×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Une étude de la Banque Mondiale sur 12 pays : Entreprises publiques: La réussite des réformes dépend de la crédibilité politique des gouvernements

Par L'Economiste | Edition N°:207 Le 07/12/1995 | Partager

L'assainissement des entreprises publiques et la privatisation ne sont pas des affaires techniques mais politiques. Partout, réformer revient à mettre en cause des subventions et des emplois artificiels. Seuls les gouvernements crédibles et volontaires réussissent les réformes. Les autres se perdent dans les calendriers et les promesses. A moins qu'une crise économique ou budgétaire ne précipite les réformes.


" Les fonctionnaires sont toujours dans les affaires". Le titre du livre révèle l'étonnement de la Banque Mondiale de voir les entreprises publiques peser encore dans les économies en développement. Pourtant, elle a prêché, pendant plus d'une décennie, la privatisation et l'assainissement, portée par les succès économiques et idéologiques du tatchérisme et du reaganisme. Le mouvement ralentit ici, piétine là.
Dans un rapport de 350 pages, publié en anglais il y a à peine quelques semaines sous le titre "Bureaucrats are still in business", les entreprises publiques citées sont assimilées à des "fonctionnaires": en anglais le terme "bureaucrats" n'évoque pas un comportement tatillon ou inefficace. Les experts franchissent le pas de leurs prérogatives financières et vont chercher dans le politique les raisons du succès ou de l'échec des réformes des entreprises d'Etat. La "volonté" des gouvernements, leur "crédibilité", influent sur la "faisabilité" des réformes.
C'est le poids des entreprises publiques, toujours aussi lourd pour les budgets et les pays, qui a attiré leur attention. "Les fonctionnaires opèrent dans les casinos au Ghana, dans les boulangeries en Egypte, dans l'assemblage des montres au Mali, dans les mines de sel au Mexique et l'embouteillage d'huile au Sénégal", affirme d'entrée le rapport, qui se fonde sur un échantillon de pays assez large: le Chili, l'Egypte, le Ghana, l'Inde, le Mexique, les Philippines, la Corée du Sud, le Sénégal, la Turquie, la Chine, la Tchéquie et la Pologne.

Budgétivores et polluantes


Dans ces pays, et ailleurs, les entreprises publiques causent tous les dégâts: elles absorbent les subventions qui ne vont pas à la santé ou à l'éducation, elles pompent les ressources financières, polluent plus que les privées, creusent les déficits. Une moyenne calculée sur 4 pays (Egypte, Pérou, Sénégal, Turquie) montre qu'une réduction de 5% de leur coût peut réduire de 30% le déficit dans le budget des Etats.
Les gouvernements annoncent des plans, des calendriers de privatisations et de redressement, mais ne peuvent s'y tenir.
La raison essentielle est que ces réformes peuvent couper les gouvernements de leurs supports. Le régime "socialiste" de l'Egypte était sur l'emploi automatique de tous les diplômés de l'enseignement supérieur. Ce qui favorisait les classes moyennes et multipliait les bureaucraties (au sens français) dans les entreprises.
Au Maroc, l'UMT avait émis des réserves sur la production privée d'électricité qui devrait être donnée en concession par l'ONE, un de ses fiefs traditionnels. La CDT, pour sa part, ne veut pas entendre parler de la privatisation des télécoms, alors qu'elle s'est bien implantée dans l'ONPT.
L'assainissement de l'ONCF butera certainement sur les sureffectifs et la surenchère des syndicats concurrents. Les réformes impliquent toujours la suppression de vieilles subventions et de milliers d'emplois artificiels dans ces entreprises. Les gouvernants pèsent alors les risques de ces réformes, alors que leur tendance naturelle est toujours d'entretenir et d'enrichir leur clientèle qui les porte au pouvoir (dans les démocraties) ou les maintiennent (régimes autoritaires). Des dirigeants peuvent perdre le pouvoir parce que les employés menacés peuvent déclencher des votes sanctions, des grèves, ou dans les pays en développement des émeutes.

Cependant, "des leaders d'exception changent leurs bases et mobilisent de nouvelles forces pour la réforme"; c'est pourquoi la réforme doit avoir pour les gouvernements une "désirabilité politique". Autrement dit, il faut une volonté.
"Le changement politique" est la première motivation. Ainsi, en 1973, le général Pinochet enterrait la démocratie chilienne par un putsch sanglant et le socialisme d'Allende par un libéralisme tous azimuts. Les syndicalistes qui s'accrochaient aux monopoles d'Etat et au retour des multinationales dans les mines ou les télécoms étaient jetés en prison. A l'inverse, en 1989, Vaclav Havel enterrait le communisme et restaurait les libertés en accélérant les privatisations.
De ce point de vue de la Banque Mondiale, la "volonté" politique et la force d'un gouvernement ne dépendent pas de son caractère démocratique.

Un choc pour précipiter l'assainissement


Outre le changement politique, une crise économique peut précipiter les réformes. La choc peut être une chute brutale du PIB, une détérioration des termes de l'échange par la chute du cours d'un minerai essentiel, un déclin de l'aide étrangère comme l'Egypte en a subi, ou ... une sécheresse. L'Etat n'a plus alors les moyens: il coupe les subventions, contraint et forcé, en dépit des coûts sociaux. Il provoque une crise politique et récolte, quelques années plus tard, les bénéfices de cet assainissement forcé, avec de nouveaux supporters, dans les classes des activités nouvelles, financiers, exportateurs. Un gouvernement peut donc payer de sa survie de telles réformes.
Ainsi, le Mexique avait privatisé 600 entreprises publiques sur 1.200 entre 1982 et 1988, forcé par la chute du cours du pétrole. Le mécontentement avait porté au pouvoir un nouveau président qui trouvait une situation assainie pour privatiser les télécoms et les lignes aériennes et récolter 15 milliards de Dollars.
Et quand bien même la volonté existe, la "faisabilité politique" doit être possible. Le leadership de ces réformes doit conquérir le soutien du législatif, des hauts fonctionnaires, des autorités locales où vont avoir lieu les coupes dans les emplois.
Dans les démocraties, une majorité parlementaire est déjà un grand acquis. Sinon, les gouvernements manient la carotte et le bâton. Le Chili a commencé par "casser" les syndicats qui résistaient. Puis il en est venu au "capitalisme populaire" en distribuant des actions des privatisées, tout comme la Pologne ou la Tchéquie.

La Ghana a acheté la paix dans la rue en versant des indemnités de licenciement plus fortes: facile dans un pays ou le gain à court terme fait oublier les aléas à long terme.
Puis chaque pays joue le jeu où il excelle. En Egypte, c'est la paupérisation, les entreprises sont maintenues sans subventions et avec leurs effectifs: les salaires sont bloqués et les prix augmentent. Résultat: le revenu réel a chuté de 50%.
La Corée du Sud, à l'inverse, joue le paternalisme et l'efficience asiatique, en augmentant les primes à la performance.
Mais une telle mesure n'a d'impact que si un gouvernement bénéficie d'une "crédibilité".
En la matière, les auteurs du rapport de la Banque Mondiale identifient des critères de crédibilité, qui aident à minimiser les résistances des employés menacés et des investisseurs.
- La crédibilité pour convaincre ceux qui subissent des coupes de salaires ou d'emplois que demain sera meilleur.
- La crédibilité pour convaincre les milieux d'affaires de racheter, renforcer, investir pour récolter à terme des bénéficies.
- La valeur des entreprises s'élève alors avec la réputation du gouvernement.
- L'ancrage à des accords internationaux (OMC, Nafta, UE) qui garantissent contre tout risque de réversibilité de la politique: retour au protectionnisme ou aux subventions.

Khalid BELYAZID


Pourquoi les réformes réussissent


Beaucoup de pays en développement clament leur intention de réformer leurs entreprises publiques, ou de les privatiser. Très peu ont réussi.
Les experts de la Banque Mondiale ont fixé 3 indicateurs de réussite des entreprises publiques:
- Le rendement financier: C'est le bénéfice avant impôt en prix courants. Il s'accroît par la libéralisation des prix et les coupes dans les charges du personnel. Certains rappelleront que les entreprises ont été créées, non pour le profit, mais pour la fourniture d'un service public aux plus pauvres.
Résultat: un ministre mexicain calcule que les subventions qui lui permettent de maintenir une aciérie lui auraient permis d'équiper le Sud-Est pauvre de sa capitale en eau, égouts, écoles et hôpitaux. Tout calcul fait, les pauvres profitent plus des dépenses sociales directes que des subventions aux entreprises publiques.

- La productivité: Elle s'améliore quand le coût réel par unité produite diminue ou que la productivité totale des facteurs (PTF) s'élève. C'est surtout le contrôle des prix qui écrase la productivité.
- Le "déficit épargne-investissement": C'est le niveau de dépendance de sources de financement externe pour les opérations courantes et l'extension. Autrement dit, l'entreprise ne dépend plus financièrement de l'Etat, mais continue quand même d'investir.
Ces critères étant posés, les auteurs s'interrogent alors sur ce qui fait le succès des réformes. C'est, disent-ils, l'utilisation simultanée de 5 composants:
- Les pays qui ont réussi sont ceux qui ont le plus désinvesti: ils ont privatisé, liquidé, abandonné des entreprises publiques. Le Chili et le Mexique font figure de champions en réduisant la part des entreprises publiques dans leur PNB. Ce qui a contribué à en faire des pays émergents.
- Les pays qui ont réussi ont aussi introduit plus de concurrence, en libéralisant prix et commerce, en levant les barrières à l'entrée. Ceci pousse les entreprises d'Etat à la performance et explicite les coûts du service public. Le gouvernement dispose d'éléments de comparaison:
- Les coupes budgétaires dans les subventions et dans l'accès privilégié aux crédits et les taux bonifiés montrent aussi le succès.

Les factures des entreprises publiques doivent être payées à temps. Attention aux subventions cachées! En Turquie, la livraison d'électricité à prix subventionné maintenait non seulement le producteur, mais aussi une usine d'aluminium en survie artificielle;
- La réforme du secteur financier est décisive. Crédits directs et taux bonifiés doivent être réduits en faveur de la régulation monétaire. Car il ne faut pas que le financement artificiel prenne la relève des subventions. Par ailleurs, un système bancaire ouvert peut mieux nourrir les privatisations. Enfin, les dirigeants des entreprises publiques sont mis face à face avec leurs détracteurs: investisseurs institutionnels, bourse
- Changement de relations entre le gouvernement et les dirigeants. Ceux-ci doivent avoir plus de liberté pour gérer, motiver leur personnel à la performance, licencier, chercher de meilleurs fournisseurs et de nouveaux marchés.
Un conglomérat textile indien a demandé à vendre 14 fermes de coton et à licencier 59.000 ouvriers pour assainir. Jusqu'où va le poids des entreprises publiques?

Khalid BELYAZID

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc