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    Un nouveau monde sort de sa gangue

    Par L'Economiste | Edition N°:191 Le 03/08/1995 | Partager

    Les vieux camions rouges enguirlandés la nuit de lumières rouges et vertes sont en disparition. Les thés-brochettes pas très propres du bord des routes aussi et les "griments" (agréments) perdent leur symbolisme avec leur rentabilité. Une nouvelle culture des transports sort de sa gangue.


    Certes, on ne voit encore guère de ces gros camions à correction automatique de niveau qui donnent l'impression de marcher comme des danseuses d'opéra. Mais l'on croise de plus en plus souvent une nouvelle race de routiers qui savent traiter de bout en bout les dossiers administratifs pourtant complexes des marchandises qu'ils convoient. Le matériel change et il y aura bientôt des disques mouchards. Les hommes aussi sont en train de changer.
    Il n'y a pas un, mais de multiples faits générateurs de cette révolution qui se passe sous nos yeux. Le plus lointain est peut-être la crise des ports au début des années 80. L'ODEP est né de cette crise, et en moins de dix ans, le mode portuaire a changé de visage, sans qu'il en coûte un sou au contribuable. Le traitement de la crise a fait entrer presque d'un seul coup le Maroc dans la conteneurisation (transport par grosses boîtes prêtes à être posées sur les bateaux puis accrochées aux tracteurs routiers et ainsi de suite). De cette manière est entré dans notre paysage le principe du "multimodal", c'est-à-dire l'utilisation successive de différents moyens de transports, sans toucher à la marchandise. Mais il ne serait pas mauvais que les juges aussi apprennent ces nouvelles techniques et leurs implications sur le partage des responsabilités.
    Autre fait générateur: l'irrésistible "et moi, et moi?" qui ruine lentement et sûrement la valeur des agréments et, soit dit en passant, casse un système de prébendes qui n'a plus rien à faire dans le Maroc d'aujourd'hui. Les batailles commerciales des stations-service et la mise en concurrence des sociétés d'autocars, le tout inauguré par les privatisations des compagnies pétrolières et de la CTM-LN.

    Les transports ce sont aussi de graves points noirs: des assurances déficitaires et un taux scandaleux d'accidents sur les routes; les notes de frais de l'ancien président de la RAM et les milliards perdus de l'ONCF. Avec ses 3,8 milliards de DH de dettes en souffrance, l'ONCF est l'une des trois plus grosses catastrophes financières contemporaines, et il a fallu attendre un accident plus la cessation de paiements pour que l'indéboulonnable Moussa Moussaoui soit limogé. Le contribuable paiera, à raison de 700 millions de DH par an, soit l'équivalent d'un petit barrage. Payeront aussi les pots cassés les employés en surnombre: la vache à lait n'a plus de lait, mais ils ne savaient pas que c'était une simple vache à lait.
    Les trains ne sont jamais rentables, certes, mais ce n'est pas une raison pour y gaspiller l'argent des contribuables.
    Les avions, eux, devront rester rentables, même avec la "liberté de l'air" que le GATT imposera dans un an. Céder, concéder ou liquider la RAM? Il n'en est pas question: ses ailes portent encore l'émotion attachée à la souveraineté nationale. Mais pourquoi pas céder ou concéder des services annexes. L'idée en tout cas n'est pas écartée.
    Le changement juridique le plus important sera la réforme de la loi de 1963 qui réglemente notamment les transports terrestres. Pour la première fois, l'idée est acceptée au niveau du Ministère des Transports. Jusqu'ici elle était repoussée avec horreur: pendant dix ans, le Ministère a résisté victorieusement au vent général de libéralisme, refusant de voir que le marché avait de lui-même pris sa liberté, quand les opérateurs plongeaient dans l'illégalité, plutôt que de laisser voyageurs et marchandises sur le bord de la route.

    Nadia SALAH

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