×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Economie

Un entretien exclusif avec M Driss Basri

Par L'Economiste | Edition N°:25 Le 16/04/1992 | Partager

L'Economiste: Quinze ans après la Charte des collectivités locales, quels sont les éléments qui vous paraissent aujourd'hui les plus réussis de la politique de décentralisation?
M. Driss Basri: Le premier serait à mon avis constitué par l'option de la décentralisation elle-même, qui permet à chaque citoyen et citoyenne de participer à la gestion des affaires locales et ce selon une optique proche des besoins des populations. C'est un choix que l'on peut peut-être trouver évident ou encore même naturel, mais il n'en reste pas moins que c'est un choix fondamental.
Le deuxième élément qu'il me paraît utile de préciser, c'est la mise à la disposition des collectivités locales, par le gouvernement, de moyens humains et matériels. Ceux-ci sont sans commune mesure avec les moyens des collectivités locales, d'il y a quinze ans. Plus de 100 000 personnes travaillent aujourd'hui, là où il n'y en avait que 30 000 il y a quinze ans. Les collectivités locales disposent actuellement d'un volume de ressources globales de 10 milliards de Dh contre quelques 800 millions de Dh, il y a quinze ans.
Enfin, le troisième élément qui me paraît particulièrement important, c'est la conviction et l'adhésion que remporte la politique de décentralisation chez tous les courants de la pensée politique, économique et sociale. En effet, tous les acteurs y participent effectivement et sans hésitation. Parmi les plus grandes et les plus prospères villes du pays, les élus de l'opposition gèrent tout naturellement les affaires locales. Puis-je vous donner un meilleur exemple du degré de conviction et de participation? Et du coté gouvernemental, il n'y pas eu d'hésitation devant cette situation...

. Pardonnez-moi, mais dois-je comprendre par votre formulation que la présence de l'opposition sert de justificatif ou pire qu'elle aurait pu être créé de toute pièces...
. Alors là pas du tout. Vous n'y êtes pas du tout. Ces cas montrent que personne n'a hésité à jouer le jeu et à donner le maximum d'autonomie aux élus locaux, quelle que soit leur appartenance politique.

. Cependant, lorsqu'il y a des philosophies, des approches politiques différentes, il serait logique qu'il en naisse des difficultés relationnelles.
. Pas du tout. Excusez-moi de vous le dire mais il faut méconnaître la réalité du terrain, la réalité de la gestion quotidienne pour accorder crédit à ce genre d'analyse. La gestion est Une et elle constitue une démarche qui s'impose à tous, quelle que soit l'appartenance politique des Conseils élus.

. La décentralisation est aussi une question de moyens, vous l'avez souligné; or les 30% de la TVA ont fini par être transférés mais en même temps ont été transférées des charges équivalentes. On revient tout simplement à la case départ?
. Non, ce n'est pas une opération négative ni même neutre. Le transfert de compétences et de tâches de l'Etat vers les collectivités locales place celles-ci à un niveau et à un rang qualitatifs supérieurs. La dimension qualitative est ici primordiale. C'est un saut de progrès vers l'avenir que le Maroc est en train de réaliser. En effet, au lieu de rester cantonnées à la gestion administrative et sociale, les collectivités locales prennent en charge des opérations et des compétences qui appartenaient jusqu'ici à l'Etat.
Ce sont des éléments fondamentaux qui, et vous le verrez lors des élections communales, prendront une dimension et une importance que l'on ne soupçonne pas aujourd'hui.

. Dès l'automne prochain?
. Evidemment.

. L'option Région s'est estompée, pourquoi?
. La Région peut être considérée comme une superstructure qui viendrait compléter l'architecture de la décentralisation. Elle viendrait consolider la structure de la commune qui reste le noyau de base, l'élément moteur de la décentralisation et conforter la province. Dans un premier temps, la Région sera donc reconnue comme collectivité locale et comme niveau intermédiaire entre la province et l'Etat. L'avenir de la Région sera donc certainement plus radieux qu'on ne l'imagine aujourd'hui.

Trois voeux sur la décentralisation

. Est-ce qu'il en sera plus rapide?
. Peut-être pas. On n'ira pas à la même vitesse que pour la commune, parce que la Région a une dimension géographique plus importante, un niveau de responsabilité plus élevé et une échelle d'engagement politique supérieure.
Un Etat qui veut mener les choses de manière responsable ne peut pas s'offrir le luxe de bousculer l'évolution naturelle des choses. Tout le monde a présent à l'esprit l'échec du Général de Gaulle, lorsqu'il s'était agit en France d'ériger la Région en entité décentralisée alors que la situation n'était pas tout à fait mûre.

. Si vous aviez trois voeux à formuler pour la poursuite sereine de la décentralisation, quels seraient-ils?
. D'abord un bon personnel politique, venant de tous les horizons politiques, pour bien gérer les communes. Je ne dis pas qu'elles soient mal gérées. Des progrès considérables ont été faits mais la décentralisation poussera plus loin la participation des citoyens.
Ensuite, il faudrait élever le niveau de perception des intérêts locaux, et pas seulement en période de préparation des élections ou par esprit démagogique.
Enfin, il faudrait une planification réaliste qui tienne compte des besoins de la Nation et de ceux des entités décentralisées, les collectivités locales. Toutefois, une hiérarchisation de ces besoins est nécessaire.

. La multiplication de ces échelons de décisions autonomes entraine-t-elle des difficultés relationnelles?
. Pour l'instant non, mais il faut s'y attendre. C'est dans l'ordre normal des choses de l'élargissement de la décentralisation. Elle fait en effet apparaître des entités décisionnelles qui devront apprendre à gérer ensemble.

. Du côté gouvernemental ou des Administrations centrales, la poursuite de la décen-tralisation entraîne une réduction des attributions.
. Vous voulez me faire parler en tant que tuteur c'est-à-dire défenseur des collectivités locales. Allons-y.
A ce niveau, il serait judicieux que le gouvernement prête davantage attention aux voeux et besoins des collectivités locales. C'est une crainte toute théorique que de redouter une dilution de l'Etat. Il n'y a pas le moindre fondement à ce point de vue.

. Il n'en a pas moins fallu rénover les perceptions et mentalités des Administrations centrales, et spécialement en matière de sécurité et de maintien de l'ordre.
. Tout l'effort de persuasion réside dans le fait de bien montrer que les Services publics sont au service du public donc des citoyens, et non l'inverse.

. Ce qui n'est pas forcément facile?
. Ce n'est pas non plus si difficile. Il faut surtout donner l'exemple et transmettre la conviction de cette évolution.

. Que vaut l'exemplarité dans une administration aussi vaste que le Ministère de l'Intérieur?
. L'exemple est toujours communicatif. De plus actuellement avec les moyens de communication, avec la présence et l'action sur le terrain on peut arriver à toucher un champ large d'intervenants.

. L'opinion publique réclame plus d'éclat et considère parfois des sanctions seraient bien venues, justement pour servir d'exemple.
. Il faut faire très attention dans ce domaine. Les opinions publiques, par nature, réclament quelques fois des actions spectaculaires de ce type. Mais il y a des lois et des règles pour le Service public. Lorsque les impératifs de Service public l'exigent et que cette exigence coïncide avec l'opinion publique, il ne faut pas hésiter.
Il faut s'abstenir d'agir sous la pression, de sanctionner juste pour le faire, car cela se retourne contre le Service public. Il faut se garder d'agir sous l'empire ou l'emprise d'une émotion publique, qui par nature est fluctuante.

. A ce propos, on lit et on entend que le gouvernement a été piégé dans l'affaire Amaoui.
. Si on considère que le recours normal et sommes toutes élégant, devant la Justice par une plainte régulière du Gouvernement, tendant à faire valoir le droit, pour faire respecter l'autorité de l'Etat et la dignité des pouvoirs publics, si c'est cela se faire piéger, ma foi, c'est un excellent piège!


Propos recueillis par Nadia Salah

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc