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Economie

Tourisme, benchmark entre le Maroc et la Turquie
Trente ans pour sortir du sous-développement

Par L'Economiste | Edition N°:1809 Le 12/07/2004 | Partager

. Des travaux, une politique et surtout des changements de mentalité. La conception des services publics a été revue Un séjour professionnel à Istanbul, trente ans après des mois de résidence dans cette ville: rien de mieux pour faire une double comparaison, dans le temps pour voir comment la Turquie a fait sa révolution touristique, et aussi dans l’espace, avec le tourisme d’affaires marocain d’aujourd’hui, que Rabat veut développer. Un premier point, il y a trente ans, le niveau de vie turc était un peu supérieur à celui du Maroc; aujourd’hui, la différence est considérable. Ankara a travaillé plus et mieux que Rabat. Cela se voit dans les chiffres: le PIB par tête au Maroc est de 1.180 dollars, celui de la Turquie est de 3.100 dollars, près de trois fois plus.Cela se voit aussi dans les comportements des gens, dans la structure de la ville… Un ancien et grand quartier pauvre, Taksim, en plein centre-ville, est devenu un centre d’affaires géant, avec une «Vallée des congrès», des rues très commerçantes, réhabilitées plutôt que reconstruites à neuf. Il s’agit de flatter le goût contemporain des vieilles choses… Seule la jeunesse des arbres trahit le caractère récent de la réhabilitation. Toute la ville a été remise à niveau, nettoyée, replantée, fleurie…D’énormes travaux, y compris un spectaculaire deuxième pont sur le Bosphore et des autoroutes urbaines, ont désengorgé la circulation. Néanmoins, ce qui reste d’encombrements rendrait fous… même des Casablancais! Des campagnes, que les Stanbuli qualifient de «terribles», ont été menées pour apprendre aux gens à conduire et se conduire: respecter le code, assurer les voitures, ne pas salir les rues…La mise à niveau a été déterminée et déterminante, y compris dans le comportement quotidien des gens, jusque dans leurs rapports personnels à l’hygiène. L’armée sans fausse honte vient d’ailleurs de lancer une campagne pour amener les soldats à être plus propres! Pour la Turquie et pour les Turcs, ces batailles de la mise à niveau n’étaient pas gagnées d’avance. Il n’était pas évident que le tourisme allait pouvoir devenir une source de revenus importante et un facteur d’emplois essentiel. La concurrence était déjà rude puisque de l’autre côté de la frontière, la Grèce recevait plus de touristes qu’elle ne pouvait en loger. Pourtant, bien peu prenaient le risque d’aller faire un tour jusqu’à Istanbul, à deux heures de route. L’image était mauvaise et elle était méritée. Les douaniers et les policiers turcs laissaient des km de bouchon s’accumuler: ils tenaient absolument à fouiller minutieusement chacune des voitures des émigrés revenant d’Allemagne et préféraient confisquer les marchandises plutôt que d’encaisser les droits de douane contre un reçu. A l’aéroport, seulement une poignée de guichets, vides pour la plupart, devaient traiter les arrivées, dans des locaux luxueusement aménagés mais très mal conçus. Aujourd’hui, l’aéroport n’est pas du tout luxueux, les marbres et les décorations ont disparu. Tout a été reconfiguré pour être fonctionnel: 28 paires (bien lire vingt-huit paires!) de guichets pour tamponner les passeports. A une heure du matin, la moitié d’entre eux sont encore ouverts. En quelques secondes, les passeports sont tamponnés… et les bagages sont déjà là. Par rapport au Maroc, l’approche turque est donc inversée: volumes, matières… tout ce qui devait impressionner l’arrivant a été abandonné, remplacé par la recherche de la commodité et de la rapidité. Le personnel n’octroie pas un service, il est au service des voyageurs.A Antaliya, le grand et le seul centre balnéaire, le souci de l’efficacité administrative, a été poussé au maximum, bien davantage qu’à Istanbul. Pourtant, il y a trente ans, les Stanbuli croyaient fermement que cette région du sud était bien trop mal placée, mal assainie, mal desservie… pour se développer. Aujourd’hui, Antaliya est pleine à ras bord. La Turquie a lancé d’autres sites, d’autres arguments… en particulier, le tourisme d’affaires de la capitale économique. Istanbul avait naturellement ses arguments de patrimoine culturel. Mais la culture et les affaires ne sont pas toujours suffisants pour fidéliser le tourisme. Istanbul est devenue une ville de sorties nocturnes, et de sorties en famille. Ce dernier point doit être souligné. Opéras, théâtres, salles de concert, musées avec restaurants et spectacles…Tous ces équipements publics, qui attirent, en famille, les résidents et les touristes, étaient délabrés ou n’existaient pas il y a trente ans. L’argumentaire de sortie a été rénové et considérablement élargi: Là où il n’y avait que «la sortie-poisson grillé», il y a maintenant toutes sortes d’idées, de la soirée-rock jusqu’au dîner avec des derviches tourneurs.Pour la stratégie touristique, c’est un aspect primordial, puisque c’est lui qui permet de passer de la bataille du nombre, à la bataille du chiffre d’affaires (cf. infra).


A 4h du matin, encore des embouteillages!

Vendredi et samedi soir, on se demande quand les campagnes de mise à niveau des comportements vont enfin s’occuper du klaxon!Depuis 22h la veille, les voitures bouchonnent sur l’avenue sous les fenêtres de l’hôtel! Grand changement depuis 30 ans, elles respectent le feu rouge. Celles qui cherchent à se faufiler sont arrêtées par des policiers en rogne. Mais personne ne songe à économiser le klaxon! Et il est déjà 4h du matin, l’aube arrive!Les Stanbuli sortent et aiment ça au point d’accepter ces embouteillages monstrueux. En fait, ce sont eux qui animent la ville. Sans eux, le tourisme à Istanbul se résumerait à la visite des monuments historiques, certes très bien, mais pas de quoi faire revenir les visiteurs. Surtout pas de quoi leur faire ouvrir grand leur porte-monnaie et en être très contents. Pour Casablanca, qui veut aussi se lancer dans le tourisme d’affaires, il faudra sans doute aller voir comment en trente ans, en plus de respecter les feux, les habitants d’Istanbul, sont devenus de joyeux drilles… au point d’engorger la ville deux nuits par semaine.Nadia SALAH

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