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Culture

Salon du livre de Tanger
«La véritable autorité c’est sécuriser et soutenir»
Entretien avec Jalil Bennani, psychanalyste

Par L'Economiste | Edition N°:2225 Le 02/03/2006 | Partager

Cet éminent spécialiste exerçant à Rabat et président fondateur de la Société psychanalytique marocaine (SPM), en 2001, rencontre ce 2 mars. Elisabeth Roudinesco, historienne, docteur ès lettres et sciences humaines, ancienne membre de l’Ecole freudienne de Paris (1969-1981). L’échange sous le thème: «Pourquoi la psychanalyse au Maroc?» aura lieu à Tanger pour la dixième édition du salon du livre (SILT 2006). Bennani est également à l’initiative du premier «café psychanalyse» jamais organisé au Maroc. Celui-ci a eu lieu en décembre 2005 à Marrakech, aux côtés du psychanalyste parisien Jean-Pierre Winter et a le mérite de plonger les concepts lacaniens dans l’arène publique. - L’Economiste: La psychanalyse se donne à voir depuis quelques années au Maroc: débats, colloques et même café psychanalyse ont vu le jour. Quelle lecture faites-vous de la société marocaine, avec tous les changements sociaux survenus?- Jalil Bennani: On assiste à l’émergence d’une parole individuelle au sein du collectif, et cela interpelle nécessairement la psychanalyse. Pour que la psychanalyse existe, il faut qu’il y ait un espace de liberté et que cette liberté soit présente à la fois sur le plan social, donc externe, et au niveau psychique, donc interne. La psychanalyse peut alors apporter une levée de certaines inhibitions, de certains tabous pour qu’à la fois, l’individu puisse les vivre et les exprimer et qu’il y ait un répondant au niveau social. La démocratie est donc l’une des conditions d’émergence de la psychanalyse. Au niveau de la pratique, elle ne peut exister que s’il y a une pluralité des courants de pensée. S’il y a un courant dominant, à ce moment-là, la psychanalyse n’a pas d’espace dans laquelle elle peut exister. - Qu’est-ce qui aujourd’hui, dans la société marocaine, fait mal à l’individu?- Partons du groupe traditionnel, groupe élargi, composé par une pyramide avec au sommet un père, ou quelqu’un qui joue son rôle. Cette structure élargie existe encore mais elle s’est, pour une bonne part, effondrée. La dominante familiale devient, dans nombre de milieux, la famille nucléaire avec la mère, le père et l’enfant. Aujourd’hui, ce père lui-même est remis en question et l’individu devient en quête d’autres identifications. Soit dans la tradition, l’enfant devenant ainsi plus traditionnel que son propre père, soit dans le modèle occidental, mimant des attitudes et se coupant de la culture des siens. La véritable autorité consiste en une position, une attitude qui sécurise, soutient et représente la Loi avec ses effets. Lorsque cette autorité fait défaut, les attitudes violentes et répressives peuvent prendre le dessus. On s’en rend compte, justement, à travers les symptômes exprimés par des patients. On verra alors des individus souffrants, qui, ne pouvant formuler une révolte, vont exprimer une détresse. Celle-ci peut se faire par la voie de la somatisation au niveau du corps: ce sont des paroles qui ne se disent pas. Mais la souffrance peut emprunter d’autres voies: les fuites en avant vers l’aventure, les conduites à risque, les conduites d’échec… Toutes mettent à mal les potentialités des individus et compromettent leur avenir. - Que devient la mère?- On voit bien là aussi que quelque chose est en train de changer. Traditionnellement, la mère avait toute sa place à l’intérieur de la famille et pas à l’extérieur. Plus elle avait de place au sein de la famille et plus elle surinvestissait l’affect et le pouvoir qu’elle pouvait avoir sur son enfant. Pour preuve, la mère était plus forte lorsqu’elle avait un garçon, qui est lui, potentiellement porteur de l’autorité. Tout cela est en train de changer parce que la femme aujourd’hui s’exprime davantage, elle est présente dans le champ social à travers le travail, le champ associatif, voire politique... Et ce sont aussi les femmes que l’on voit plus dans les demandes de psychothérapie ou de psychanalyse, preuve qu’elles sont plus à même de se remettre en question que les hommes. - Les jeunes peuvent se sentir en rupture entre modernité et tradition? Comment le gère-t-on?- On parle beaucoup de déprime dans notre société. A mon avis, elle est moins importante aujourd’hui qu’hier. Comment font les jeunes pour s’en sortir? Je pense résolument qu’ils recourent à plusieurs types d’identités. Disons que pour un psychanalyste, les identités sont plurielles par le fait des identifications. Je m’explique. Prenons en exemple la jeune fille  dont la mère est traditionnelle et qui peut se situer tout à fait dans des pratiques anciennes, religieuses,... et celle qui, en même temps, a des pairs qui vivent autre chose et qui sont «dans le vent», comme on dit, en s’identifiant à d’autres types de coutumes, par exemple. Les deux attitudes peuvent coexister chez la même personne. Comment voulez-vous que les jeunes fassent? Ils sont confrontés à une pluralité d’identités et les identifications évoluent comme cela.- Alors ils sont sans cesse Sujets à compromis…- Les jeunes déconstruisent les traditions et en appellent au renouveau. Alors, s’ils réussissent une synthèse, c’est parfait ou presque. Ils peuvent aussi bien fêter l’Aïd que le réveillon, la Saint-Valentin, ou Halloween et parler deux ou plusieurs langues. Et à côté de cela, vous avez les extrêmes. Soit le retour complet à la tradition, soit, au contraire, la coupure avec les racines qui amène à quelque chose où il y a une perte. A ce moment-là, le refoulement devient si fort qu’ils peuvent se construire une nouvelle personnalité qui manque d’authenticité dans la mesure où elle s’est coupée d’une partie d’elle-même. Ceux qui réussissent le mieux, et vous en avez l’exemple dans la migration, ce sont ceux qui intègrent et les éléments de leur pays et ceux de leur pays d’accueil. Ils réussissent car ils restent eux-mêmes.


Psychanalyser au Maroc

«Il y a eu, dans les années 48, une introduction de cette discipline dans un milieu franco-français pour ainsi dire… Et qui n’est pas restée entièrement cloisonnée dans ce milieu puisque les praticiens français rencontraient des patients marocains. Puis il y a eu une période de silence dans les années 60, avec une pratique dans quelques cabinets seulement avant et après l’indépendance», raconte Jalil Bennani. Les années 70 marqueront une reprise, mais assez timide. Il faudra attendre les années 80 pour voir l’arrivée de psychanalystes marocains. En 2001, la Société psychanalytique marocaine a vu le jour. Son existence tient à deux facteurs, selon le praticien. Le premier est celui de la psychanalyse dite «en intention», pour reprendre le mot de Jacques Lacan, et se rapporte à l’espace privé de la cure. Le second est celui de la psychanalyse «en extension», c’est-à-dire celui de la psychanalyse dans l’espace public. Propos recueillis par Céline PERROTEY

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