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    Une démarche pour l'enseignement

    Par L'Economiste | Edition N°:307 Le 04/12/1997 | Partager

    par Abderrahim HAROUCHI(*)

    La qualité s'est imposée dans les domaines économiques au fur et à mesure que la compétition devenait plus âpre et les clients plus exigeants. Curieusement, ce souci ne s'est pas imposé dans l'enseignement et la formation, bien que l'on sache leur impact sur le développement du pays.


    Le système éducatif se reproduit identique à lui-même, l'étudiant devenu enseignant a tendance à reproduire les pratiques de ses maîtres.
    C'est ainsi que le système demeure, dans de nombreux cas, davantage orienté sur le contenu à transmettre à un étudiant considéré comme un récipient que sur les compétences à faire acquérir à l'apprenant. Or à cet égard, il n'est pas excessif de considérer avec Cochrane que «tout enseignement doit être présumé inefficace jusqu'à preuve du contraire».

    Objectifs et programmes


    Améliorer la qualité du système éducatif est la préoccupation de tous, mais pour atteindre cet objectif, il convient d'agir sur l'ensemble des paramètres: objectifs et programmes, méthodes d'enseignement et supports, système d'évaluation, enseignants, qualité de l'apprentissage. Cette démarche, que l'on peut qualifier de pédagogie des compétences, vise à rationaliser le processus enseigner/apprendre, à en améliorer le rendement, en fait à le recentrer sur la raison même du système éducatif et sa finalité, à savoir l'apprenant. «Si vous n'êtes pas sûr de l'endroit où vous voulez aller, vous risquez de vous retrouver ailleurs»... et de ne pas le savoir, car le système fonctionne bien souvent sans feed-back.
    Une démarche pédagogique rationnelle suppose une définition préalable des buts dont découleront les objectifs éducationnels et les programmes. Ceci revient à définir les compétences que doit acquérir l'étudiant et qui sont de trois domaines: le savoir, le savoir-faire et le savoir-être. En effet, le but de la formation est de former un professionnel, mais aussi un homme social, un citoyen responsable. C'est dire l'importance du domaine psycho-affectif. Les objectifs ne doivent pas être axés sur les niveaux élémentaires, à savoir acquisition des connaissances, mais viser le développement de capacités supérieures, telles que la résolution de problèmes, l'adaptabilité, la créativité, l'innovation et comporter des objectifs transversaux larges de formation de la personnalité et d'acquisition des savoir-faire méthodologiques.

    En effet, l'entreprise ne recrute pas des connaissances, mais un cadre compétent, capable de s'adapter, de travailler en équipe et d'innover.
    Le choix des objectifs de l'enseignement ne doit pas se fonder sur l'avis d'experts, mais reposer sur une analyse rigoureuse des besoins de la société. Ce travail doit avoir un caractère prospectif, car nous formons pour demain. C'est là un travail difficile mais essentiel auquel chaque établissement devrait consacrer une partie de sa recherche. C'est le seul moyen pour demeurer à l'écoute de la société et déceler à temps les changements.
    Les objectifs éducationnels constituent la base d'une pédagogie de contrat entre tous les partenaires:
    - entre enseignants et étudiants, qui définissent les objectifs, les règles du jeu, établissent de nouveaux rapports et favorise l'autonomie de l'apprentissage;
    - entre enseignants et établissement qui s'engagent à raisonner en termes de compétences et non de disciplines et de territoires à défendre et à collaborer à la même cause, la formation,
    - entre établissement et société, par lequel l'établissement s'engage à former des cadres répondant aux besoins de la société et à protéger celle-ci contre les dangers potentiels que peuvent représenter ses diplômés.

    Méthodes et supports


    La qualité des méthodes et supports est ici déterminée autant par le choix de la méthode que par sa mise en oeuvre. En effet, choisir une méthode peut être difficile étant donné la multiplicité des méthodes et des ressources et lourd de conséquences. Il convient donc de fonder ce choix sur des critères rationnels: la pertinence, l'efficacité, la commodité.
    · La pertinence:
    Il n'existe pas d'intervention pédagogique à tout faire. Il convient donc avant tout de s'assurer que la méthode est adaptée au but visé. Mais comment s'assurer de cette pertinence en l'absence d'objectifs?
    · L'efficacité:
    Elle consiste à respecter les principes d'apprentissage. C'est:
    - la motivation intrinsèque (d'où l'intérêt de la pédagogie de projets là où c'est possible) et la motivation extrinsèque sont essentielles, car apprendre n'est pas seulement un phénomène intellectuel, mais un processus émotionnel;
    - l'activité, d'où l'intérêt des méthodes actives qui impliquent et font participer l'étudiant, qui le mettent en situation, développent l'initiative (intérêt des stages et de l'alternance formation/emploi);
    - le feed-back et l'autoévaluation: l'étudiant apprend mieux s'il reçoit une information précise sur ses progrès;

    - enfin le rythme et le style d'apprentissage, d'où l'intérêt d'une pédagogie diversifiée avec des ressources que chacun peut utiliser en fonction de son rythme et de son style.
    · La commodité:
    C'est le rapport coût/efficacité. En effet, une méthode peut avoir un coût élevé et ne pas être efficace et inversement.
    Ces critères permettent d'élaborer des stratégies adaptées à tous les contextes et à toutes les contraintes.
    A quoi sert-il de mettre en oeuvre une pédagogie des compétences si l'étudiant continue à orienter son apprentissage vers la mémorisation des connaissances, ou continue à se comporter en consommateur de savoir? Comment peut-il gérer sa formation continue s'il ne participe pas à sa formation initiale? Savoir comment apprendre permet à l'étudiant de gérer sa formation, d'orienter correctement son apprentissage, d'acquérir une méthode qui lui servira sa vie durant. D'où l'intérêt de l'initiation à l'apprentissage axée sur les savoir-faire méthodologiques et la gestion du temps (apprendre à apprendre).


    (*) Doyen honoraire de la Faculté de Médecine de Casablanca. Maître de pédagogie universitaire des sciences de la santé.


    Le système d'évaluation


    Peu de systèmes pourraient survivre sans feed-back, et pourtant beaucoup d'établissements d'enseignement limitent l'évaluation à celle des étudiants. Or l'évaluation doit mesurer le comportement des étudiants, l'efficacité des enseignants et la qualité des programmes. Ces deux dernières dimensions sont même jugées absurdes par certains, alors qu'elles sont essentielles: c'est la boussole sans laquelle on ne saurait s'embarquer dans un processus éducationnel. Il importe donc de développer une culture de l'évaluation, ce qui est encore rare dans le monde francophone en dehors du Canada et de la Belgique.
    La qualité dans ce domaine porte sur la planification du système d'évaluation et sa mise en oeuvre. La planification peut être guidée par quelques principes. Le système d'évaluation doit:
    - couvrir tous les domaines de la formation,
    - reposer sur des instruments de mesure valides, fiables, objectifs et commodes (il existe pour chaque dimension à évaluer au moins un instrument de mesure),
    - être adapté au niveau d'études,
    - enfin concerner l'ensemble du processus de formation: programmes, méthodes, ensei-gnants, besoins du marché et de la société.

    Le système d'évaluation


    Tout système ne vaut que par la manière dont il est appliqué. Celle-ci est étroitement tributaire de la motivation des enseignants et de leur compétence pédagogique. Le rôle de l'enseignant a évolué: de simple transmetteur de savoir, il est devenu animateur, facilitateur de l'apprentissage, formateur, devant donc maîtriser les méthodes de formation et d'animation de groupes, ainsi que les méthodes d'évaluation. Or, curieusement, rares sont les enseignants du supérieur qui reçoivent une formation pédagogique, alors que le perfectionnement n'est institutionnalisé qu'aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. La pédagogie, on ne l'enseigne pas. Comme le dit Edouard Labin, on enseigne tout au monde: les sciences, les arts, les sports, le piano, la vente, les métiers de l'hôtellerie, de comédien, de sociologue, tout, absolument tout, sauf l'activité d'enseigner. C'est là le drame de la pédagogie et qui résulte d'une millénaire méprise, hélas toujours très répandue.
    On confond la connaissance d'une discipline avec l'aptitude à l'enseigner. Certes, le professeur d'une discipline doit la maîtriser, mais c'est là la partie la plus simple de sa fonction. Et pour citer à nouveau Edouard Labin: «Ou la société formera ses éducateurs, ou les éducateurs ne formeront pas la société».






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