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    Syrie-Israël, une paix qui fait peur
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2771 Le 07/05/2008 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004)La chronique du 16 avril, «Proche-Orient, la guerre qui vient», se terminait par ces mots: «La guerre se meurt… L’ennui est que nul ne sait par quoi la remplacer». Peut-être faisait-on erreur. Et si la paix, au Levant, allait bientôt remplacer la guerre?De tous les bruits qui courent sur des tractations de paix entre la Syrie et Israël, nul n’infirme le fait lui-même. Aucun des deux pays n’a démenti. Dans la dernière livraison de l’hebdo français Le Nouvel Observateur, Charles Enderlin, spécialiste du Proche-Orient, se pose la question: «La paix maintenant?»(1) Un projet d’accord aurait, dit-on, été transmis au Département d’Etat. Rien n’est confirmé. Seule une chose est certaine. Un rapprochement israélo-syrien serait source de bouleversements comme le Proche-Orient n’en a pas connus depuis longtemps. Les oppositions sont innombrables, à la fois intérieures -Likoud israélien- et extérieures. La Jordanie, l’Egypte sont réticents, pour ne pas parler des Etats-Unis de George W. Bush. Nombre d’Etats arabes, mais aussi le Hezbollah et le Hamas y sont furieusement opposés. Idem pour ce qui concerne l’Iran. Une paix entre la Syrie et Israël paraît inimaginable.Depuis des années, la Syrie est un Etat paria. Son régime minoritaire s’appuie sur 10% d’alaouites au sein d’une population sunnite à 90%. Seul pays arabe allié avec l’Iran,  la Syrie héberge des Palestiniens rebelles, aide les djihadistes en Irak, soutient le Hezbollah au Liban. L’essentiel est ce dernier pays, enjeu géostratégique majeur. Pour la Syrie, le Liban représente non seulement un accès commode à la mer, non seulement une terre de mission, mais une position avantageuse, dont le contrôle lui confère une grande influence. Sans le Liban, la Syrie est infirme aux plans politique, économique, militaire. Un accord de paix avec Israël n’est concevable que si Damas voit en échange reconnue son hégémonie au pays du Cèdre. Même si Israël est loin d’y être opposé, parvenir à ce résultat risque de n’être pas simple. Le plus difficile pour le président Assad sera de démontrer sa capacité à contenir le Hezbollah. Certains responsables de la milice chiite semblent avoir entamé des manœuvres pour dissuader Damas de s’engager dans la voie de la «trahison». D’où peut-être l’assassinat à Damas le 12 février dernier d’Imad Mughniyeh, responsable opérationnel du mouvement libanais.Il se dit à Beyrouth que la Syrie aurait ordonné au président du Parlement, Nabih Berri, de convoquer les députés le 13 mai afin d’élire le nouveau président de la république. Si Damas a effectivement reçu quelques garanties quant à sa future position au Liban, la désignation d’un président syro-compatible prendrait alors tout son sens. . Une paix dangereuse Ces indications donnent à penser qu’un accord n’est pas impossible. L’Arabie saoudite et la France devraient l’approuver. La position des Etats-Unis est incertaine. Une nuée d’opposants voudraient voir éclater cette bulle de paix. La Jordanie s’inquiète. La visite que vient d’y effectuer Ehoud Olmer avait pour but de tenir le roi au courant de l’évolution du processus de paix avec les Palestiniens et des actions entreprises par les Israéliens en matière de sécurité. Un point a aussi probablement été fait sur les contacts avec Damas. Le roi redoute un accord d’Israël avec son adversaire arabe. Il craint de voir arriver à la table des négociations sur la question palestinienne une Syrie ayant retrouvé voix officielle au chapitre; il appréhende le retour de ce rival politique sur la scène régionale.Le Caire joue aussi sa partie dans les relations israélo-palestiniennes. De même que la Jordanie borde les territoires de la rive occidentale du Jourdain, l’Egypte est contiguë à Gaza auquel elle offre, à l’occasion, une ouverture sur l’extérieur. Certes, Le Caire, violemment opposé au Hamas, ce cousin des Frères musulmans, ne verrait pas d’un mauvais œil la fin de l’implication syrienne à Gaza. Cela n’empêche pas l’Egypte de craindre pour sa place dans le monde arabe. Mais ni Le Caire, ni Amman, n’ont les moyens d’empêcher un rapprochement entre Damas et Tel-Aviv. Tout juste l’Egypte pourrait-elle provoquer une action du Hamas de manière à compromettre un moment les contacts israélo-syriens. Différente est la situation du Hezbollah. A la fois parti libanais de gouvernement, allié de la Syrie, force par procuration pour le compte de l’Iran, le mouvement chiite n’est sans doute pas très enclin à obéir aveuglément au maître de Damas surtout si celui-ci entend le désarmer. Bien que l’autonomie tactique du Hezbollah dépende de ses liaisons avec la Syrie, un affrontement avec Israël reporterait sine die tout rapprochement avec l’Etat hébreu. Quant à l’Iran, confronté au risque de perdre son unique allié arabe, il serait évidemment tenté de lancer par procuration à l’assaut de la Galilée le Hezbollah, sous réserve de son consentement. A coup sûr, il y aurait deux perdants. Les Palestiniens de l’OLP verraient avec effroi se rapprocher leurs deux plus grands ennemis, le Liban découvrirait le caractère décidément illusoire de ses espoirs d’indépendance. Tout accord avec Israël comportant un retour du protecteur syrien sonnerait la fin du sursaut national libanais. Consolation, tout de même, les affaires reprendraient enfin, mais dûment taxées par le Trésor damasquin et sous la protection rétablie des baïonnettes syriennes. On devrait savoir très vite si ces rumeurs de paix ont une chance de se concrétiser. L’élection d’un nouveau chef de l’Etat libanais constituerait un indice de changement. Que les conditions d’un accord soient bien connues des deux parties (voir encadré) peut accélérer les choses. Pour autant, rien n’est plus ténu qu’un contact entre Damas et le gouvernement israélien. Les obstacles à la paix sont aussi nombreux que ses adversaires. Ceux-ci craignent un retour de la Syrie au sein d’un monde où elle ne serait plus isolée. Bien des Arabes critiqueraient une paix jugée trop favorable à Israël. En Syrie même, une explosion de fureur contre le pouvoir alaouite ne serait pas impossible. Comme le printemps succède à l’hiver, «l’état de guerre» est normalement suivi d’un «état de paix». Toutefois, la transition, si elle survient, ne devrait pas aller sans violents soubresauts.


    Le «non papier» syro-israélien

    Entre septembre 2004 et juillet 2006, des délégués syriens et israéliens ont mis au point au cours de huit rencontres secrètes ce qui pourrait constituer la base d’un accord de paix entre les deux Etats.Rendu public le 16 janvier 2007 par le quotidien israélien Haaretz, ce document en cinq points est ce qu’on appelle en langage diplomatique un «non papier», en ce sens qu’il est dépourvu de toute valeur juridique et contraignante.1- Israël évacuera les hauteurs du Golan jusqu’à la frontière de fait existant au 4 juin 1967. Le délai pour que ce retrait soit effectif demeure ouvert à la discussion, il est de cinq ans pour la Syrie, de quinze pour Israël. 2- Sur la zone de contact, des hauteurs du Golan au lac de Tibériade, un parc naturel sera aménagé, accessible librement à tout citoyen syrien comme israélien. Ce parc inclura une part significative du plateau du Golan. 3- Israël continuera à bénéficier des eaux du Jourdain et de celles du lac de Tibériade.4- La frontière entre les deux pays sera démilitarisée, dans un ratio de 4 contre 1, en faveur d’Israël. Cela signifie que si l’armée syrienne s’établit à 4 km de la frontière, l’armée israélienne s’en tiendra éloignée de 1 km. 5- La Syrie cessera d’apporter son aide au Hezbollah comme au Hamas; elle prendra ses distances avec l’Iran.

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