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Une «tontine« finançait les terroristes

Par L'Economiste | Edition N°:1574 Le 04/08/2003 | Partager

. Des prévenus se sont dits «obligés d'y participer«. Mais dans leurs déclarations, ils s'accablent les uns les autresL'entrée des prévenus dans le box en verre des accusés ne focalise plus l'attention comme au début des procès à Casablanca. Au fil des audiences, l'assistance a mis des noms sur les visages et a fini par les classer par rapport à l'intérêt escompté de leurs révélations. Bien évidemment, les kamikazes “rescapés-repentis-réservistes” figurent au top de cette liste à côté des théoriciens de la nébuleuse intégriste. Le vendredi 1er août était ainsi une journée particulièrement intéressante. La Cour avait enrôlé les dossiers du groupe des 19 avec à sa tête Hassan Taoussi, le troisième kamikaze «repenti«. «Au courant des préparatifs des attentats«, selon l'enquête approfondie du juge d'instruction, il avait faussé compagnie à la cellule de Boulyaqdane qui s'est fait exploser à l'hôtel Farah. A côté du groupe de Taoussi, l'aquarium de la salle d'audience n°8 a vu défiler les supposés théoriciens de la nébuleuse intégriste: Fizazi, Hadouchi, Chadli et Miloudi (voir encadré). . Choc de kamikazesAprès le report du procès de ces derniers, le juge Lehsen Tolfi a entamé l'audition très attendue de Hassan Taoussi. Celui-ci a confirmé le récit de Omari concernant les «derniers préparatifs des kamikazes du 16 mai«. «J'ai rejoint le groupe le mercredi 14 mai sur demande de Omari. Nous sommes restés, dans sa maison, seuls jusqu'à au lendemain après la prière d'Al Asr. Plusieurs individus que je ne connaissais pas nous ont ainsi rejoints. Dans la soirée, j'ai appris que nous étions 14. Ne sachant ce qui se tramait, je suis resté continuellement à l'écart au premier étage de la maison jusqu'à ce que Omari me demande de fermer des petits sacs et qu'il me remette une petite bouteille avec une mèche et un briquet. C'est alors que j'ai appris que des attentats devaient avoir lieu le lendemain et que j'avais été désigné pour y participer (…) J'ai refusé, mais Boulyaqdane (le chef exécutif du groupe) m'a menacé (…) Je ne pouvais plus quitter la maison qui était continuellement fermée et dont seul Omari sortait pour nous acheter à manger«. Cette partie de la déclaration de Taoussi est intéressante à maintes égards. D'abord, elle est accablante pour Omari qui s'était dit, devant les juges, contraint et menacé de participer aux opérations du 16 mai. Comment pouvait-il être «menacé« alors qu'il était libre de ses mouvements? Deuxième révélation intéressante, Taoussi confirme que Boulyaqdane, mort au cours des attentats, était le plus violent et le plus déterminé du groupe. Plusieurs scènes de menaces ont été décrites dans les témoignages, mais chacune servant les intérêts d'un prévenu, elles restent à vérifier. En tout cas, la récurrence de ces témoignages montre que les cerveaux des attentats étaient violents contre les adeptes réticents. Reste à savoir lesquels des prévenus étaient vraiment contraints. Rachid Jalil, le repenti de l'Alliance juive et Taoussi, celui de l'hôtel Farah ne sont pas allés au bout de leurs actes. Ont-il été menacés? Quant à Omari, la version de Taoussi l'accable et montre qu'échapper à Boulyaqdane n'était pas aussi impossible qu'il l'a laissé entendre. D'autant plus, qu'il était le premier à se glisser à l'intérieur de l'hôtel et qu'il n'en était ressorti vivant que par la grâce des explosions de ses deux complices dont le souffle l'avait délesté de son sac bourré d'explosifs. Par ailleurs, la tentative de fuite avortée de Taoussi vers l'Algérie pour se réfugier «chez des frères«, le lendemain des attentats, invite à penser qu'il était plus informé qu'il ne le prétend. Bref, la confusion est une vérité que doivent affronter les juges de la Cour d'appel. Cependant, au fil des audiences, il semble que le juge Tolfi ait fait des événements du 16 mai sa culture. L'audition de prévenus se fait avec des relances précises. Le magistrat établit des ponts entre les procès malgré leur éclatement et questionne sur des faits et des situations précises. Après l'audition de Taoussi, la Cour a appelé à la barre trois autres prévenus de son groupe. Il s'agit de Hassan Ben Haffou, Saïd Mellouli et Hicham Alami. Les déclarations de ce dernier sont particulièrement instructives. Cordonnier de son état, il est accusé d'avoir prêté allégeance à Abdelhak Ben Tassir, alias Moul Sebat, le cerveau du 16 mai. Alami est accusé d'avoir fait l'éloge des attentats et d'avoir participé à leur financement. «Il a également manifesté sa prédisposition de commettre de futurs attentats«, a insisté le communiqué du parquet en date du 5 juin 2003. A qui? Rien dans les PV de police, ni dans le rapport du juge d'instruction ne permettent de le savoir. Cette conclusion, tirée de l'enquête de police, doit être rapprochée avec les déclarations du prévenu. Toujours, est-il, ce dernier n'a pas nié s'être rendu à Fès en compagnie de Omari pour rencontrer Moul Sebat. Mais, prétextant la torture, il a modifié les termes de ses déclarations antérieures. Ainsi, «la visite chez Moul Sebat a bien eu lieu en compagnie de Omari, mais il n'a jamais été question d'allégeance. J'ai rencontré Omari alors qu'il s'apprêtait à partir vers Fès. Et je voulais me procurer des chaussures pour mon commerce. Nous sommes restés deux jours sans jamais assister à une prêche tel que vous le dites«, a-t-il rétorqué aux juges. De même, s'agissant de sa participation au financement, il a nié «avoir sciemment contribué à la collecte de fonds«. «Je donnais une participation mensuelle, parfois de 10 DH, dans le cadre d'une tontine. On m'obligeait à le faire et je me disais qu'un jour ce sera mon tour d'en bénéficier«, a-t-il déclaré. Sous réserves de la véracité de ces propos, le recoupement entre les différentes déclarations des prévenus incite fortement à penser que les intégristes se montraient violents aussi bien contre leurs recrues que contre les citoyens, à leurs yeux, «apostats«.


Acquittements massifs à Safi

La Cour d'appel de Safi a rendu son verdict dans le cadre du procès du «groupe des 10« qu'elle instruisait. La Cour a innocenté tous les prévenus et a ordonné la destruction des pièces à conviction. Les 10 prévenus étaient poursuivis pour «constitution d'une bande criminelle, procuration et distribution de tracts portant atteinte à la sacralité des institutions, participation à une association illicite et ébranlement de la foi des musulmans«. On retrouve les mêmes chefs d'inculpation dans tous les procès instruits à travers le Royaume. Le fait que des acquittements massifs soient prononcés relativisent les critiques sur l'orientation purement sécuritaire que l'on attribue aux procès en cours.. Père et filsL'opinion publique devra tempérer avant d'établir un lien entre les événements de Casablanca et les idées véhiculées par les théoriciens de la violence intégriste. La Cour a, en effet, décidé de reporter leur dossier au 6 août “pour permettre à la défense de le consulter”. Pas de déclarations donc. Aussitôt après, Fizazi, Hadouchi, Chadli et Miloudi ont été sortis de la salle alors que d'habitude, les services de l'ordre gardent les prévenus du jour groupés. En effet, le parquet, qui dispose de ce genre de prérogative, “veut éviter qu'ils n'exploitent les débats à leur avantage”, confie un des chargés de la sécurité de la Cour. Aujourd'hui, lundi 4 août, le même traitement sera probablement réservé à deux autres “stars” de la nébuleuse intégriste. Il s'agit d'Abdelawahab Rafiki, dit Abou Hafs, fils d'Ahmed Rafiki, dit Abou Houdaifa, le doyen des Afghans du Maroc condamné à 10 ans de prison ferme le vendredi 18 juillet par le même juge, Lehsen Tolfi, qui verra comparaître demain son fils. La seconde star de la nébuleuse intégriste est Hassan Kettani, célèbre pour ses prêches sanglantes mais aussi pour son arrestation confuse dans le domicile d'Abdelkrim El Khatib, le président fondateur de l'Association marocaine de soutien au Jihad afghan, devenu depuis chef spirituel des islamistes du PJD. Adil HMAITY

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