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    Une analyse d'un expert du BIT : Salaires: L'inégalité femmes-hommes persiste

    Par L'Economiste | Edition N°:145 Le 15/09/1994 | Partager

    Les femmes sont de plus en plus nombreuses à travailler. Mais les inégalités de salaires subsistent. Elles s'expliquent par le handicap des maternités, de la formation ou des préjugés sur leur force ou productivité

    Les femmes ne sont plus de nos jours ménagères d'abord, et femmes au travail ensuite. Elles sont plus nombreux que jamais à investir le monde du travail. surtout dans les pays industrialises. Au début du siècle elles représentaient aux Etats Unis 20 % seulement des effectifs. aujourd'hui, près de la moitié des travailleurs américains sont des travailleuses.

    Mais le monde du travail reste inégalitaire. L'inégalité persiste bien que les femmes étudient aujourd'hui aussi longtemps que les hommes malgré les lois nationales et les normes internationales qui condamnent une discrimination sexuelle reconnue contraire aux droits de l'Homme

    Les femmes sont moins bien payées que les hommes Au Sri Lanka et en Suède. elles gagnent 90% du salaire horaire des hommes. Mais au Japon et en Corée du Sud. seulement la moitié.

    Conduites plus souvent que les hommes à travailler moins d'heures. elles détiennent plus de 80% des emplois à temps partiel en Grande Bretagne, en Suède et en France. Une étude portant sur le milieu rural égyptien a même montré que plus de 35% des femmes actives s'acquittaient de moins de dix heures de travail par semaine.

    Certaines professions sont toujours considérées comme étant réservées au hommes ou aux femmes. Témoins les exemples suivants: Pour des pays aussi différents que le Luxembourg, la Norvège, le Japon, la Chine et la Malaisie, les données du Bureau International du Travail (BIT) montrent que presque 90% des secrétaires, aides-ménagères, infirmières sont des femmes. Inversement, la quasi-totalité des architectes, ingénieurs, maçons, menuisiers, forgerons, outilleurs sont des hommes.

    Des métiers de l'instinct maternel

    Les stéréotypes sexuels ont la vie dure: les femmes dotées du fameux "instinct maternel" seraient de meilleures infirmières. nurses et institutrices: leur dextérité manuelle serait utile dans le tissages la couture et le travail de micro-électronique: leur meilleure aptitude aux tâches ménagères les préparerait mieux aux travaux de cuisine, de blanchisserie. et de nettoyage ainsi qu'aux professions de coiffeuse et d'esthéticienne: et leur loyauté est censée en faire de meilleures comptables.

    Au chapitre des "handicaps"* on cite généralement leur moindre force physique, pour expliquer pourquoi les hommes sont de meilleurs forgerons, maçons, ouvriers du bâtiment, gardiens et mineurs: leur faible inclination pour les sciences pour justifier la prépondérance des ingénieurs et savants hommes: et leur moindre talent pour la supervision et la prise de décision pour expliquer pourquoi les hommes occupent la majorité des postes de dirigeant et de législateur.

    Des stéréotypes qui ont pour effet de cantonner les femmes dans des tâches subalternes où les salaires sont bas Les données réunies par le BIT montrent dans 45 pays une sous-représentation des femmes dans les postes de gestionnaire. Elles n'y détiennent jamais plus de 40 % de ces postes. et dans plus de la moitié des pays étudiés. moins de 20 %.

    Quelques professions échappent à ces stéréotypes dans un ou plusieurs pays. En Inde, les femmes travaillent dans le bâtiment et portent de lourdes charges; au Moyen-Orient, ce sont les hommes qui sont vendeurs dans les boutiques: et à Hong-Kong les tailleurs sont des hommes pour la plupart tandis qu'au Japon c'est l'inverse.

    Les stéréotypes ne sont pas des données biologiques travées dans la pierre. La prédominance d'un sexe dans une profession peut être remise en cause. et parfois rapidement. Entre 1970 et 1991. le pourcentage des économistes femmes aux Etats-Unis est ainsi passé de 16 à 41%. Pour les avocats. l'évolution était de 5 à 22%. et de 14 à 32% pour les informaticiens.

    Les économistes s'efforcent de puis longtemps d'expliquer les mécanismes de la ségrégation professionnelle et salariale.

    Discrimination

    Certains expliquent que les femmes doivent leur plus faibles salaires à leurs productivité inférieure en moyenne à celle des hommes. Explications avancées: un niveau d'enseignement trop bas dans les pays en développement, et un choix de formation plus tourné vers les sciences humaines que les sciences appliquées ou le commerce dans les pays industrialisés. Par ailleurs les femmes quittent souvent le monde du travail après leur mariage ou la naissance de leurs enfants. Pour cette seule raison. à qualification et expérience égales, les femmes se "vendent" moins bien sur le marché du travail.

    Pour expliquer la ségrégation professionnelle. on souligne que les femmes recherchent des emplois avec un bon salaire de départ. mais avec des perspectives de progression limitées. Ce qui leur permet de limiter le manque à gagner quand elles arrêtent de travailler, même provisoirement. Les hommes montrant toujours aussi peu d'enthousiasme pour les tâches ménagères, leurs femmes recherchent des emplois à temps partiel ou à horaires flexibles qui permettent de mener de front leur vie professionnelle et leur vie familiale et domestique.

    Mais ces explications ne suffisent à expliquer généralement qu'un tiers des écarts de salaires constatés. Les deux autres tiers seraient dus à la discrimination sexuelle: le marche du travail serait structuré selon des critères sexuels. bloquant l'accès des femmes à certaines carrières.

    Elles se voient ainsi dirigées vers un nombre limité de professions. Et. loi de l'offre et de la demande oblige. leur arrivée en masse tire les salaires vers le bas.

    Cette même loi, en revanche, pousse vers le haut les salaires dans les professions majoritairement masculines. Reste un mystère: pourquoi le marché du travail se structure-t-il autour des différences de sexe? Pour quoi les salaires des professions plu tôt féminines sont-ils généralement inférieurs à ceux des professions masculines, même quand la valeur du travail est comparable (en termes de qualification. d'expérience. de responsabilités. d'effort physique ou de conditions de travail) ?

    Des mesures sont nécessaires

    Le gouvernement de l'Etat de Washington aux Etats-Unis a effectué une étude qui montre que les chauffeurs de camion de livraison gagnent 25 % plus qu'une secrétaire qualifiée, alors que leur travail nécessite moins d'expérience et de formation professionnelle moins de capacités intellectuelles et de sens du contact que celui de secrétaire.

    Les gouvernements doivent s'attaquer à ces inégalités Donner les moyens aux femmes actives de mener leur double vie professionnelle et familiale Leur permettre de faire garder les enfants à un prix abordable. Faciliter l'accès à l'information sur le planning familial, et à des services de santé destinés à prévenir les maladies et éviter ainsi que les personnes âgées logées chez leurs entants aient besoin d'être soignées à la maison Améliorer les infrastructures communautaires de base dans les pays en développe ment, pour que les femmes n'aient plus besoin de faire de longues distances pour trouver combustible et eau.

    Ainsi la productivité des femmes pourrait s'accroître, ce qui leur per mettrait de concurrencer les hommes à armes égales Il faudrait encourager les femmes à étudier les sciences et les travaux manuels, et à poursuivre une formation professionnelle Leur donner accès au crédit, à des services d'aide technique et à des coopératives Ce dernier point est particulière ment important dans les pays de l'ancien bloc communiste où les gens ont très peu d'expérience de l'entre prise privée Il faut des lois anti-discrimination pour éviter les inégalités salariales à travail égaux Il faut abroger les lois qui interdisent aux femmes l'accès au travail de nuit ou à risque, ou qui impliquent de porter des charges lourdes. Il faut étendre la protection sociale aux travailleurs temporaires ou à temps partiel, qui sont pour la plupart des femmes. Il faut par ailleurs peut-être mieux que la gestion des congés maternité revienne à l'Etat plutôt qu'aux entreprises . Les femmes seraient ainsi libérées de la discrimination des employeurs qui hésitent souvent à les embaucher à cause de ces coûts supplémentaires.

    Ces mesures pour assurer l'égalité des chances doivent fixer des objectifs chiffrés à l'embauche des femmes . La politique volontariste mise en place aux Etats-Unis explique en partie une ségrégation professionnelle moindre depuis vint ans. Les syndicats ont un rôle important à jouer dans la promotion de l'égalité sexuelle. Pour une bonne raison: l'inégalité au travail n'est pas simplement une violation (le la justice sociale. C est une entrave à l'efficacité économique, qui empêche les nations de fonctionner au maximum de leurs capacités.

    Richard Anker*

    BIT (Genève), traduit de l'anglais par Dan Throsby

    * Richard Anker est chercheur au Bureau International du Travail (BIT) a Genève.

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