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Une petite dose de libéralisme sur le pétrole

Par L'Economiste | Edition N°:23 Le 02/04/1992 | Partager

·Entretien avec M. Driss Alaoui M'Daghri Ministre de l'Energie et des Mines

Une réforme se prépare pour introduire des mécanismes plus libéraux dans la formation des prix pétroliers. Elle préservera, explique M. Alaoui M'Daghri, Ministre de l'Energie et des Mines, les ressources de l'Etat. M. Alaoui a la réputation d'avoir son franc parler. Il ne derroge pas à son image. Il dit évoque les sur-facturations de l'énergie tout en soulignant que les recettes de l'Etat doivent être préservées. De même il annonce qu'un effort devra être fait pour la sécurité, en renouvelant le parc des bouteilles de gaz et qu'il faudra que soit le consommateur soit le contribuable paye la facture.

L'Economiste : Une réforme du secteur pétrolier envisage d'introduire une petite dose de libéralisme. Pourquoi et comment?
M. Driss Alaoui M'Daghri: Ce n'est un secret pour personne que l'énergie est entièrement encadrée et d'aucun estime, sur-facturée, mais ce n'est un secret pour personne qu'il faut aussi que l'Etat dispose de ressources. Ce qui n'est pas payé sur l'énergie devra l'être dans les impôts et inversement. Il est normal que l'effort de développement impulsé par l'Etat soit financé par des ressources prélevées quelque part. On peut toujours débattre de l'usage des prélèvement pétrolier et personne ne se prive de ce débat. la réforme qu'il y aurait lieu d'introduire devrait pouvoir assurer des recettes relativement stable pour l'Etat et au niveau auquel s'est habitué l'Etat; mais ceci étant assuré on doit pouvoir faire varier les prix en fonction des mouvements sur le marché international, à la hausse ou à la baisse.

Prélèvement fixe

.Vous supprimeriez donc ce mécanisme qui joue comme les "target prices" au niveau de la raffinerie?
.Oui. Le prélèvement serait fixe au lieu d'être comme aujourd'hui variable en fonction des prix internationaux. Il y a pratiquement un consensus sur ce point. L'Etat tirerait des ressources fixes de l'énergie, et un mécanisme serait mis en place pour répercuter les fluctuations des prix du marché international sur les prix intérieurs.
. Lorsque vous parlez de ressources fixes, est-ce le niveau actuel de 8,5 milliards que vous visez?
. Je ne peux pas être aussi précis. Ces 8,5 milliards portent sur l'ensemble de la chaîne, de la frontière à la pompe. Ils comprennent divers prélèvements et taxes, dont la TVA. Ce que l'on a pris l'habitude de nommer "prélèvement pétrolier" se monte à environs 5 milliards de Dh, et ils sont pris à l'amont de la commercialisation.
. Si le système est basé sur les résultats financiers actuels, avec des prix d'importation très bas et des prix de commercialisation élevés, cela voudrait dire que le Maroc est voué à la sur-facturation.
. Je l'admets, mais le niveau de ressources stables nécessaires pour l'Etat n'est pas fixé encore. On ne peut donc pas dire que nous sommes voué à quoi que se soit. De même, le système de prise en compte et de répercussions de la variation des cours internationaux n'est pas arrêté, notamment dans les délais de répercussion.

L'industrie et les baisses de prix

. Est-ce à dire que le prix de l'énergie va baisser?
. Je ne peux pas vous le dire encore. Le principe qui est acquis est que le consommateur, spécialement le consommateur industriel puisse bénéficier des baisses de prix lorsqu'elles se produisent, de manière à ce que sa compétitivité reste favorable par rapport à ses concurrents. Je dois souligner que maintenant le prix de l'énergie au Maroc est dans la bonne moyenne des pays de l'Ouest méditerranéen. Il y a quelques années, c'est vrai, il était au dessus. Maintenant ce n'est plus le cas, bien que l'image qu'en ait gardée le public soit encore celle d'un prix marocain supérieur aux prix pratiqués ailleurs.
. La logique du futur mécanisme est que n'importe quelle entreprise installée au Maroc puisse faire commerce avec le marché international.
. Pour le moment, nous ne prévoyons pas cette possibilité. Seules les raffineries pourront le faire pour l'instant car elles savent très bien le faire, aux meilleures conditions compte tenu des impératifs de sécurité d'approvisionnement du pays.
. Y-aura-t-il néanmoins une possibilité de d'arbitrage entre bruts et raffinés, en fonction des prix internationaux et des coûts locaux?
. Oui. Il s'agit d'arriver à une capacité d'initiative qui permette d'obtenir l'optimum, en fonction des conjonctures. Il y a déjà eu pour des opérations limitées et spécifiques des autorisation d'achats de raffinés donnée, y compris à des distributeurs. Nous ne souhaitons pas aller très au delà pour les distributeurs, car il faut maintenir en état les capacités de raffinage, pour des raisons évidentes de sécurité énergétique. De toute manière, l'introduction d'une dose de libéralisation sera progressive.

Le gaz butane: un problème de parc des bouteilles

. La libéralisation touchera-t-elle le gaz aussi?
. C'est un problème très différent. Le butane est subventionné, on peut difficilement y renoncer, du moins dans l'immédiat. Par contre, il existe de réelles difficultés au niveau du parc de bouteilles, dont une partie devient vétuste. On ne voit pas comment les résoudre sans soit une augmentation légère de tarif soit une prise en charge par l'Etat de l'effort de renouvellement du parc. Il s'agit d'une question de sécurité pour les consommateurs et les distributeurs. De toute façon, le coût devra être payé par quelqu'un, et pas par les entreprises de distribution ou les autres opérateurs de la chaïne en raison de leurs conditions d'exploitation actuelles.
. Beaucoup de projets sont en cours de réalisation pour fabriquer des bouteilles. N'est-ce pas trop?
. Non, l'effort à faire en matière de renouvellement du parc est considérable, d'une part. Et d'autre part, le butane est un marché qui progresse très rapidement.
. La Cotisation minimale a fait protester tout le secteur. Peut-il attendre des aménagements?
. Effectivement, on a eu des protestations et la réduction de 0,75% à 0,50% obtenue auprès du Parlement a été jugée insuffisante par le secteur. Nous avons saisi le Ministère des Finances et c'est effectivement une question sur laquelle il faudra se pencher. je crois qu'il est important de prendre conscience du fait que le secteur de l'énergie est névralgique et très encadré. Il se caractérise par un chiffre d'Affaires élevé, incluant une forte fiscalité.
. La critique faite à l'encontre des distributeurs indiquant que la marge accordée en 1986 a été sortie du secteur, est-elle fondée?
. Je ne crois pas. Les distributeurs ont effectivement engagé des investissements productifs dans leur branche au cours des trois dernières années. On a vu l'amélioration du réseau des stations services et du parc de transport. Il y a aussi eu des effort importants dans les capacités de stockage et un effort sur la plan social dans les compagnies. L'effort social n'est peut-être pas suffisant, mais il est réel. Il faut le poursuivre.

Propos recueillis par Laïla Triki et Nadia Salah

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