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    Sollers: Le press-book du philosophe

    Par L'Economiste | Edition N°:192 Le 10/08/1995 | Partager

    La guerre du goût
    de Philippe Sollers,
    NRF Gallimard, 1994


    Après de nombreux romans et essais, Philippe Sollers réunit dans "La guerre du goût" (NRF Gallimard, 1994) un grand nombre de textes-préfaces, articles du monde des livres, études -en tout un peu moins d'une centaine, pour la plupart assez courts, surtout dans l'imposante seconde partie du volume.


    Ces textes, qui pour leur plus grande part traitent d'art et de littérature, toujours présents au travers de toute réflexion, ne sont donc pas des inédits, même si leur regroupement ne constitue pas ici un simple recueil. "Ce travail, écrit Philippe Sollers, a toujours été calculé pour avoir, trait par trait, sa signification comme ensemble". Ils parlent essentiellement de culture française, s'attardent sur le XVIIIème siècle -celui des "Lumières". Le lecteur peut, selon ses affinités et le temps dont il dispose, flâner entre les écrivains et artistes, ou opérer le choix d'accompagner un dialogue élitaire avec Proust, Fragonard, Madame de Sévigné, Sade, Voltaire, Rimbaud, Genet, Rodin et tant d'autres.

    Apparemment éparpillée entre les hommes, la réflexion de Philippe Sollers, critique, souvent contestataire dans son classicisme même, trouve sa cohérence dans les axes qui la guident. Et d'abord dans la revendication de la liberté et du respect des personnes. Ce qui le mène parfois à des prises de position sincères, brillantes, sacrifiant à l'éclat et à la vivacité les nuances de la pensée. Il est sans doute des moments et des situations, toujours les mêmes d'ailleurs, où le choc des idées est préférable à la dilution des contradictions. Esprit de Voltaire et de Mai 68.
    Mais par ailleurs, ces textes disent un parcours, marquent les traces du passage de Philippe Sollers, depuis Bordeaux où il est né, d'où il évoque Montaigne, un autre Bordelais. "Un Bordelais conscient de l'histoire de sa ville est d'abord une sorte de Grec échoué là au début de notre ère. (). Ni de droite, ni de gauche, et encore moins du centre malgré une sorte de verticalité obstinée, il peut, pour défendre sa tranquillité, déraper parfois aux extrêmes. Il en revient avec naturel et se remet à lire "Les Essais" Bref, ce sera toujours un frondeur". "La guerre du goût" serait-elle une autobiographie déguisée? Oui et non. Dans la mesure où, si "le préjugé veut sans cesse trouver un homme derrière un auteur", chez Sollers, l'auteur construit l'homme en l'exprimant. Fidèle en cela à l'intuition de Proust, pour qui "la seule vie réellement vécue était la littérature". Un Proust mourant, paradoxalement travailleur et caustique. "Implacable", nous dit Sollers. Mais aussi "Qu'est-ce qu'un écrivain?, s'interroge-t-il. Un insecte venimeux en cours de métamorphose sublime".

    C'est pour cette raison que ces textes réunis répondent à une lecture multiple, semblable en cela aux individus. Défendant la liberté de l'écrivain, de l'artiste, d'avoir une vie allégorique, "pleine de replis, de contradictions, de pièges", Philippe Sollers revendique le droit pour chacun d'être soi, de créer -des oeuvres et soi-même à travers l'oeuvre. Loin de toute récupération, de tout conformisme "politiquement correct".
    Dans cette perspective "La guerre du goût" prend toute sa dimension. Car il s'agit bien d'une guerre de la pensée vivante contre tous les préjugés qui lui font obstacle -même et surtout quand ils se proclament démocratiques- dont l'intelligence ouverte serait le couronnement. Et ce volume, de quelque 650 pages, qui se lit facilement, de manière continue ou ponctuelle, s'affirme aussi comme une "tentative pour échapper à l'histoire linéaire, à sa passivité commémorative" ou à son action subtilement dictatoriale. Or l'histoire se lit et se vit à travers la proximité dans le temps des penseurs, des artistes, des écrivains, "une foule de singuliers autrement présents", contre le "mauvais goût militant" des modes intellectuelles, dans la fidélité à soi.

    Thérèse BENJELLOUN

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