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    Economie

    Sucre: Les agriculteurs en otage

    Par L'Economiste | Edition N°:272 Le 20/03/1997 | Partager

    Les unités sucrières réclament une libéralisation «jusqu'au bout». Objectif: soutenir un agriculteur sur lequel la pression des prix est de plus en plus forte. En aval, un autre goulot d'étranglement: le sucre est un produit social très sensible.


    Le secteur sucrier est entre le marteau et l'enclume. Il subit de plein fouet la libéralisation, avec en amont une agriculture non compétitive et en aval un consommateur à faible pouvoir d'achat, l'équilibre étant jusque-là artificiellement assuré par l'Etat. «Les agriculteurs sont pris en otage par la libéralisation», indique M. Haddadi Louazani, directeur général de l'Association Professionnelle des Plantes Sucrières du Gharb. En fait, avec la libéralisation et la modification du système de compensation, les sucreries sont acculées à optimiser leurs gestion et coûts. Le poids des coûts est difficilement supporté par une agriculture peu compétitive. «Nous importons la majorité des produits, à savoir les graines, les matériaux agricoles.

    De plus, nous payons notre eau. Difficile dans un tel contexte d'être compétitif par rapport à des agriculteurs européens qui, de surcroît, sont subventionnés», explique M. Louazani. A l'hectare, la production de betterave coûte près de 20.000 DH, selon le président de l'Association des Betteraviers, pour des rendements équivalents ou inférieurs à ceux de l'extérieur. A titre d'exemple, «en France le secteur sucrier est tellement protégé que les producteurs peuvent prévoir leur bénéfice sur cinq ans», indique M. Alain Etchegoyen, philosophe et administrateur d'entreprises. «Les bénéfices avoisinent les 700 millions de Francs», ajoute-t-il.
    Les problèmes rencontrés sont néanmoins très différents de ceux que connaît le secteur céréalier. En effet, la filière sucrière est mieux organisée et jugée plus solidaire.

    Question de survie


    Pour l'heure, «les industries sucrières garantissent à l'agriculteur, non seulement le rachat de sa production, mais également un revenu», affirme M. Fouad Filali, président de l'ONA, dont l'une des filiales, la Cosumar, est la plus importante sucrerie du pays. A côté de la question de la compétitivité de l'agriculture se pose le problème de la survie de quelques sucreries. L'Etat a suspendu son soutien et les banques leur financement. La CAAMSA a cessé son activité et d'autres unités vivotent. La Sucrafor et la Sucral abandonnent la culture de la canne à sucre pour se transformer en unité betteravière. Le secteur est peu perturbé.
    A cela, s'ajoute un niveau de protection des plus bas, même avec la mise en place du système des équivalents tarifaires et des cours mondiaux qui s'effondrent. Autre talon d'Achille du secteur: le sucre est un produit social très sensible. Il constitue l'essentiel de la consommation en milieu rural. La dernière hausse date du 7 avril 1992. «Pour être véritablement effective, il est impératif que la libéralisation puisse aller au bout de sa logique», souligne l'Association Professionnelle Sucrière.
    Sans remettre en cause le processus de libéralisation, les industriels réclament la liberté dans la fixation des prix des matières agricoles et des produits finis.
    Les agriculteurs, eux, souhaitent des mesures d'accompagnement leur permettant une véritable mise à niveau. La trop forte pression sur les coûts, si elle se poursuit, pousserait l'agriculteur à s'orienter vers d'autres cultures ou changer de métier, ce que l'Etat ne souhaite pas.

    Flash sur la libéralisation


    · Libéralisation des importations le 1er janvier 1996 pour le sucre brut et depuis le 1er février pour le sucre blanc.
    · Entrée en vigueur le 6 mai 1996 de la protection par les équivalents tarifaires sur le principe des «tarifs bands». L'équivalent tarifaire retenu est de 148%. Il est dans la moyenne basse des engagements pris par le Maroc dans le cadre de l'OMC.
    Pour lisser la variabilité des cours sur un marché fluctuant, un taux additif variable peut être appliqué entre le prix d'importation et la borne inférieure de la «bande».
    · Mise en place de la subvention à la consommation de 2.000 DH la tonne depuis le 1er juillet 1996.
    · Mise en place du stock de sécurité.
    · En instance, la libéralisation des prix et des marges.

    Le secteur en chiffres


    Les fluctuations des cours mondiaux et la croissance de la consommation intérieure (33kg/an/habitant) ont poussé le Maroc, dès 1963, à créer plusieurs sucreries et à rentabiliser de grands périmètres agricoles. Actuellement, il existe 13 unités dont 6 sucreries produisant du sucre brut, 7 sucreries-raffineries produisant du sucre blanc et 2 raffineries transformant le sucre brut en sucre blanc. La superficie des terres cultivées s'élève à 80.000 hectares, principalement dans 5 régions agricoles: Gharb, Loukkos, Tadla, Doukkala et Moulouya.
    La production sucrière est obtenue à partir de la betterave et de la canne cultivées dans ces régions. Elle est menée dans la plupart des cas en irrigué. Ces productions concernent environ 54.600 exploitants agricoles.
    Le traitement quotidien des 13 sucreries concerne 43.500 tonnes de betterave et 10.500 tonnes de canne, soit par campagne 3,5 millions de tonnes de betterave et 1,2 million de tonnes de canne. Ce qui correspond à environ 500.000 tonnes de sucre par an réparties à 50/50 entre le sucre granulé blanc et le sucre brut. La production des deux unités-raffineries s'élève à 650.000 tonnes de sucre blanc.

    La production nationale avoisine, selon des chiffres encore provisoires, 405.102 tonnes dont 317.703 à partir de la betterave. La production de sucre en poudre est de 117.000 tonnes.
    La capacité de production des unités installées est évaluée à 1,025 million de tonnes: 435.000 de sucre granulé blanc, 460.000 de sucre en pains et 130.000 de sucre en morceaux.
    Ces unités emploient 6.500 ouvriers permanents et 8.500 occasionnels.
    La consommation marocaine de sucre croît annuellement de 2,9%. Elle a atteint 889.208 tonnes en 1996, contre 882.525 en 1995.
    La consommation par catégorie de sucre fait ressortir un déplacement du pain de sucre vers le granulé. En revanche, le sucre en morceaux évolue lentement. Le pain de sucre ne pèse plus que 49% en 1995, alors que la part du granulé est de 39% contre 26% dans les années 80.
    Les importations couvrent en moyenne 450.000 tonnes par an. En 1996, elles ont atteint 570.000 tonnes.

    Fatima MOSSADEQ

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