×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Tribune

SIDA Qui est concerné?

Par L'Economiste | Edition N°:33 Le 11/06/1992 | Partager

Le SIDA est-il encore le mal d'un occident dépravé, comme l'ont affirmé une beaucoup de marocain interrogé lors d'une enquête. Si les chiffres actuels ne sont pas inquiétants, ils pourraient le devenir. L'information sur le fléau est la principale prophylaxie, mais elle bute sur la pudeur, le refus de reconnaître une évolution de nos moeurs.

LE SIDA. Qui n'a pas entendu parler de ce mal, tel une malédiction venue du fond des âges préhistoriques défier un homme conquérant à l'aube du 21ème siècle? Et d'ailleurs, que puis-je vous apprendre vous, cher lecteur et chère lectrice, que vous ne sachiez déjà? Vous lisez, donc vous savez. Je ne vous ferai donc pas l'insulte de vous expliquer le pourquoi du comment du syndrome, ni ne vous assomerai de chiffres concernant le nombre déclaré de séropositifs ou de sidéens, sachant pertinemment que vous allez vous dépêcher de rectifier de vous même et multiplier le tout par dix.
De plus, écrire sur ce sujet n'est pas particulièrement réjouissant. Alors qu'est-ce qui me pousse à vous en parler? La tenue dernièrement à Marrakech du 1er Congrès Maghrébin sur les Virus et les Rétrovirus (27-30 Mai 1992). (J'en profite, avec la permission de Madame la Rédactrice en Chef de l'Economiste, et tire mon chapeau à ces bénévoles de la Société Maghrébine de Recherche et de Lutte contre le SIDA, ainsi qu'à l'infatigable équipe de l'Institut Pasteur. Beau travail les gars!).

La mort a terme

Il s'en est dit des choses importantes lors de ce congrès. La presse était aux premières loges. Pourtant, j'ai beau compiler nos journaux, je n'y trouve aucun compte-rendu qui rende justice à mon goût aux travaux de cette rencontre. Du moins, à part la couverture de l'ouverture et de la clôture officielles, de substance point. Après tout, le congrès a réuni des sommités et des chercheurs de tous les coins de la planète, y compris le "père" du VIH (Luc Montagnier lui même... oui oui vous avez bien lu). Et croyez-moi qu'ils se sont dit des choses. Paradoxalement, le rôle crucial des medias dans la lutte contre ce fléau a été souligné par les congressistes.
Mais, rassurez-vous, je n'ai ni l'intention ni l'envie de synthétiser les travaux du congrès. Alors n'allons pas par trente six chemins et appelons un chat un chat.
Etre aujourd'hui atteint de SIDA est dans l'état actuel de la médecine un constat de mort à terme. C'est aussi simple et aussi implacable que cela. La recherche est encore loin de trouver un remède, voire un palliatif. Quand bien même cela serait possible, les perspectives sont lointaines, probablement pas de notre vivant (à propos, quel âge avez-vous?). Le coût en serait certainement prohibitif et sûrement hors de portée des pays en développement (ah! la douce anesthésie de la terminologie onusienne!).
Alors, que faire? Pour le moment de la prévention, encore de la prévention, et toujours de la prévention. Faute de vaccin, et encore moins de traitement, celle-ci ne peut reposer que sur l'information. Où en sommes-nous dans ce domaine?

La "Zina"prohibée

Livrez-vous à un petit exercice et vous verrez dans quel état se trouve chez nous la connaissance du SIDA.
Après tout, comment se transmet le... comment dites-vous? Le VIH? Par voie sexuelle? Mais cela ne nous concerne pas. Allez voir plutôt ces étrangers homo. Et d'ailleurs, nous sommes un pays où le "Zina" est prohibé, n'est-ce pas? Alors pourquoi parler de ce qui n'existe pas, et évoquer ces préservatifs et autres "isolants médicaux". Vous dites que le virus peut être transmis par voie intraveineuse. Mais nous ne sommes tout de même pas à South Central à Los Angeles. Nos drogués fument, hument ou avalent, mais ils ne se piquent pas. Donc pas de craintes de ce côté là. Par contre si vous évoquez les instruments de nos médecins, nos infirmiers, nos dentistes, alors là, vous poussez le bouchon un peu loin. Et pourquoi pas alors le coiffeur?

Se mefier même de son coiffeur

Qui peut être atteint du syndrome? Oh! bien sûr les autres, vous répondra-t-on bien souvent. Mais alors qui sont ces autres? En 1992 beaucoup parmi nous pensent encore que notre pays est à l'abri de ce fléau qui ne touche que les extrêmes de la société universelle: les riches occidentaux et les pauvres africains. Fatale appréciation. D'ailleurs officiellement il y aurait à peine quelque deux cents et quelques cas. Il n'y a pas le feu, hein? Donc, ne touchons pas à notre mode de vie, ni à notre train train habituel. Et surtout n'effrayons pas la population. On traversera ce pont quand on y arrivera. C'est bien connu, l'improvisation est notre fort. Ne préparons-nous pas d'ailleurs nos examens à la dernière minute!
Soyons sérieux. De l'avis des spécialistes, le Maghreb est pour le moment dans une situation relativement favorable. Pour le moment. A l'instar de l'état dans lequel se trouvait l'Inde et la Thaïlande il y a cinq années. Le calme qui précède la tempête. Ne rien faire aujourd'hui en matière de lutte contre le SIDA, alors que la situation est encore contrôlable, c'est se condamner à engager ultérieurement une bataille perdue d'avance.
Si je vous semble jouer les oiseaux de mauvais augure, c'est que tout simplement je ne suis qu'un père qui, comme tous les pères, est préoccupé par l'avenir de ses enfants. Le mal se propage, à une allure exponentielle, faute d'une information adéquate. Nous ne pouvons continuer à le traiter comme une maladie quelconque pour laquelle la médecine trouvera un remède en son temps. Il frappera toutes les couches de la société.
Quelle lutte engager alors? Informer seulement? Et par quel moyen? Et dans quel contexte? Peut-on parler librement sexualité entre nous? Quid de la prostitution et des relations multiples? Quelles précautions prendre chez le... Et puis flûte! Le monde va devenir vraiment invivable, s'il faut se méfier même de son coiffeur! ...
Pour vous donner la mesure de la tâche qui nous attend, sachez qu'en Afrique des femmes monogames sont infectées parce qu'elles n'ont pas pu dire non à un acte sexuel non voulu ou non protégé.
La raison en est l'infériorité de leur pouvoir économique et de leur situation sociale. Autrement dit, la lutte contre le SIDA passe par le réaménagement du statut social de la femme pour lui permettre de lui donner son mot à dire soit devant un mari volage collectionneur de virus, soit devant un patron par trop entreprenant et exigent en retour d'une promotion (Sexual harassment, ça vous dit quelque chose?).
La tâche est donc titanesque. Mais jusqu'à quand continuerons-nous à faire semblant que chez nous il n'y a rien à signaler?
Désolé, cher lecteur et chère lectrice, si je vous ai communiqué mon angoisse. Cela n'était pas mon but (ou peut-être bien que si). Si vous déposez ce journal en vous disant qu'il s'agit d'un raseur de plus et un empêcheur de jouir en paix, alors c'est raté.
Mon but est de vous faire prendre conscience que la lutte contre le SIDA n'est pas uniquement l'affaire des gouvernants. La tâche est trop gigantesque et elle nous concerne tous. Nous ne pouvons plus continuer à vaquer à nos occupations quotidiennes, indifférents au phénomène. Il y va de notre santé, de la vôtre, de celle de nos enfants, de nos proches. Que vous le vouliez ou non, vous êtes concernés. Si vous vous posez maintenant la question "Que puis-je faire à mon niveau", alors c'est que vous commencez à vous sentir concernés, et donc ... responsables.
N'hésitez pas à m'écrire, je me ferai un plaisir de vous faire quelques suggestions, comment vous rendre utile et contribuer à la lutte contre le SIDA, depuis la diffusion de l'information dans votre communauté jusqu'à l'écriture à votre député pour que cette question figure parmi les préoccupations prioritaires de nos gouvernants.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc