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    Politique Internationale

    Sorman: «Les libéraux ne sont pas doués pour se défendre»

    Par L'Economiste | Edition N°:307 Le 04/12/1997 | Partager

    Ne croyez ni «aux lendemains qui chantent», ni au «retour à l'âge d'or». Le XXème siècle est plein de ces promesses qui ont servi et serviront encore de «prétexte à la répression des libertés», prévient Guy Sorman.


    Entrepreneur de presse, économiste, élu local, conseiller de M. Juppé quand celui-ci était Premier ministre français, M. Guy Sorman a toujours le sens de la formule. Invité de L'Economiste, M. Sorman est intervenu en conférence publique à Casablanca, puis lors du dernier atelier du Colloque annuel de Ribat El Fath sur «le capital humain». En usant de formules saisissantes, M. Sorman cherche à fixer les idées. Mais ses auditeurs, suivant son conseil, restent vigilants. Il arrive ainsi des retournements de formules qui avec humour donnent un éclairage encore plus saisissant sur le libéralisme. «Si vous êtes le nouveau Lénine du libéralisme, je veux bien être votre Trotsky, dites-moi qui je dois tuer parmi tous ces empêcheurs de libéraliser tranquillement» taquine un auditeur attentif. Du dialogue entre les deux hommes naît une explication de texte du libéralisme comme rarement on peut en avoir. Implicitement, apparaît une ligne de force entre le libéralisme intégriste et une forme plus humaniste. Longtemps tenu, quoi qu'il s'en soit défendu, pour un membre de la première confrérie, M. Sorman appartient plutôt à la seconde catégorie: c'est l'individu et sa liberté qui l'intéressent. Mais de temps à autre, il ne dédaigne pas les envolées un peu lyriques, celles au nom de quoi se lèvent des commandos intégristes. Envolées qui lui valent la taquinerie, pas tout à fait innocentes de ses auditeurs. «En fait, les libéraux ne sont pas doués pour défendre leurs positions, parce qu'ils autolimitent tout seuls leur philosophie», reconnaît l'orateur.

    Quand les libéraux se laissent aller aux envolées lyriques, du genre «la liberté des individus provoque l'enrichissement de tous, partout et toujours», la base même de leur raisonnement casse le rêve: l'individu reste libre, y compris de refuser d'agir ou de refuser de partager le bénéfice de son action. A cette autolimitation, les libéraux en ajoutent bien d'autres, plus pratiques, y compris le respect de leurs concurrents non-libéraux. C'est le vieux principe qui veut que la démocratie doive accepter en son sein les antidémocrates, sinon elle n'est plus une démocratie elle-même.
    Le XXème siècle, qui est celui de l'apparition du bien-être et de la démocratie pour des centaines de millions d'individus, est aussi celui de toutes les catastrophes, indique M. Sorman. En en faisant la tournée, il stigmatise les dangers: «N'accordez pas trop de confiance ni aux intellectuels, ni aux hommes politiques, encore moins à la planification». Il surprend davantage ses auditeurs en s'inquiétant du «génocide des cultures au nom de leur difficulté à intégrer la modernité». Pour lui, il y a une sorte d'écologie naturelle entre le milieu, le système social et les individus. Le désir d'étendre l'Etat-Nation à tous et partout l'a détruite. La perte des diversités est un handicap pour entrer dans le XXIème siècle et «imaginer des formes de développement sortant des sentiers battus». Le XXIème siècle sera une époque où il va falloir redéfinir jusqu'aux fonctions de l'Etat, sous peine de voir les tensions s'accroître et déboucher sur un bain de sang. Et pour cela, il va falloir une bonne dose d'imagination avec une très solide identité culturelle, qui, selon M. Sorman, servira aussi à donner une force commerciale dans la mondialisation.


    «La Loi, c'est moi qui la fait»


    «Comme je lui disais qu'il n'y avait aucune obligation légale à tamponner chaque carton de ma marchandise, le procureur m'a répondu: la loi, c'est moi qui la fait» raconte un homme d'affaires, invité spécial du petit déjeuner de l'Economiste avec Sorman. L'homme d'affaires avait eu des difficultés avec la Justice lors de la campagne d'assainissement. M. Sorman rit. «le Maroc est en train de changer, mettez-vous à la place de ce magistrat, dans un système féodal, les fonctions sociales sont personnalisées». L'orateur explique que le magistrat se sent parfaitement en droit de dire «la loi c'est moi» alors que l'entrepreneur, lui, appartient à un autre registre, celui de l'économie libérale, pour qui la loi est désincarnée, conceptualisée. «Cela vous choque qu'un magistrat puisse dire la loi c'est moi» parce que vous avez déjà changé». M. Sorman poursuit: «Ne vous étonnez-pas, vous rencontrerez encore des situations de conflits entre deux époques, peut-être encore plus dure que celle de l'assainissement». Pour lui, pas la peine d'attendre les changements de mentalités, il faut faire avec les comportements existants. «Il y a toujours des gens qui ne se contentent pas de ce qu'ils ont» et qui poussent au changement. «Ce qui peut se faire de manière douce mais ce qui, le plus souvent, ne va pas sans conflit».

    Nadia SALAH

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