya” avec une section à Settat et Oujda. Le groupe fut officiellement accusé d'être manipulé par la sécurité militaire algérienne et d'avoir planifié de déstabiliser le pays. En octobre de la même année, eut lieu à Marrakech le procès dit “des vingt-huit intégristes”. L'un des accusés a reconnu son appartenance au “mouvement des Moujahidine du Maroc” qui publiait la revue “Assaraya” et dont le président se trouvait à l'étranger (Abdelaziz Noamani). Il a également affirmé avoir “milité” au sein d'autres associations religieuses et «zaouias», les “Alouiyine” (zaouïa Alouiya) les “Boutchichiyine” (zaouïa Boutchichiya) et enfin les frères musulmans, avant de rejoindre le mouvement des Moujahidine.. Distincts mais pas étrangersSouvent assimilés à des émigrants de la foi, ces “Mouhajiroune” des temps modernes visent la “réislamisation des masses”, une mission qui prit le temps de tracer son chemin, faisant ses émules aussi bien à Karachi, Bali, Londres, Alger, Fès ou Oujda. Ces mouvements doctrinaires (quelle que soit leur appellation) sont souvent distincts de la nébuleuse terroriste internationale mais ne lui sont pas étrangers. Les deux se nourrissent des mêmes sources, faites de lectures étriquées et biaisées du Livre saint et de la sunna. L'histoire du Maroc de Youssef Ben Tachfine à Moulay Ismaïl nous apprend que jamais revendication d'un projet religieux n'a été innocente! Aucun des mouvements religieux devenus puissants n'a cherché simplement à prodiguer les commandements divins en cantonnant son action dans la prédication et la propagation de la bonne parole. L'histoire des dynasties marocaines est l'histoire de luttes politiques pour le pouvoir sous couvert de lutte souvent d'apparence mystico-religieuse. C'est pourquoi les “zaouias” avaient constamment constitué un danger réel ou potentiel contre le pouvoir en place. Elles n'avaient jamais hésité à disputer le pouvoir lorsque les conditions le permettaient, et chaque fois que le sultan présentait des signes évidents de faiblesse ou que son régime venait à s'essouffler. -------------------------------------------* Najib Mouhtadi est l'auteur de «Pouvoir et religion au Maroc», publié aux éditions Eddif, 1999, Casablanca. Il a publié dans nos colonnes, une analyse sur les attentats du 16 mai: cf. www.leconomiste.com

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