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Affaires

Siège de la BMCI
Polémique autour d’une rénovation

Par L'Economiste | Edition N°:2332 Le 02/08/2006 | Partager

. Un chantier momentanément arrêté. Une commission administrative pour statuer sur le dossierUn mur de marbre, d’un vert criard, recouvre désormais le bas de la façade du siège de la BMCI, sis angle avenue Hassan II et boulevard Mohammed V à Casablanca, résultat de l’opération de «réhabilitation» du bâtiment, entamée il y a plus de six mois. Le nouvel aspect de l’immeuble, pour le moins discordant, a choqué une partie des Casablancais, d’autres, par contre, y voient une œuvre de restauration réussie. Des voix s’élèvent ici et là pour dénoncer une «altération d’un patrimoine de la ville» alors que Aziz Lazrak, architecte en charge du projet, parle de «rénovation». «Le Centre de Casablanca est en décrépitude, la ville a besoin d’être rénovée, il faut encourager ces initiatives au lieu de les bloquer» affirme-t-il. Un fait incontestable, cependant, Mustapha Chakib, architecte et président de l’association pour la sauvegarde du patrimoine architectural de Casablanca «Casamémoire» rétorque: «Faut-il pour autant, sous prétexte de réhabilitation, dénaturer un édifice considéré comme l’un des éléments les plus significatifs du patrimoine architectural de la ville?» S’ensuit une polémique qui a abouti à l’arrêt momentané du chantier.En novembre 2005, une palissade, bâchée, haute de 15 mètres annonçait le début des travaux. Un montage de photographies des bâtiments phare de la ville couvrait la toile mettant en avant la richesse de l’héritage architectural de Casablanca. La banque y prônait son implication dans la préservation du patrimoine de la cité. Celle-ci a d’ailleurs déjà à son actif des actions dans ce sens, notamment en 2000, en parrainant un ouvrage de référence: «Casablanca, portrait d’une ville» de Jean Michel Zurfluh (aux éditions Eddif). La BMCI a voulu afficher ostensiblement sa couleur, une réaction en somme naturelle pour un immeuble qui fait office de siège, mais visiblement le résultat est loin de faire l’unanimité. L’immeuble en question date de 1949. Une construction sobre et aux allures modernes, qui reprend néanmoins le vocabulaire de l’architecture des années 30 (étages supérieurs en retrait, terrasses avec auvent etc.) plus une servitude d’arcades en équilibre avec le boulevard Mohammed V. L’ensemble était jusqu’alors en parfaite harmonie avec la place des Nations unies dont les contours ont été définis en 1922 par l’ouverture du boulevard El Hansali (Bd du Port à cette époque). Le projet, soumis pour autorisation, prévoyait le ravalement de la façade, le recouvrement de la partie inférieure en marbre et la couverture des étages supérieurs d’un habillement en verre et aluminium qui aurait couvert les 2 étages supérieurs sur les terrasses en retrait. L’espace ainsi récupéré devait servir de restaurant à l’entreprise. A l’Agence urbaine de Casablanca, on est catégorique «le projet ne répond pas aux normes et a reçu un avis défavorable de la commission d’esthétique et des monuments historiques». Le rôle de cette commission est justement de statuer sur l’amélioration de la qualité architecturale, urbanistique et paysagère des constructions, lotissements et équipements publics. Un courrier dans ce sens a d’ailleurs été transmis à la commune urbaine de Sidi Belyout, qui n’en aurait pas tenu compte, puisque la première partie des travaux concernant le revêtement de la façade a été autorisée. Constatant cela, on affirme au sein de l’Agence urbaine avoir saisi le gouverneur de la préfecture des arrondissements d’Anfa, le président du conseil communal et «toutes les autorités concernées» en indiquant l’infraction. Le chantier ne disposerait que d’une «décision taxée» document utile pour la réalisation de menus travaux «peinture, réfection des sols, plomberie, etc.) et non d’une autorisation de construire, nécessaire pour entamer des travaux de cette envergure (particulièrement pour le recouvrement des parties supérieures de l’immeuble). Suite à cela, la wilaya a décidé de l’arrêt du chantier. Pour Aziz Lazrak, il n’est pas question de patrimoine concernant cet immeuble. «Ce bâtiment n’est pas classé et il n’est pas de style Art déco», lance-t-il. Si le courant Art déco (1925/40) constitue certainement une grande part du paysage urbain de la cité, il n’en est pas moins qu’il existe d’autres expressions architecturales qui ont marqué la ville jusqu’aux années 70. Art nouveau, Néo classique, Bahaus ou autre architecture fonctionnaliste moderne: un ensemble de mouvements qui font partie intégrante d’un patrimoine à préserver. Mohamed Mounir Senhaji, président de l’ordre des architectes de Casablanca, reste, lui, très modéré dans ses propos: «La couleur du marbre peut effectivement paraître sujette à polémique et pourrait ne pas s’intégrer dans l’environnement de la place, mais au-delà de cet aspect, c’est toute la problématique de la sauvegarde du patrimoine qui est en question et qui mériterait une réflexion sérieuse».Rachid Marrakchi, directeur général de la BMCI, ne trouve, quant à lui, rien à redire sur le revêtement en marbre vert de la façade: «C’est un matériau noble et nous avons reçu une autorisation en bonne et due forme pour ces travaux, d’ailleurs plusieurs entreprises de la place ont des façades en marbre de couleur». Pour le reste du chantier (la partie haute), Marrakchi est plus mesuré: «Nous ne désirons pas entrer dans une quelconque polémique, nous avons arrêté le chantier, il y a une commission qui est en train de statuer sur ce dossier, et nous nous conformerons à ses recommandations».Parallèlement à la rénovation de sa façade, la banque, dans un acte certes citoyen, s’était engagée à participer à la restauration du passage souterrain de la Place des Nations unies, qui jouxte son siège social (cf.www.leconomiste.com). Ce projet a fait l’objet d’un accord de partenariat avec la wilaya, le conseil de la ville, la Lydec et la BMCI. Le coût global de cette opération s’élève à 3 millions de DH. La BMCI y a participé à hauteur de 1,7 million de DH. Les travaux de réaménagement prévoient la réfection des escaliers d’accès et le remplacement des revêtements des sols et des murs. L’amélioration de l’éclairage, au sein du passage, et la réfection du réseau d’assainissement, sont également prévues. Considéré comme un monument incontournable de la cité, le passage avec sa fameuse «boule» est sûrement l’un des repères urbains les plus connus des Casablancais. Celui-ci avait fini par être abandonné à son sort et avait sombré dans un état de délabrement très avancé. Sa rénovation apportera certainement du lustre à un centre-ville qui connaît depuis quelques années une situation de dépérissement dramatique. Il est juste dommage que des actions touchant un patrimoine aussi important ne se fassent pas plus dans une démarche de concertation.


Un architecte Grand prix de Rome

Alexandre Courtois (1904-1974), architecte français, est arrivé au Maroc en 1942. Il est titulaire du Grand prix de Rome (prestigieuse distinction décernée par l’académie des beaux-arts depuis 1666 pour les disciplines suivantes: musique, peinture, sculpture et architecture). Outre l’immeuble du siège de la BMCI, la ville lui doit aussi l’immeuble de la «CTM» (rue Léon l’Africain), l’immeuble «Saâda» (Rond-point Saint-Exupéry), ainsi que plusieurs travaux de logements sociaux. Il a été par ailleurs président de l’ordre des architectes à Casablanca de 1952 à 56 et directeur de la revue «Architecture marocaine». Il a aussi initié, en 1947, un plan sur le développement futur de Casablanca, mais qui n’a pu être mené à bien car il prévoyait des réalisations fort coûteuses pour l’époque. . Acteurs de la villeUne commission administrative a été instaurée pour statuer sur les responsabilités, contrôler la régularité de la procédure et mesurer l’impact des dégâts subis sur le patrimoine. Cette commission, qui s’est déjà réunie plusieurs fois, est constituée des principaux acteurs de la ville: wilaya, préfecture de l’arrondissement d’Anfa et le conseil de la ville. L’inspection des monuments historiques et l’association «Casamémoire» y siègent à titre consultatif. Ces deux dernières n’interviennent, d’ailleurs, que sur l’aspect historique et esthétique du bâtiment. Casamémoire «déplore» en effet la dégradation d’un immeuble qu’elle considère comme un fleuron de l’architecture moderne de la première partie du XXe siècle, si particulière à Casablanca. La métropole ayant été, faut-il le rappeler, considérée, à partir des années 20, comme un «laboratoire d’architecture moderne» et une référence internationale en matière de créativité. Casablanca constitue en effet un concentré exceptionnel de styles architecturaux typiques du XXe siècle et l’on parle de plus en plus de la mise en place d’une procédure d’inscription au patrimoine universel de l’Unesco.Amine BOUSHABA

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