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Politique Internationale

Sur 2MI : Dérangeante, choquante, Sapho lève sa voilette au public

Par L'Economiste | Edition N°:77 Le 29/04/1993 | Partager

La petite fille de Marrakech était l'invitée de l'émission "L'Homme en question" du 21 avril 1993.

Très peu connue, elle a choqué, dérangé ceux qui, semble-t-il, n'ont pas compris ni saisi les subtilités du discours. Dommage pour elle. Elle qui à aucun moment du débat ne se défile, mais parle, en toute sincérité et sans aucune pudeur des différences entre les peuples, de ses échecs, de ses faux-pas, de ses interprétations du répertoire d'Oum Kaltoum.

Peut-être qu'une chanteuse ne "passe" pas encore au Maroc dans une émission telle que "l'Homme en question" qui a habitué les téléspectateurs à des personnalités "d'un autre gabarit".

Pâle dans ses vêtements noirs, avec son look travaillé et étudié qui a fini par lui coller à la peau, Sapho est arrivée avant l'émission un peu la peur au ventre, riant et gesticulant dans tous les sens pour "masquer sa .rouille". "Je suis une hystérique, mais pas casse-pieds. Je me suis rangée car je me suis rendu compte que crier c'est risquer de ne pas être entendue", dira-t-elle plus tard. Gantée rabattant sur ses yeux fardés sa voilette de résille mouchetée, Sapho entame hors caméra une chanson d'Oum Kaltoum "pour travailler sa voix".

Impossible de rester insensible à l'originalité de ce "personnage" que l'on connaît si peu. En effet, "mon piège est que mon personnage est plus fort que ma production et fait parfois écran".

"La vedette de la soirée" salue des connaissances, s'installe et s'extasie sur le décor préparé à son attention, la théière et les verres multicolores.

Le privilège de l'artiste

D'entrée de jeu, le débat tourne autour du look de Sapho qui avoue jouer la comédie des apparences. "Lorsque l'on est un artiste, on s'exprime avec des mots, avec sa voix, mais aussi avec son masque. C'est une vision onirique de soi que l'on présente au monde. Le merveilleux privilège d'un artiste est de pouvoir être finalement fou dans sa manière de se présenter".

Elle pourrait être ridicule avec tout son attirail et son "make-up" blafard. Mais non, elle est émouvante et pathétique. Elle est aussi très théâtrale.

De sa vie chaotique, on retient pêle-mêle ses premiers pas au théâtre, ses débuts à New-york, son arrivée par "hasard" dans la chanson à la suite d'un pari. Branchée? Rock? Chanteuse réaliste? Sapho déjoue les étiquettes et multiplie les pistes. Elle raconte sa tendresse pour sa ville natale, Marrakech, pour ses habitants, ses problèmes de tourisme, de guides qui collent comme des mouches et qui la prennent pour une touriste et la traitent ensuite de "sale juive".

La balle rebondit sur son origine "marocaine mais pas musulmane" qu'elle ne veut pas "mettre en avant comme un drapeau. Je refuse même de la vivre comme ça".

La culture sans formol

Les prises de position de Sapho par rapport à Israël et aux Palestiniens ont choqué la communauté juive. Son engagement est allé jusqu'à freiner sa carrière et "beaucoup de portes se sont fermées".

Notamment lorsqu'elle est allée clandestinement filmer en Palestine les enfants de l'Intifada. Ce film qui n'a pas trouvé preneur en France car taxé de pro-palestinien, elle "n'a pas pensé à le proposer à d'autres chaînes arabes"...

Le problème palestinien, qui a occupé une bonne partie du débat, "me tient à coeur et cela me déchire que l'on ne soit pas capable de gérer cette violence qui est en chacun de nous, toute cette faculté de haïr".

Concernant Oum Kaltoum, Sapho justifie ses échecs à Séville et au Maroc devant un public "hostile" à son interprétation et qui "n'a pas compris qu'une chanteuse de rock aux cheveux hirsutes chante Oum Kaltoum". Ou même finalement pas admis qu'elle l'interprète. Les conditions techniques n'étaient pas non plus au rendez-vous, ajoute-t-elle. Peut-être cela ne suffit-il pas?

Pour elle, Oum Kaltoum est un mythe "qu'il n'est pas question de détrôner ni d'imiter, mais de la faire redécouvrir, de la recréer". Les puristes crieront sûrement au sacrilège.

"Souvent, explique Sapho, les objets de culture deviennent des objets de culte. On les conserve dans du formol avec une espèce d'adoration et de distance qui fait qu'on les tue une seconde fois. Ces personnages étaient plus vivants que d'autres et c'est pour cela qu'ils ont traversé le temps et qu'ils sont encore lus ou écoutés".

M.O

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