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    Culture

    Sortie de crise en Afghanistan?
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:2881 Le 15/10/2008 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad» (Editions Complexe, 2004)«Nous n’allons pas gagner cette guerre», a récemment déclaré le général commandant les troupes britanniques en Afghanistan(1). Le chef de la coalition, le général US David McKiernan, a eu beau contredire cette affirmation(2), les pertes de l’Otan, comme celles subies par les populations, sont plus douloureusement ressenties de semaine en semaine, les chefs militaires réclament des renforts à cor et à cri, la pression des Talibans s’aggrave. Jeudi, à Washington, le chef d’état-major des Armées américaines, l’amiral Mike Mullen, estimait que la situation ne serait pas plus brillante l’an prochain. Trois motifs à cela: un gouvernement à Kaboul extrêmement faible; une corruption généralisée; l’extension continue du trafic de la drogue. Pour cet Américain, l’incurie ambiante n’est pas pour rien dans la vigueur des insurgés, capables de mener des opérations complexes à partir des zones tribales pakistanaises; utilisées comme un sanctuaire, les Talibans s’y réfugient une fois leurs opérations terminées. Selon l’amiral Mullen, rien ne permet d’espérer une quelconque amélioration. C’est dire que l’ambiance au sommet de l’Otan à Budapest, la semaine dernière, devait être morose. Robert Gates, le secrétaire à la Défense, a déclaré à ses homologues qu’il comptait sur eux pour soutenir son plan en trois points: montée en puissance de l’armée afghane, accroissement de l’aide et des efforts de développement, lutte accrue contre le trafic de l’opium. Il a de plus invité les Etats membres à envoyer des troupes supplémentaires, à mieux les équiper, en particulier d’hélicoptères, à ne pas tergiverser sur les missions qui leur sont confiées ni sur les lieux où elles sont appelées à intervenir. Surtout Robert Gates a esquissé les tenants d’une stratégie déjà engagée: traiter avec les Talibans, dans la mesure où ceux-ci sont disposés à ne pas composer avec Al Qaida et se ménager ainsi une porte honorable pour sortir de l’ingagnable conflit afghan.

    Diviser les Talibans
    Les Etats-Unis n’ont aucunement l’intention de pardonner aux inspirateurs et acteurs des attentats du 11 septembre 2001 et de quelques autres. Rien, cependant, n’empêche Washington de rechercher une solution politique à la guerre avec des Talibans qui, s’ils partagent sans doute quelques idées avec Al Qaida, n’ont pas pris part aux fameux attentats. Cette distinction entre Al Qaida et le mouvement taliban est vitale puisqu’elle souligne le caractère local et ethnique de ce dernier par opposition à une organisation terroriste internationale. Si les Talibans ont bien donné asile à Ben Laden et à ses affidés, ils ne semblent pas avoir mené d’actions antiaméricaines hors d’Afghanistan. Leur pardonner est donc possible, entamer une discussion avec eux aussi. Washington pourrait suggérer au gouvernement afghan de leur offrir des places et en profiter peut-être pour amorcer un début de désengagement.Simple, trop simple peut-être, ce plan soulève deux questions. Un: comment les Etats-Unis pourront-ils croire les Talibans quand ceux-ci déclareront officiellement consentir à se détacher d’Al Qaida? Deux : pourquoi les Talibans accepteraient-ils de traiter avec des Etats-Unis affaiblis, à la tête d’une coalition sceptique? Une victoire militaire de l’Organisation atlantique et de son mentor semble décidément impossible. Le temps joue en faveur des insurgés puisque les Américains et leurs alliés n’ont aucune envie de s’installer à demeure en Afghanistan.Il y a pourtant un point-clé à considérer. Le mouvement taliban n’est pas homogène. Certains éléments sont plus extrémistes que d’autres. Des modérés peuvent être tentés par une participation au gouvernement à des ministères importants, voire par des postes de gouverneur dans des régions pashtounes que les Talibans contrôlent déjà. Diviser le mouvement par des propositions précises, inacceptables pour les uns, tentantes pour d’autres, n’est pas forcément impossible. De toute manière, il n’est pas interdit d’essayer.
    Une stratégie à l’irakienne
    Ce plan ressemble à la stratégie adoptée en Irak par le général Petraeus, actuel responsable du Commandement Central, le Centcom à Stuttgart, et ancien chef de la coalition en Irak: envoyer des renforts de manière à afficher sa détermination, entrer en contact avec les plus virulents des adversaires -en Irak, les insurgés sunnites- pour mieux les séparer des djihadistes étrangers, lesquels se déclaraient eux-mêmes membres d’Al Qaida; faire ensuite entrer ces sunnites insurgés au gouvernement et commencer, pas à pas, à préparer le désengagement.En Afghanistan, la manœuvre a commencé. Le président afghan Hamid Karzaï a lancé il y a quelques jours un appel au chef des Talibans, le mollah Omar, pour qu’il revienne au pays et fasse la paix. Dans le même temps, se souvenant que le régime de Riyad avait naguère reconnu le pouvoir taliban, le président afghan a demandé aux Saoudiens de négocier avec les rebelles. Les premiers contacts ont eu lieu à La Mecque, du 25 au 27 septembre. De son côté, le «frère» Omar s’est manifesté. Il aurait rompu avec Al Qaida et il a déclaré garantir la sécurité des forces étrangères si elles se retirent d’Afghanistan. Ceci est à la fois peu et beaucoup, puisque le «diable» taliban fait ainsi savoir qu’il ne cherche pas avant tout à tuer des infidèles. Selon le journal britannique The Observer, la direction des Talibans aurait présenté onze conditions pour mettre fin aux hostilités. Deux d’entre elles sont essentielles: départ programmé des forces alliées, attribution de ministères-clés. Reste un problème de fond. Incapables de battre les Talibans, les Etats-Unis vont aussi avoir du mal à en séduire une fraction suffisamment importante et structurée pour équilibrer les extrémistes du mouvement. A moins que des renforts conséquents et une intensification des opérations aériennes finissent par convaincre une partie notable des Talibans qu’une paix de compromis serait préférable à une victoire spectaculaire mais très improbable. La qualité première de cette nouvelle stratégie est qu’elle est probablement la seule possible puisque l’autre terme de l’alternative est la poursuite de la guerre sans objectif clair. Curieusement, cette conciliation avec les Talibans est proposée par Robert Gates au moment où les candidats Barack Obama et John McCain ne cessent, l’un et l’autre, de se dire déterminés à combattre en Afghanistan. Agissant ainsi, le ministre américain ménage une porte de sortie à l’heureux élu le jour où celui-ci s’installera à la Maison Blanche. Que le vainqueur soit démocrate ou républicain, Mr Gates pourrait bien conserver son poste de secrétaire à la Défense des Etats-Unis d’Amérique... ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Interview du général Mark Carleton-Smith, Sunday Times (Londres), 5 octobre 2008. (2) «Afghan war will be won, US commander asserts», The New York Times, 13 octobre 2008.

    La nécessaire coopération des Etats voisins

    Toute stratégie de réconciliation avec les Talibans en Afghanistan suppose acquise la coopération sinon de l’Iran, du moins celle du Pakistan et de l’Arabie saoudite. Le Pakistan a proposé le 10 octobre de mieux coordonner les forces pakistanaises avec celles de l’Otan pour renforcer la lutte antiterroriste le long de la frontière avec l’Afghanistan. Que les Etats-Unis souhaitent s’entendre avec les Talibans est une bonne nouvelle pour Islamabad, politiquement plus à l’aise pour combattre Al Qaida sur son territoire que des Talibans pashtouns et leurs soutiens pakistanais de même ethnie. De plus, le Pakistan souhaite maintenir son influence à Kaboul par le biais de ses alliés talibans que leur éventuelle participation au gouvernement afghan garantirait.Cependant, le moment paraît mal choisi. La crise financière frappe le Pakistan dont les exportations baissent tandis que les prix du pétrole demeurent trop élevés. Le soutien financier que pourrait accorder Islamabad à ses alliés talibans en Afghanistan serait très limité. De plus, les opérations américaines au Pakistan menacent l’équilibre politique du pays. Enfin, les Talibans avec lesquels les USA pourraient traiter ne sont pas forcément alliés du Pakistan.Riyad, en revanche, a les moyens financiers d’influencer certains leaders talibans. L’Arabie saoudite est aussi très opposée à Al Qaida. Riyad et Islamabad peuvent donc œuvrer ensemble en Afghanistan pour le plus grand profit de ce pays. Seul problème, l’influence du Pakistan à Kaboul, rendue plus compliquée à garantir en raison de l’activisme renouvelé de multiples acteurs, Arabie, Etats-Unis, Otan, Iran, tous soucieux de maintenir leurs positions respectives en Afghanistan.

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