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Sauver les terroirs marocains!

Par L'Economiste | Edition N°:1888 Le 02/11/2004 | Partager

. Malmenés par ignorance et par manque de moyens . Grosses pertes de productivité et de revenus. Sans compter l’usurpation du label Maroc, autre pratique coûteuseLes landes de Ouazzane (province de Sidi Kacem, à 186 km de Rabat) sont verdoyantes et les montagnes du Rif qui les entourent, splendides. Pas besoin de plus pour comprendre la vocation agricole de la région. La nature a tout préparé. Même si le nord demeure l’une des régions économiques et sociales les plus pauvres du pays.Un autre Maroc se profile une fois dépassé l’axe autoroutier Rabat-Kénitra. Quand elle débouche sur Souk El Arbaa, autrefois une jolie petite bourgade très bien entretenue et aujourd’hui un quasi-dépotoir (précarité flagrante des gens, maisons délabrées, des détritus partout), elle marque la frontière. Rabat-Casa et leur modernité s’éloignent peu à peu au fil des paysages et laisse la nature reprendre ses droits. Et puis, comme par enchantement, Ouazzane la blanche apparaît, au détour d’un virage, lovée entre deux hauteurs et entourée de vert. Un effet de surprise splendide. Splendides aussi sont les produits du terroir de la région (figues sèches, miel, olives, huile d’olive, couscous…) présentés à l’occasion de la «journée de réflexion sur la valorisation des produits du terroir», initiée par le département du Développement rural mercredi dernier. Mais la main de l’homme n’est pas toujours qualifiée pour bien les traiter. Et l’ignorance de certaines techniques agricoles gâche souvent tout: des figues que l’on sèche mal, des olives que l’on entrepose mal, de l’huile mal emballée, de l’olive mal triturée, pas les bonnes semences, ou parce qu’on utilise mal les outils de moisson, pas de désherbage…. Marchandise bradéeCela arrive plus que l’on ne croit et la marchandise bradée sur les marchés de gros et à destination de groupes étrangers vient de là. Le diable ne se loge-t-il pas dans les détails? Et cela coûte beaucoup à ce monde rural appelé à vite s’adapter aux nouvelles concurrences ou à le quitter pour la ville. Il est aussi appelé à diversifier sa «clientèle» et dépasser le cadre de sa propre ville ou province… et penser export! «Il faut essayer de se mettre dans la tête de ce fellah pour comprendre toutes les étapes qu’il doit vraiment traverser pour sa mise à niveau. Pouvez-vous imaginer le bouleversement dans sa vie? C’est cet inéluctable bouleversement qu’il faut absolument accompagner. Faute de quoi, cet exode rural sera de plus en plus terrible et pour la campagne et pour la ville», explique un grand exploitant agricole, qui ne manque pas de dénoncer l’attitude de l’Etat dont l’expertise en la matière n’est plus à prouver, mais dont le passage à l’acte est «très très lent».Ce, malgré les quelques initiatives, privées, de l’Onudi (organisation des Nations unies pour le développement industriel) ou du ministère du Commerce et de l’Industrie, qui semblent donner des fruits. . Atomisation et non-mécanisationMais si elles existent, elles demeurent clairement marginales. L’effet d’entraînement n’est pas encore là: par manque de moyens pour certains, et par manque de vision pragmatique de l’Etat pour d’autres qui considèrent que si l’idée de valorisation est là, c’est que les experts savent de quoi ils parlent. Le terrain est encore une autre réalité. Passer de la théorie à l’action, voilà où est le défi du Maroc. Et il ne peut plus attendre, «ou quelqu’un d’autre le fera à sa place», disent les professionnels en pensant bien évidemment aux investisseurs étrangers qui ont déjà occupé la niche de l’arganier et en font de gros bénéfices. Et cela directement à l’écart des petits producteurs pour qui l’Etat cherche des solutions justement.La majorité (80%) des exploitations agricoles de la province de Sidi Kacem ont une superficie inférieure à 5 ha. Soit près de 120.000 hectares (sur les147.000 de la SAU) ainsi atomisés. Imaginez la difficulté à mécaniser ces terres (quoique la Chine a relevé le défi pour celles de 0,4 ha!) d’autant que ce morcellement les rend exiguës et les terrains en pente dans la région ne sont pas pour arranger les choses. Au niveau national, plus de 60% des exploitations font moins de 5 ha, selon la direction de la Statistique.La DPA (direction provinciale de l’Agriculture) de la province de Sidi Kacem estime à 90% les terres en propriété privée et 7% seulement en terres collectives. Cette donnée explique en elle-même la faible marge de manoeuvre des exploitants, qui n’ont d’autre choix au final que de brader leur production, mais dont la valeur intrinsèque est souvent meilleure. L’atomisation de la production, couplée à un manque de savoir-faire et une absence de valorisation des produits de la région, les lèse particulièrement.. Trop de théorie tue la pratiqueL’Onudi (qui se concentre surtout sur la femme rurale pour ces projets), l’Agence espagnole de coopération internationale, le ministère du Commerce et de l’Industrie financent des projets pour améliorer les «capacités entrepreneuriales» des femmes rurales et aident les coopératives à s’équiper. «Certains des secteurs les plus prometteurs pour l’économie marocaine, et ceux qui comptent le plus grand nombre de femmes, se trouvent dans le nord du Maroc, une des régions les plus défavorisées du pays», explique l’Onudi. Or, poursuit-elle, «les mécanismes productifs inefficients et le manque de connaissances en gestion ont conduit à la perte en productivité et en revenus pour les femmes entrepreneurs». Les Nations unies tirent la sonnette d’alarme pour le tissage traditionnel, la production d’huile d’olive, mais aussi la production industrielle de figues, de pruneaux et de plantes médicinales.Le débat est encore loin de celui entamé en France sur la «labellisation des produits du terroir», qui préconise de protéger l’origine du produit en veillant bien entendu à sa valorisation (c’est d’ailleurs pour cette raison que les produits dits bio, ou qui ont l’appellation d’origine, coûtent paradoxalement plus cher). Le problème posé au Maroc est encore fondamental: comment valoriser les richesses agricoles de manière à mieux les vendre et les faire connaître, ne pas perdre ces potentiels? Ou plutôt, comment vite passer à l’acte?… trop de théorie tue la pratique.


Stratégie

«La promotion de l’agriculture marocaine passe par le développement et la mise à niveau des zones agricoles», a expliqué le secrétaire d’Etat chargé du Développement rural, Mohamed Mohattane, qui a présidé la journée d’études sur la valorisation des produits du terroir. Organisation des producteurs pour améliorer les opérations d’approvisionnement, de commercialisation et de recherche de nouveaux marchés, des programmes de formation pour la qualification des ressources humaines… sont les éléments d’une stratégie connue de tous les experts du monde agricole et ce, depuis longtemps. Cette journée a d’ailleurs abouti à ces recommandations: renforcer les infrastructures locales, encadrement et organisation des professionnels, création de centres de recherche, utilisation de nouvelles technologies…


Figues, olives… le début d’un grand succès?

Seulement quelques stands de produits du terroir ouazzani étaient présents lors de cette journée d’études dans et sur la région. L’huile d’olive, l’olive, le miel et les figues sèches sont les produits agricoles phares de la région. La plupart des exposants sont des coopératives de femmes, soutenues par le ministère de l’Agriculture, celui du Commerce et de l’Industrie ou par l’Onudi. Ainsi, la Fedolive (fédération des coopératives et des associations féminines pour la production et la commercialisation d’huile d’olive), qui regroupe les femmes de Chefchaouen, commercialise aujourd’hui son huile Farida, «prisée même à l’étranger», comme le dit fièrement l’une des productrices. A leur savoir-faire traditionnel, l’Onudi et les autres organismes ont ajouté une méthode de production moderne. La méthode de trituration des olives est moderne et écologique «grâce à des unités de production qui séparent l’huile et les grignons sans décharge d’effluents liquides et tout en permettant de réaliser une économie en eau et en énergie thermique», explique la Fedolive. 1 litre d’huile coûte 30 DH.A côté de ce stand, c’est les figues sèches (saupoudrées avec de l’amidon ou pas, au choix) dans un joli emballage rouge transparent que l’on vend à 15 DH le paquet. C’est le même principe: l’Onudi, le Commerce et l’Industrie, l’Agriculture… se sont mobilisés pour transmettre à l’Association de développement de la production de Bouadel (province de Taounate), les bonnes techniques pour ne pas perdre les figues en cours de séchage, comme cela est arrivé l’année dernière.Beaucoup plus ample, l’investissement de la coopérative APIA dans l’huile d’olive et le miel est une initiative privée de bout en bout. Deux jeunes ingénieurs agronomes se sont lancés dans l’aventure des produits du terroir. Pour un investissement de plus de 6 millions de DH (une unité de production et un magasin) à Ouazzane et un partenariat avec plus de 300 agriculteurs. «L’objectif est d’avoir une synergie entre nous et les agriculteurs. Nous apportons une assistance technique, eux apportent les olives, dont nous faisons un suivi. Ils trouvent la technologie nécessaire pour produire une huile dans les conditions d’hygiène requises», relate Abdelilah Daoudi, président de la coopérative.Les investisseurs ont aujourd’hui ouvert «APIA huile et miel», un magasin à Rabat où ces produits sont disponibles. De grands groupes, dont des étrangers, sont également intéressés par cette niche «terroir»… A suivre.Mouna KADIRI

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