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Terrorisme: A qui profite le crime?

Par L'Economiste | Edition N°:2196 Le 19/01/2006 | Partager

. Pas de définition du phénomène: un vide qui arrange bien . Des violations du droit international et un humanisme variable. Eh non! le terrorisme n’est pas l’apanage des musulmansLa lutte contre le terrorisme justifie-t-elle la violation des droits fondamentaux? De Guantanamo à la prison d’Abou Ghraïb à Bagdad, les dérives sont là. Et nous concernent tous. Le terrorisme s’est mondialisé, comme l’a rappelé François Burgat, chercheur français au CNRS, et auteur de plusieurs ouvrages sur le monde musulman et l’islam. Il était l’invité du Collectif Démocratie et Modernité pour une conférence mardi 17 janvier à Casablanca, sur le thème: «Face au terrorisme, à l’ère de la globalisation». A ses côtés, Driss El Yazami, auteur de plusieurs publications sur les droits de l’homme, rédacteur en chef de la revue Migrance et membre de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), entre autres, venu proposer, lui, «quelques pistes de réflexion sur la question»(1).Bizarrerie sémantique, un autre glissement en soi, Burgat le dit lui-même: Etre une sorte d’islamologue n’est pas être spécialiste ès-terrorisme. «Ma seule spécialité est d’avoir vécu 18 ans parmi vous (Algérie, Egypte, Yémen, ndlr). Je suis connu de l’autre côté de la Méditerranée pour être un spécialiste du monde musulman». L’amalgame était trop simple… Comme on le demandera lors du débat qui suivra: le phénomène du terrorisme a-t-il une nationalité et/ou une religion?La réponse est évidemment non. «Aucune culture au monde n’a le privilège de produire de la radicalisation sectaire», lance Burgat. Avec passion, Driss El Yazami évoquera, lui, la part de manichéisme («le premier piège posé!»), qui oppose et rapproche donc, aussi paradoxalement qui soit, l’Occidental versus l’islam. «Il faut prendre de la hauteur, prendre le monde tel qu’il est», recommande El Yazami. Le phénomène du terrorisme n’est pas l’apanage du monde musulman donc. En Colombie ou au Pérou, à titre d’exemple, «des groupes combattants commettent des actes terroristes», dit l’auteur, originaire de la ville de Fès. Le second piège du terrorisme, pourrait-on dire, réside dans l’absence de définitions. Au mieux, elles sont nébuleuses, disent les auteurs. Depuis 96, la communauté internationale tente de trouver une définition mais toujours pas d’accord entre les diverses personnalités s’essayant à l’exercice. Une des solutions proposées par les Etats? Se satisfaire des conventions qui répriment les actes terroristes. En 2004, Kofi Annan réunit un panel de personnalités politiques, intellectuelles pour en trouver une. Bilan: une avancée dans le débat (la création, en mars 2005, du poste de rapporteur spécial chargé des actes terroristes) mais toujours autant de réserves. En soi, à qui profite le crime? est-on tenté de se dire. A l’évidence, certains Etats usent et abusent du vide sémantique et juridique au niveau international. Les USA, par exemple, qui sont entrés dans une guerre globale contre le terrorisme, parlent, eux plutôt, de «conflits armés». Or, comme le dira El Yazami, «un examen un peu sérieux permet d’en douter!» Les Américains tiennent à ce point de vue-là puisqu’alors, un certain nombre de droits leur est accordé. Droits de détenir des combattants. De les juger. «D’où l’insistance de l’administration américaine à camper sur cette position». Burgat parle, lui, dans un autre contexte («l’emmurement de la société palestinienne») d’humanisme à gémoétrie variable de la communauté internationale. Pour les deux auteurs, on viole bien des droits en terre américaine depuis septembre 2001. «Au moins six catégories», affirme El Yazami. Arrestation, conditions de détention, procès équitable, respect vie privée, liberté d’information et demandes d’asile. L’exemple britannique lors des attentats de Londres est là également. En cas de guerre contre le terrorisme, on viole un droit indérogeable: le droit à la vie. L’homme poursuivi par la police anglaise sera assassiné dans le métro: «On peut tuer sans question». Et violer ce que l’humanité a construit pendant 70 ans comme socle commun de l’humanité, dira El Yazami. «Ce qui veut dire que les terroristes ont déjà gagné, il est urgent de remobiliser. Vite!»11 septembre 2001. La vraie question pour Burgat est: «Le terrorisme a démarré. S’arrêtera-t-il?» Car les causes qui le nourrissent ne sont pas près de s’arrêter. De même, «la réponse des USA, véritable chef de file, est-elle efficace jusqu’à présent? Non!» Les questionnements de fond toucheront plutôt les causalités. La théorie du chaos par exemple et l’effet papillon. Le 11 septembre, pour Burgat, est la causalité d’un ensemble d’évènements historiques cristallisés autour de la date morbide. Toucher les foyers, c’est indispensable. «Face aux bombes, il faut arrêter les poseurs de bombes mais aussi démanteler la machine des poseurs de bombes». Qu’est-ce qui a généré la radicalisation d’une génération politique? Quelles sont les logiques de fond qui fabriquent les radicalisations? Identifier les gisements de crispations et séparer les radicaux politiques de ceux sectaires, estime le chercheur français (cf. encadré). En somme, pour les uns, c’est «Aux armes citoyens!», pour les autres: «Qu’un sang impur abreuve nos sillons!» L’analogie a le mérite d’être claire.


«Guantanamisation de l’adversaire»

Les adeptes de la radicalisation sectaire sont ceux qui s’en prennent à un autre… pour ce qu’il est, pense Burgat. Le «Takfir» qui n’a pas d’équivalent dans la langue française, ni anglaise, ni… Burgat, lui, en trouve un dans celle de Don Juan: l’espagnol. Il parle de «guantanamisation de l’adversaire». Selma Belaala, chercheuse à l’Institut d’études politiques de Paris, explique dans un article intitulé «Misère et djihad au Maroc» pour le Monde diplomatique daté de novembre 2004, que «les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca ont révélé au monde l’implantation d’une forme nouvelle de l’idéologie fondamentaliste du Takfir, qui ne se contente plus de combattre les Etats-Unis ou l’entité sionniste, mais dénonce les dirigeants musulmans comme non musulmans et les condamne comme apostats (ceux qui ont renié leur foi)». Pour Burgat, il faut faire des efforts pour identifier les dysfonctionnements politiques. «Chacun d’entre nous, je le crains, est responsable de la radicalisation de l’autre».Céline PERROTEY-----------------------------------------------------------------(1) Un troisième invité était attendu mais en vain. Il s’agit de Dominique Thomas, chercheur associé au programme du groupe AKI Crisis Today, auteur du «Londonistan, la voix du djihad».

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