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Politique Internationale

Sefrioui, Chraïbi, Benjelloun et les femmes : Littérature : Les Marocaines malmenées par les romanciers

Par L'Economiste | Edition N°:74 Le 08/04/1993 | Partager

Avec "Images de femmes, Regards d'hommes", publié chez Wallada, Anissa Benzakour passe au crible l'image de la femme marocaine véhiculée au travers de l'oeuvre de trois romanciers d'expression française: Ahmed Sefrioui, Driss Chraibi et Tahar Benjelloun. Une perception de la femme où se mêlent la tendresse et le mépris

"Images de femmes, regards d'hommes" Anissa Benzakour-Chami Editions Wallada - 85 DH

"La fête a déjà commencé dans le quartier voisin et j'entends des cris de passion et de colère, des cris brûlants comme un alcool. Il a planté ses griffes dans ses épaules et ses dents dans la peau du cou; il l'a couverte de sa masse de nerfs et de soie noire, elle cède à l'assaut, contrainte et heureuse. Ses gémissements deviennent pathétiques, volupté et douleur s'y mêlent. C'est une note dans la nuit, un chant de souffrance, un chant d'amour".

Cette nuit de noce sortie de l'imaginaire d'Ahmed Séfrioui mêle des sentiments ambigus, intrinsèques à la relation du couple décrite au travers du roman marocain d'expression française. Bourreau et victime s'y reconnaissent, la victime souscrivant d'ailleurs volontiers, du moins en apparence, aux tourments de son bourreau. En fait, qu'il s'agisse de l'oeuvre de Tahar Benjelloun, Ahmed Séfrioui ou Driss Chraïbi, l'analyse des personnages féminins de leurs récits opérée par Anissa Benzakour ramène toujours à un curieux sentiment, flottant de l'amour aveugle à la rage féroce.

Une anthologie de morceaux choisis

Le souvenir de l'enfance, de la vie de la mère, de la famille, des domestiques, des voisines ou d'amours terrées, amène ainsi un lot d'images, parfois déconcertantes, violentes, avilissantes, mais aussi réjouissantes, lumineuses et joyeuses. En fait, la vision de la femme par " ces regards d'hommes" passe "d'un bestiaire souvent répugnant à l'éclair lumineux des oiseaux qui s'envolent", comme le relève André Dabezies, professeur à la Faculté d'Aix - Marseille et préfacier de l'ouvrage.

Quoi qu'il en soit, Anissa Benzakour atteint son objectif. Au travers de cette anthologie de "morceaux choisis" des trois auteurs, elle traque sans cesse la réalité de la condition féminine au Maroc . Et elle semble éclater sous une forme nouvelle de sociologie pratique, évidemment, typiquement masculine. "Mais qui parle des femmes ? qui écrit sur les femmes ? sinon des voix d'hommes, des écrivains au masculin", explique en substance Anissa Benzakour. Toutefois, cette approche littéraire de la femme se solde pour l'auteur par un échec relatif quant à sa contribution à l'évolution de son statut, du moins de sa perception, dans la société marocaine. Si Anissa Benzakour reconnaît le rôle tenu par les trois écrivains cités pour attirer l'attention de leurs compatriotes sur l'injustice scandaleuse" pesant sur la femme marocaine, "ils restent avant tout des écrivains et rares sont ceux qui abondent dans le sens du progrès", estime l'auteur.

Caution d'une image passéiste

En effet, poursuit Anissa Benzakour, " Sefrioui et Chraïbi contribuent à cautionner une image passéiste. Quand ils n'évoquent pas la femme traditionnelle, ces écrivains renoncent à en parler, se réfugiant dans les fantasmes", explique l'auteur. Son regard est tout aussi critique sur le rapport écrit de Benjelloun et la femme: "Il choisit de plus en plus, des figures surprenantes, rompant totalement avec le vécu". "De plus", ajoute-t-elle, "la remise en question de ces écrivains s'attache surtout au passé, au personnage de la mère et ne peut, en aucun cas, remplacer la contestation féminine elle-même".

Indéniablement, pour Anissa Benzakour, "il y a comme un blocage chez l'homme musulman, quand il s 'agit pour lui d'appréhender la personnalité intégrale de la femme".

Toutefois, plus qu'à la révolte et la diatribe contre le "maître absolu", l'intelligence de la démarche d'Anissa Benzakour vise aussi à exhorter la femme marocaine à se prendre en main et faire valoir son identité.

En parallèle à une femme perçue, par le travail, comme agent de l'économie du pays, "une grande majorité entretient toujours au Maroc l'image de la femme asservie, obéissante, reconnaissante et surtout silencieuse", reconnaît l'auteur. Pour elle, la reconnaissance future de la femme marocaine passe ainsi notamment par sa charge éducative. Citant Germaine Tillions, elle conclut: "Si les hommes maintiennent les femmes dans cette situation avilie, ce sont les femmes qui ont élevé les petits garçons et qui leur ont retransmis les vieux virus préhistoriques. Les femmes écrasées fabriquent des homuncules vaniteux et irresponsables..."

C.M.

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