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    Economie

    Travail des enfants: Des réflexions en attendant des actions

    Par L'Economiste | Edition N°:310 Le 25/12/1997 | Partager

    Pour une fois, le travail des enfants et leur exploitation ne sont plus un sujet tabou. L'Administration en parle ouvertement et semble décidée en partenariat avec les ONG et la société civile à y remédier.


    Faudra-t-il attendre que l'OMC adopte une clause sociale pour que la situation des enfants vulnérables soit prise plus au sérieux? Le fléau est international. Si le Maroc ne connaît pas encore de ravages comme en Asie, la situation n'en est pas moins inquiétante. Une bonne frange de la population enfantine, 1 million d'enfants travaillent et dans de mauvaises conditions et un autre million sont dans les rues «suite à un excès d'exploitation».
    Ce constat n'est pas nouveau. Reste que, pour une fois, le sujet n'est pas tabou et fait l'objet d'une attention plus soutenue de la part de l'Administration. La tenue d'un séminaire sur l'enfance vulnérable est une première étape pour essayer de définir une stratégie de protection(1). Cependant, la reconnaissance récente du problème ne signifie pas l'absence de diagnostic.
    Les enquêtes menées par le Ministère de l'Emploi et les ONG en 1996 sur le sujet relèvent trois raisons à ce travail. La pauvreté est en première ligne.

    Vient ensuite la déscolarisation qui mène souvent soit au travail ou à la rue.
    Dernier facteur enfin, l'acquisition d'une qualification. Bien que, dans beaucoup d'activités informel-les ou domestique, cette qualification n'existe pas réellement. D'après le recensement de 1994, ils étaient presque 1 million d'enfants âgés de moins de 18 ans au travail. Selon les séminaristes, cette situation semble arranger tout le monde: les parents y trouvent une ressource financière et l'entreprise dispose là d'une main-d'oeuvre à moindre coût. Le secteur artisanal qui emploie plus de 40% des enfants au travail est champion dans ce domaine, surtout lorsque le niveau des rémunérations oscille entre 100 et 400DH/mois et que la plage horaire va de 5 jusqu'à 20 heures et plus.
    Fait gravissime relevé par les enquêtes: la plupart des enfants démarrent leur activité «profession-nelle» bien avant 7 ans. Pourtant, un arsenal juridique protégeant les enfants existe. L'admission des enfants à l'emploi se fait à partir de 12 ans selon le code de travail. Un projet de réforme de la législation du travail porte cette admission à 14 ans.
    En plus de son illégalité, le travail ne s'effectue pas dans de «bonnes» conditions. Toutes les enquêtes mettent en évidence un contexte d'hygiène et de sécurité peu favorable, marqué par plusieurs nuisances (poussières, odeurs) et des agressions. Les enfants évoluent pour la plupart dans des ateliers clandestins, vétustes et insalubres. Des troubles physiques et surtout psychiques sont souvent constatés.

    Outre la sensibilisation des familles et des employeurs, le premier principe d'action dégagé par le séminaire est le degré de volonté et d'engagement gouverne-mental. Ce principe est indispensable à la mise en place d'une politique nationale d'amélioration des conditions de l'enfant vulnérable. Car il serait illusoire de prétendre pour l'heure abolir le travail des enfants d'un seul coup de baguette magique (voir l'interview du mi-nistre de l'Emploi). Les séminaristes proposent un échéancier jusqu'à 2010. En attendant, l'employeur a bien des efforts à fournir. En premier lieu mettre en place une organisation de nature à préserver le développement physiologique et social des enfants. Réduire leur travail est également une priorité. L'entreprise pourrait devenir un véritable lieu de formation en conjuguant travail et formation.

    Au niveau des mesures institu-tionnelles, les propositions ont concerné d'abord l'harmonisation des lois relatives à l'âge minimum d'admission à l'emploi et celui où se termine la scolarité obligatoire.
    De son côté, le Ministère de l'Emploi propose un programme d'actions dont notamment la sensibilisation et la formation des inspecteurs du travail sur les droits des enfants ainsi que les moyens qui devraient leur être octroyés.
    Dans son programme de développement, le Département de l'Artisanat propose la constitution d'un fonds social destiné aux enfants en apprentissage alimenté par la taxe parafiscale sur l'estampillage du tapis. Autre action, l'insertion d'une nouvelle prestation ciblant les enfants à partir de 12 ans et couvrant les accidents de travail dans le cadre d'Adamane Al Hirafi.
    C'est clair, l'Administration est décidée à agir. Il n'en reste pas moins que cette stratégie d'actions doit faire l'objet d'une mobilisation concertée (gouvernement, ONG et société civile).

    Badra BERRISSOULE


    (1) Organisé par les Ministères de l'Habitat et de l'Emploi, des Finances, du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat et le Secrétariat de l'Entraide Nationale, le séminaire s'est tenu les 22 et 23 décembre.

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