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Tragi-comédie en pays andins
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2733 Le 12/03/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004) La crise internationale survenue la semaine dernière entre la Colombie et ses deux voisins, l’Equateur au sud, le Venezuela à l’est, est à la fois classique(1) et singulière. L’affaire n’a pas duré. Commencée le samedi 1er mars, tôt dans la matinée, la crise s’est terminée le vendredi 7 mars par une réconciliation générale, sinon sincère, des Etats concernés. Un sommet à Saint-Domingue a suffi. Dans la capitale de la République dominicaine, la réunion du Groupe de Rio, forum de vingt pays d’Amérique latine, conçu pour traiter de questions d’intérêts communs, a permis d’en terminer avec la dispute. Vendredi, sous les applaudissements, le président équatorien Raffael Correa a pardonné à la Colombie dont le chef Alvaro Uribe Velez, qui avait présenté «ses pleines excuses», est venu lui serrer la main. Le maître du Venezuela, Hugo Chavez, en a fait autant avec son homologue colombien.Pareil règlement, sans drame, sans larmes et sans combat, fait de cette crise originale une sorte de tragi-comédie.. Une crise classiqueLa crise a débuté de manière ordinaire, par une rupture de l’équilibre des relations existant entre les trois pays andins dont l’un, la Colombie, est aux prises depuis 1966 avec un mouvement insurrectionnel, les FARC ou Forces armées révolutionnaires de Colombie. Ce 1er mars, une formation militaire colombienne, appuyée par l’aviation, lancée à la poursuite d’une unité des FARC, pénètre de 1.500 mètres en territoire équatorien où les FARC ont des camps depuis bien avant l’élection du président Correa en 2006. Effectué peut-être au moyen de bombes guidées, le bombardement très précis de leurs positions coûte aux FARC vingt-trois hommes, dont Raul Reyes, numéro 2 de l’organisation. L’évènement fait grand bruit. Il est rendu public par la Colombie elle-même. Le président Uribe veut informer ses électeurs de ce nouveau coup infligé aux insurgés dont le mouvement paraît sur le déclin.Suit une escalade diplomatique. Hostiles à un régime jugé trop proche des Etats-Unis, l’Equateur et le Venezuela réagissent vivement. Le 2 mars, le président équatorien Rafael Correa rompt les relations diplomatiques avec Bogota, suivi le lendemain par le Venezuela d’où l’ambassadeur de Colombie est expulsé. Le 6 mars, le Nicaragua de Daniel Ortega, «par solidarité avec l’Equateur», agit de même. L’escalade est aussi militaire. Le 3 mars, Caracas dépêche 10 bataillons à la frontière avec la Colombie, Quito, accusé par la Colombie de donner refuge aux FARC, déploie 3.200 hommes autour de Lago Agrio, la capitale pétrolière du pays, située juste à côté de la frontière. Rédactions et chancelleries commencent à s’émouvoir.. GesticulationsEmotion vaine! Hugo Chavez gesticule sans impressionner. Insensibles au nationalisme de leur président, les Vénézuéliens manquent d’enthousiasme. Un ancien ministre de la Défense, le général Raul Baduel, ironise même sur la solitude de Chavez, «bientôt condamné, tel Marlborough, à partir tout seul à la guerre». Habilement, le président Uribe évite tout mouvement de troupes assimilable à une réplique: «Nous avons la capacité de mobiliser nos troupes mais nous ne voyons aucune nécessité de le faire». De fait, la Colombie ne se sent pas menacée. Avec 200.000 hommes, les soldats colombiens sont quatre fois plus nombreux que ceux du Venezuela ou de l’Equateur. Surtout, l’armée de Bogota, sur la brèche contre un adversaire pugnace deux générations durant, est bien équipée et entraînée. Un conflit armé, au demeurant, est quasi impossible. Le terrain s’y oppose. Les barrières naturelles constituent un frein puissant aux tentations guerrières. Une des caractéristiques géostratégiques du continent sud-américain est la concentration des populations le long des côtes. Au nord, quand la montagne se fait plaine, le bassin de l’Amazone, ses forêts, ses marais, isolent les zones habitées les unes des autres. La guerre est rare en Amérique du Sud. Quand elle survient (Pérou-Equateur, février 1995, dix jours d’accrochage, 75 tués), c’est pour peu de temps. Celle de 1982 entre l’Argentine et la Grande-Bretagne, à propos des Iles Malouines et de leurs 600 000 moutons, qui dure deux mois et fait un millier de morts, est l’exception qui confirme la règle. Conscient du caractère dérisoire de ses rodomontades militaires, Hugo Chavez annonce le 4 mars l’interruption des échanges économiques avec la Colombie. Cinq milliards de dollars annuels sont en jeu. Mais Caracas, là aussi, n’a pas les moyens de sa politique. Hors le pétrole, le Venezuela n’exporte à peu près rien ; la Colombie, elle, connaît une vive croissance et peut trouver son pétrole ailleurs que chez son remuant voisin tout en lui vendant des produits agricoles et même industriels. Le 5 mars, l’Organisation des Etats américains (OEA) adopte une résolution où est réaffirmé le caractère inviolable du territoire des Etats. C’est aussi l’avis de Bogota dont les excuses permettent de clore la crise le surlendemain. Reste à distinguer les vainqueurs des vaincus. Les échanges verbaux peu amènes entre les acteurs pourraient laisser des traces. Hugo Chavez qui avait déjà traité de «fasciste» le Premier ministre espagnol a accusé le président Uribe d’être «un criminel et un menteur». Pour autant, le Venezuela n’a rien gagné. La Colombie, non plus, qui, en dépit des Etats-Unis ou à cause d’eux, se retrouve isolée. Et si la rébellion des FARC apparaît affaiblie après avoir perdu samedi un autre responsable, Manuel Munoz, l’obligation faite à la Colombie de ne plus poursuivre les insurgés au-delà de ses frontières va conférer aux insurgés une plus grande liberté d’action en Equateur comme au Venezuela, devenus de quasi zones refuges. Le vrai vainqueur est finalement la région pour avoir su régler ses différends sans l’aide de quiconque. Ce n’est pas un mince résultat. --------------------------------------------------------------(1) Sur la théorie de la crise internationale, voir J.-L. D., « Les crises internationales, de Pékin 1900 à Bagdad 2004 », Bruxelles, Editions Complexe, 2004, 325 p., pp 15 à 73.


Un millier d’otages

Les FARC, ou Fuerzas Armadas Revolucionarias de Columbia, sont un mouvement révolutionnaire de tendance marxiste, créé en 1966. Elles constituent la branche armée du Parti communiste de Colombie. Leur objectif est le renversement du gouvernement de Bogota.Elles sont structurées, encadrées et commandées de manière militaire. Soumis à une discipline très dure, les combattants portent un uniforme et perçoivent une solde à l’instar des soldats d’une armée régulière. On estime leur effectif en 2008 à 5.000 hommes, en nette diminution depuis quelques années.Les FARC s’attaquent principalement à des objectifs gouvernementaux et aux forces de l’ordre ainsi qu’aux intérêts américains en Colombie. Leur zone opérationnelle s’étend jusqu’au Panama, au Venezuela, à l’Equateur. Associées aux narcotrafiquants, les FARC ont entamé il y a huit ans une campagne pour tenter d’améliorer leur image. Sans grand succès! Comme d’autres pays, les Etats-Unis et l’Union européenne continuent de les considérer comme une organisation terroriste. Celle-ci détient un millier d’otages, dont trois citoyens américains et la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt.

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