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Economie

Tourisme, benchmark entre le Maroc et la Turquie
12 millions de touristes, un secteur… sous-développé!

Par L'Economiste | Edition N°:1809 Le 12/07/2004 | Partager

. Une dizaine d’années pour se décider. Une dizaine d’années pour dépasser les objectifs…C’était il y a trente ans. Les Turcs commençaient à parler de développer le tourisme, mais les critiques étaient très vives: “Ça ne marchera jamais”; “On ne sait pas faire comme les autres, on n’y arrivera pas”; “Et qu’est-ce qui dit que le tourisme va poursuivre son expansion?”; “Les Italiens prennent tout” (“et ne parlons pas de ces accapareurs de Grecs!!!”); “On est trop loin, trop cher, pas assez professionnel”. Et puis il y avait la sécurité, le style de vie, les particularismes, la corruption… Qui avait diffusé l’idée de faire de la Turquie un pays touristique? Sans doute la jalousie ancestrale avec les Grecs. Mais au milieu des années 70, ce n’étaient encore que des mots alors que l’effondrement financier de 1973-74 (le même mais en plus grand que celui du Maroc en 1983) faisait déjà de la recherche de la devise, une stratégie de survie nationale. Il a encore fallu une dizaine d’années pour que la stratégie touristique se fixe vraiment: difficile de savoir quels sont les bons remèdes quand on est le premier (avec l’Argentine) à vivre un krach financier, et puis il y avait du terrorisme d’extrême droite et d’extrême gauche dans toutes les villes turques… En somme, pleins de problèmes sociaux, politiques, économiques… qui venaient largement d’une croissance trop lente face à la vive augmentation de la population active alphabétisée. Sans débouché local, cette dernière émigrait en masse et en fraude surtout vers l’Allemagne, emportant souvent son viatique de drogue. La Turquie était le premier producteur de hachisch, ce qui fâchait les Allemands, les Français et les Américains… C’était beaucoup de gens en colère même si le territoire turc était un bon tampon contre l’expansion soviétique. . Epouvantail soviétiqueLes Soviétiques étaient certes regardés comme plus dangereux que la drogue. Mais la détente commençant, Ankara allait devoir s’occuper sérieusement de sa situation de premier exportateur de drogue.Ce tableau turc rappelle presque trait pour trait celui du Maroc contemporain, à trois nuances près: il n’y a plus d’épouvantail soviétique; les Américains ne sont pas (encore?) aussi furieux contre la drogue marocaine qu’ils l’étaient contre la drogue turque; le Maroc est allé plus vite que la Turquie pour passer de l’idée du tourisme à la stratégie touristique.Toujours est-il qu’en 1987, Ankara donne le mot d’ordre: “En avant pour 10 millions de touristes”. Les moqueries se font plus fortes: “Qui est l’insensé qui croit qu’on peut passer de 3 à 10 millions de touristes?!”Aujourd’hui, la Turquie traite plus de 12 millions de touristes, 5 à 7% de son PIB vient de là et les touristes entretiennent 15% du total des emplois recensés. Chaque touriste dépense en moyenne 700 dollars par séjour (soit en gros 7.000 DH), ce qui est un peu plus élevé que la moyenne mondiale, mais inférieur à la dépense de chaque touriste qui visite le Maroc.Signe de l’explosion et surtout de la professionnalisation du secteur, il y a en Turquie cinq à sept salons spécialisés d’envergure internationale, sur le tourisme: hôtellerie, restauration, équipement... Et ce sans compter les autres salons qui sous d’autres thèmes proposent aussi des biens et services liés au tourisme.Cependant, Ankara ne se considère pas comme un vrai pays touristique: deux ou trois régions de séjour ou bien la trop grande concentration sur l’été, montrent à ses yeux, le sous-développement du secteur.


Le Fisc fait de la pub pour rembourser la TVA!

Pour le Maroc, la bataille du tourisme, c’est le nombre: il faut construire des chambres et les remplir. C’était celle de la Turquie, il y a quelques années déjà. Maintenant, les Turcs se battent pour le chiffre d’affaires. Ankara considère qu’elle doit accroître chaque année la dépense par touriste, de manière à ce qu’elle corresponde «au moins» au taux de croissance du PIB. Au Maroc, c’est un indicateur qui n’a pas encore une grande importance. Avec des prix très compétitifs (grosso modo, un tiers moins cher qu’au Maroc) et la stratégie constante depuis trente ans de dévaluer la monnaie, il faut pousser les touristes à dépenser, surtout sur les destinations qui ne sont pas balnéaires, comme Istanbul.La ville a certes un superbe patrimoine historique, mais il y a trente ans, tout le monde pensait qu’il se limitait à quatre ou cinq mosquées, deux palais impériaux et au marché couvert. Par exemple, personne ne pensait à dire que les murs de la citée romaine devaient être vus: ils étaient envahis de mauvaises herbes, coupés par une voie à grande circulation. Rien pour plaire. Aujourd’hui, la reconfiguration a dû faire avec la grande voie, mais les murailles ont été transformées en but de promenade, avec tous les commerces qui vont avec.Dans les hôtels du quartier des affaires, les hommes de ménage (au Moyen-Orient, ce sont de préférence des hommes qui entretiennent les chambres) veillent bien à ce que chaque client ait son lot de dépliants: des cartes simplifiées de la ville et du quartier, des revues de différents standing pour la publicité des fabrications locales… Il y en a pour un bon kilogramme. Mais le plus étonnant est celui des dépliants qui explique, en cinq langues, où se trouvent les guichets de remboursement de la TVA. Il est conçu comme une réclame, coloré avec de gros caractères… «La facturette de votre achat suffit», proclame-t-il, «les guichets sont ouverts de 8h à 20h», «il y en a un ouvert 24h/24… Pas besoin de faire un dessin: l’acharnement à rembourser la TVA, c’est pour vendre davantage. Encore faut-il que la mentalité commerçante du pays et particulièrement des administrations, pousse aussi dans le même sens. Pendant ce temps au Maroc, les entrepreneurs qui ont trop payé pleurent sur leur créance fiscale!Il y a une dizaine d’années, les pouvoirs publics ont lancé une opération qui ne coûte pas grand-chose: «Imaginez (dessinez, construisez…) votre Turquie en 2020, votre planète en 2020». L’idée était de libérer l’imagination des gens, en leur donnant une sorte de «protection politique» pour leurs audaces. Le PJD, le parti islamo-démocrate au pouvoir en ce moment, a poursuivi et accentué cette opération. Les dividendes commencent à tomber: de l’art de vivre au mobilier en passant par la mode vestimentaire, les créations sont dans les magasins et se vendent. Et on peut se faire rembourser la taxe!

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