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    Sidi Ifni: «L’impunité ne passera pas» Entretien avec Amina Bouayache, présidente de l’OMDH

    Par L'Economiste | Edition N°:2835 Le 06/08/2008 | Partager

    . Le ministère de l’Intérieur doit enquêter sur les responsabilités. L’espace public a changé, mais le gouvernement ne s’en rend pas compte«Ce n’est pas un repli des droits de l’homme, mais un problème de gestion de l’espace public». Pour la présidente de l’OMDH, la démocratie a un coût et il faut à chaque fois réinventer les mécanismes d’autorégulation de l’espace public. Les événements de Sidi Ifni constituent l’exemple type de l’échec des mécanismes de médiation en vigueur. Amina Bouayache revient sur ces événements et parle aussi de détermination des responsabilités individuelles.- L’Economiste: Quel bilan dressez-vous à l’issue de l’enquête menée sur les événements de Sidi Ifni?- Amina Bouayache: Trois points importants sont à souligner. Le premier est le débat suscité par le rapport de notre organisation. Il a soulevé des interrogations sur les outils et les principes sur lesquels nous nous sommes basés pour la définition des situations de violation des droits de l’homme au Maroc. Le deuxième est que nous avons noté le limogeage d’un haut responsable des forces auxiliaires à la suite de ces événements. Nous jugeons ce pas important. Le troisième point est le mémorandum que nous avons adressé au ministre de la Justice pour ouvrir des enquêtes et des instructions judiciaires sur des cas précis enregistrés par l’OMDH, comme ceux relatifs à l’atteinte de l’intégrité physique et aux violences à caractère sexuel. Une liste de personnes avec des pièces justificatives a été adressée au ministre de la Justice. Ce rapport initie aussi un nouveau processus dans la défense et la promotion des droits de l’homme, celui de la lutte contre l’impunité. C’est cette démarche qui va guider notre programme tout au long de l’année 2009. - Vos détracteurs vous ont accusés de vous être alignés sur les positions du ministère de l’Intérieur. Qu’en pensez-vous?- Je n’ai pas de commentaire. Nous avons parlé d’exactions de la part des manifestants et de l’autorité, et c’est la réalité. Il est très important d’établir la chronologie des événements et d’en faire la lecture. Ce n’est que par la suite que l’on peut déduire des convictions par rapport à l’application de la loi et des engagements internationaux. Nous avons relevé deux faits importants: la violation de la loi par les manifestants qui ont bloqué le port et porté atteinte aux droits d’autres personnes ainsi que les exactions commises par les forces de l’ordre après leur intervention. Notre interrogation est claire: pourquoi les forces de l’ordre sont elles passées de la levée du blocus aux intrusions dans les domiciles et l’arrestation de 182 personnes? Le ministre de l’Intérieur doit ouvrir une enquête pour déterminer l’autorité qui a donné l’ordre d’effectuer ces intrusions dans les domiciles et la Justice devrait déterminer les responsabilités individuelles. Il faut que ces personnes soient jugées. Notre rapport est clair et demande la fin de l’impunité. Il est fondé sur le plan des concepts, des observations et de vérifications des données. Il doit être lu du début à la fin. C’est un travail qui a demandé beaucoup d’efforts sur le plan intellectuel et de recoupement d’informations. - Certains de vos militants ont pourtant contesté ses conclusions…- Ce n’est pas vrai. Une seule militante a claqué la porte. Elle s’était éloignée de notre organisation depuis quelques années. Le rapport a été discuté au sein du Conseil national qui a publié un communiqué. Nous élaborons des positions objectives sachant que l’OMDH est traversée par plusieurs positions politiques et idéologiques. - La presse a parlé de viols. Qu’avez-vous constaté sur place?- Aucun cas de viol ne nous a été communiqué durant nos investigations. Nous avons interrogé plusieurs femmes qui ont été arrêtées et, pour certaines, déshabillées. Toutes, sans exception, ont nié avoir été victimes de viol, mais elles ont confirmé avoir subi des actes de torture. Les choses doivent être précises parce que nous sommes également jugés au niveau international. L’OMDH suivra de près les instructions judiciaires et parrainera plusieurs cas. - Des journalistes emprisonnés, des manifestants matraqués… Est-ce un repli des libertés publiques?- Ce n’est pas un repli. Mais nous avons de sérieux problèmes. L’espace des libertés publiques s’élargit et les citoyens se l’approprient. Parallèlement, nous avons un problème de gestion de cet espace. A Sefrou, il y a eu destruction des biens publics et privés. A Ksar Lakbir, c’est la population qui a détruit les biens des personnes accusées de mariage homosexuel. A Sidi Ifni, face à la non prise en considération de ses revendications, un groupe de personnes a jugé qu’il fallait bloquer le port pour être entendu. Si à Sefrou il n y a pas eu de tentatives de dialogue, à Sidi Ifni, si. Les situations sont différentes, mais l’essentiel est le respect des droits de l’homme et des mécanismes de médiation. Nous avons un problème de mécanisme de dialogue et de médiation. La démocratie a un coût, il faut inventer régulièrement des mécanismes d’autorégulation et d’appropriation par chacun de l’espace public. Dans le rapport, nous avons souligné que nous comprenions les doléances des manifestants pour lesquels le plan de développement de la ville n’aboutit pas. Le gouvernement doit respecter ses engagements parce que l’environnement public n’est plus le même. Il faut aussi expliquer pourquoi les engagements pris n’ont pas été respectés. L’espace public a changé, mais les autorités continuent à le gérer comme avant.- Les médias ont-ils joué leur rôle ou ont-ils amplifié les choses?- Les médias sont importants pour l’OMDH dans son travail de promotion des droits de l’homme. Nous avons constaté que chaque information publiée devait être vérifiée. Comme dans le cas de Ksar Lakbir, on a parlé de mariage homosexuel, mais une fois sur place, nous avons constaté que ce n’était pas le cas. Par rapport à Sidi Ifni, chacun voulait se positionner. Il y a eu de la surenchère, ce qui n’est pas en faveur des victimes des droits de l’homme. La souffrance et la douleur des gens ne doivent pas faire l’objet de surenchère politique.


    Rappel des événements

    Le 6 juin dernier, les forces de l’ordre ont délogé des manifestants (chômeurs) qui ont bloqué le port de Sidi Ifni tant que leurs demandes n’étaient pas satisfaites. Ils ont exigé l’activation des accords conclus pour l’ouverture de certaines unités industrielles permettant la création d’emplois dans la région. La situation a «dégénéré» puisqu’elle s’est soldée par des intrusions dans les domiciles et des arrestations. Ce n’est pas la première fois que les forces de l’ordre tabassent des manifestants. Des manifestants ont également été violemment chargés dans la province de Khouribga. Ils manifestaient contre l’expropriation des terrains sur lesquels l’OCP envisage de construire des unités industrielles avec une pancarte faisant allusion à Sidi Ifni. Propos recueillis par Khadija MASMOUDI

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