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Séoul, une modernisation en marche forcée

Par L'Economiste | Edition N°:1633 Le 29/10/2003 | Partager

. Une ouverture obligée après la crise financière et le Mundial 2002. Un curieux mélange de tradition et modernitéAu premier abord, Séoul apparaît comme une ville de béton et d'acier, de routes surélevées et de ponts imposants. Une succession de barres d'immeubles d'une architecture sévère, presque inhumaine.Ce n'est là que le résultat du développement rapide de la mégalopole coréenne. La quatrième ville mondiale en termes de densité humaine (plus de 10 millions d'habitants) a été ébranlée par le choc de la modernité. Intervenue très vite, la modernisation n'a pas été homogène. A côté des grands centres commerciaux qui rivalisent avec ceux de l'Europe, subsiste encore une activité traditionnelle tiers-mondiste. On ne manquera pas de remarquer des marchands ambulants exposant des tas de vêtements bon marché, des légumes, des plantes médicinales, des grillades et bols de soupe fumants. Les ventes se font à la criée. Une ambiance de “souk”, bien propre aux pays du Sud. On retrouve alors une ville d'Asie, à la croisée des chemins entre un Tokyo moderne et industriel et un Bangkok populaire et bordélique. Séoul joint les deux bouts de l'Asie-Pacifique: l'Asie du Sud et celle de l'Est. Malgré la progression rapide des “blocs” de béton et d'acier, la ville défend avec acharnement ses coins traditionnels: les petites habitations en bois aux toits asiatiques, lovées entre deux barres de logements HLM, les temples bouddhistes dont le calme et la sérénité contrastent avec le stress extérieur et les restaurants qui offrent tous des plats typiquement coréens. Malgré une ouverture presque imposée après la crise financière de 1997 et la Coupe du Monde 2002, la ville demeure conservatrice dans son fond. On ne risque pas de croiser des amoureux enlacés comme en Europe ou des jeunes filles fumant dans la rue. Cela est très mal vu. La fille doit répondre à des exigences de pudeur et de chasteté. La séparation entre les deux sexes est monnaie courante, que ce soit dans les fêtes ou même à l'école. La mixité n'est pas tolérée dans l'enseignement primaire. Les filles et les garçons ne se retrouvent qu'au niveau du collège. Et tous les étudiants, collégiens ou lycéens, portent des uniformes communs pour s'assurer de leur bonne conduite dans la rue. Dans les entreprises, c'est le même esprit qui prime. La femme, travailleuse et dégourdie, arrive difficilement au sommet de la hiérarchie. Les relations entre l'employeur et l'employé sont imprégnées de respect, voire même de soumission, en raison des croyances confucianistes. Un subalterne se tient loin de son supérieur et ne peut fumer ou rire en sa présence. On dirait une armée où les relations humaines sont strictement régies par la discipline. Le sens de la hiérarchie est très fort. Si une décision est prise, tout le monde l'exécute… remarquablement d'ailleurs. Il faut savoir qu'avant les années 80, la Corée du Sud était dirigée par un régime dictatorial. Les Coréens sont connus pour leur fibre nationaliste ancestrale. Ils ont pu conserver leur langue, qu'ils sont d'ailleurs les seuls à parler, malgré l'occupation japonaise et l'influence américaine. L'alphabet coréen, le hangul, est composé de 24 signes alphabétiques. Il a facilité l'alphabétisation des masses au moment de la colonisation où le coréen était banni de l'école au profit du japonais. La langue, avec tout son back-ground nationaliste, est fortement véhiculée par les médias. Le premier tirage dans la presse écrite (3 millions d'exemplaires par jour) est un journal d'obédience conservatrice. En réalité, ce n'est pas un trait spécifique à la Corée, car on le trouve dans tous les pays où le courant conservateur domine la vie politique.Les Coréens consomment les produits locaux, que ce soit pour les voitures, les vêtements, les repas… Les industries automobile, électronique, textile et de pêche sont essentiellement destinées à la demande locale. Peu de produits étrangers pénètrent par les frontières protégées. Les entreprises préfèrent employer la main-d'oeuvre locale, même si elle est plus chère par rapport à celle chinoise ou thaïlandaise, en raison de son background culturel et éducatif. Les banques illustrent l'exemple de l'ouverture. Ce secteur est détenu à moitié par les investisseurs étrangers. En raison de la crise financière, le FMI avait recommandé un démantèlement économique. La prise de contrôle étrangère est en train de modifier le paysage.Plusieurs aspects conservateurs de la vie des Coréens ont changé depuis l'organisation de la Coupe du monde de football en 2002. C'était le 2e big-bang après la crise de 1997. Les Coréens, surpris par la performance de leur équipe nationale qui a pu arriver en demi-finale, ont fêté leur entrée dans le club des grandes nations. Devant le stade de Séoul, des images géantes montrent une marrée humaine rouge dans les rues. Jamais les Coréens n'avaient connu une telle extase. Ils ont dansé, chanté et bu à la santé de leurs “diables rouges”. Dans une des grandes salles du stade, un film, rappelant ces grands moments d'euphorie, est projeté aux visiteurs étrangers. Les joueurs, artisans de cette victoire, ont été immortalisés par des figurines géantes à l'entrée. Qui aurait dit qu'un pays qui manquait d'infrastructures sportives il y a quelques années à peine, réaliserait telle performance? La construction des stades s'est faite très vite. Car derrière, il y avait de la volonté à revendre. Et à côté, il y avait aussi l'excolonisateur japonais, coorganisateur de la Coupe. Il fallait coûte que coûte réussir le pari. Pour le Maroc candidat au 2010, la success story coréenne est édifiante à plus d'un titre. Mais le Royaume n'a pas encore fait du benchmarking direct. Il attendrait, selon des officiels marocains, le résultat du vote pour s'imprégner de l'exemple coréen. Les marques du changement après la Coupe du monde sont encore visibles à Séoul. Les taxis sont dotés d'un service de traduction gratuit (free interpretation). Les étrangers, peu nombreux, se voient agréablement offrir des boissons ou des journaux, signe de bienvenue. Les enseignes de quelques commerces du centre-ville sont écrites en coréen et en anglais. Et les commerçants, souriants et aimables (ils le sont de nature), peuvent faire de grandes réductions de prix. Très souvent, les Coréens, adultes ou petits, saluent les étrangers par un hochement de la tête, leur souhaitant la bienvenue. Les Coréens sont des gens vivants, dotés de beaucoup de qualités humaines. Séoul by night est une ville de lumières. Traversée par le fleuve Han, elle présente une des plus belles vues dans le monde. Les commerces (dont la plupart ne ferment pas) et les multiples lieux de divertissement sont les indices d'une nouvelle vie qui contraste avec la rigueur et les embouteillages du jour. On note plus particulièrement une prédominance des karaokés. Les Coréens aiment beaucoup chanter. Il y a d'ailleurs toutes sortes de karaokés, de ceux grand public à ceux privés où on fait vibrer le microphone dans des cabines. Dans les night-clubs, l'influence américaine et anglo-saxonne en général est manifeste. Les jeunes chantent et dansent au rythme des derniers tubes de Janet Jackson ou Britney Spears. Cette vie nocturne et grouillante est une autre fenêtre sur la Corée moderne et festive.


Américanophilie, américanophobie?

La Corée du Sud, 51e Etat des US. L'expression émane d'une étudiante coréenne qui affirme que ses compatriotes ne sont pas choqués par leurs liens de similitude avec l'Oncle Sam. Mais le pays du matin calme gère de plus en plus difficilement ses relations avec les Américains, en raison de leurs démêlés avec la Corée du Nord. Les sudistes, aussi américanophiles soient-ils, ne sont pas prêts à abandonner leur rêve de réunification avec leurs frères nordistes. Reflet d'une évolution sociologique importante, cette appréhension vis-à-vis des Américains, considérés jusqu'alors comme les protecteurs contre la “folie communiste” (un important contingent stationne sur les frontières), grandit au fur et à mesure que la menace de guerre s'intensifie. Le gouvernement en place, issu d'un courant démocratique et réformiste, veut se démarquer de la politique de G.W. Bush et encourager le dialogue avec le Nord. Séoul serait en effet la première victime d'un conflit entre Washington et Pyongyang.. Les Marocains à Séoul Seulement une vingtaine de Marocains sont déclarés à l'ambassade marocaine à Séoul. Bien sûr, nos compatriotes sont beaucoup plus nombreux. Il n'y a pas de visa entre les deux pays. La déclaration à l'ambassade n'est donc pas automatique. Les Marocains travaillent dur pour subsister, essentiellement dans le secteur industriel. L'adaptation est difficile surtout au niveau du rythme du travail et de la rigueur du climat. Mais une fois intégré dans le système, il est difficile de faire marche arrière. Un physicien marocain, travaillant chez un grand équipementier coréen, raconte avec amertume comment il a été contraint de quitter le Maroc pour venir s'installer à Séoul. Après de longues études en physique au Japon, il revient plein d'idées au Maroc où il se voit attribuer un poste de professeur-assistant dans une université. Désillusionné, il quitte le pays quelques mois après, en direction de la Corée du sud. Sur un autre registre, l'investissement coréen au Maroc demeure faible. Les grandes enseignes comme LG ou Hyundai font de la distribution. Les investisseurs disent être rebutés par le facteur linguistique et le cachet francophone du pays. Les multiples expositions marocaines en Corée ont commencé à avoir de l'effet. Le Maroc qui exporte actuellement du textile et des produits de la mer (du poulpe de Dakhla) dispose d'autres niches juteuses comme le vin, le cuir, l'huile d'olive (très rare en Corée) et les articles d'artisanat.Nadia LAMLILI

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