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    Politique Internationale

    Saïd Naciri : "La rue est plus insolente que la scène"

    Par L'Economiste | Edition N°:192 Le 10/08/1995 | Partager

    Pour son second one man show, Saïd Naciri jette un regard acide sur la société. Son énergie produit sur scène d'assez miraculeux effets. Il a promis de "dire tout".


    - L'Economiste: Votre spectacle s'intitule "je dirai tout", mais avez-vous tout dit?
    - Saïd Naciri: Non, évidemment. En fait, il s'agit de marketing. Un artiste quel qu'il soit est avant tout un produit commercial sur la place artistique. Il fallait donc une accroche à mon spectacle et "je dirai tout", qui en est le titre et le thème, englobe que je dis tout haut ce que les gens pensent tout bas. Mais c'est aussi et surtout tous ces coups de froid dans les rapports des artistes avec nos deux chaînes de télévision. Lorsque vous appuyez sur le bouton du petit écran, vous voyez des hommes politiques et autres personnalités, les pleurnicheries des films égyptiens, mais pas d'artistes marocains. Sur le marché du rire, la télévision est absente. Elle doit nous ouvrir ses portes au lieu de nous bloquer.

    - Qu'est-ce que vous entendez par "nous bloquer"?
    - Je le redis, aujourd'hui, il y a un manque profond de comique propre à la télévision. Certains responsables nous disent que, de toutes les façons, vous avez besoin de nous. C'est sûr, face à l'absence de salles et de scènes pour nous accueillir. Certains responsables sont même allés jusqu'à me dire, à propos d'une émission que j'ai conçue avec d'autres personnes, que les "Marocains ne sont pas encore arrivés à ce stade d'humour tel que vous le montrez". Sur quels critères se basent-ils pour juger du niveau des spectateurs?
    Ce que je voudrais dire c'est que, dans la majorité des cas, surtout pour la chaîne privée, toutes les portes nous sont ouvertes par la direction générale qui est toujours à l'écoute, mais elles sont de l'autre côté fermées à un autre stade de la hiérarchie.
    La télévision doit aider les artistes au lieu de les faire fuir pour des histoires de sponsor qui a montré que l'artiste est devenu l'esclave d'un produit, d'une politique interne ou de grilles de programmes...

    - Quels sont finalement les messages que vous faites passer à travers vos spectacles?
    - Les fractures sociales. Nous sommes aujourd'hui arrivés à un stade où les gens ont oublié leurs principes et leurs valeurs. Je critique certaines situations et certains comportements fondés sur la seule satisfaction immédiate du désir. On réveille les gens par ce qu'on leur dit. Ce moyen de communiquer peut obliger à comprendre notre force et notre fragilité. Pour faire rire le public, il me faut coller à sa réalité, à ses préoccupations quotidiennes comme à l'actualité. Le comique garde un regard d'enfant sur le monde, émerveillé et critique. Son travail est de faire retrouver au public ce regard trop souvent perdu, le temps d'un spectacle. C'est tout cela le cur de mes messages. Je critique avec amour toutes ces choses, car je suis moi aussi concerné.

    - On vous reproche souvent d'être insolent.
    - Oui, c'est vrai, car j'ose dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Mon sketch sur le préservatif et le sida par exemple a suscité énormément de critiques, surtout de la part de personnes se disant religieuses. On me reproche d'être insolent, et je crois qu'il faut oser, car ce que l'on voit dans la rue est encore plus insolent. C'est ma manière de le dénoncer, à travers le rire.
    A la mort de Thierry Le Luron, François Mitterrand a dit que "le miroir où je voyais mes défauts s'est brisé". Coluche, par exemple, était insolent. D'ailleurs, dans mon dernier spectacle je me suis inspiré de son sketch sur les hommes politiques lorsqu'il dit "un pour tous et tous pourris".

    - Quelles sont vos sources d'inspiration?
    - La rue, mon entourage, de l'épicier au grand commerçant en passant par le gardien de voitures, mais aussi les journalistes. Ils font un peu le travail pour moi, et comme je lis beaucoup les journaux, j'y puise toutes les informations économiques, sociales, politiques et culturelles qui m'intéressent. Dans mon métier, le plus important est l'observation des gestes et des comportements. Mais il faut aussi savoir bien écouter.
    Je m'inspire également des grands comiques marocains, tels que Belkasse, Larbi Doghmi pour leurs jeux de scène, et des grands comiques étrangers dont Bill Cosby, Coluche ou encore Raymond Devos.

    - Qui est votre public?
    - Je n'aime pas beaucoup cette expression. Je n'ai pas de public exclusif. Lorsque je veux faire passer un message, chacun l'interprète à sa manière. Le plus important est de ne pas laisser les gens indifférents. Le public est une arme à double tranchant. Au début de chaque spectacle, son premier éclat de rire m'indique que le système est enclenché. Mais le tour n'est pas joué pour autant. Je dois trouver un rythme, aller vite, étonner, subjuguer. Le spectateur ne doit pas avoir le temps de réfléchir ou de s'ennuyer. Le public aime le comique qui prend pour cible un bouc émissaire, celui qui ridiculise. Le dosage est donc délicat. Le métier demande une perpétuelle remise en question: il y a des soirs où le public ne rit pas aux mêmes blagues. Il faut être attentif, toujours trouver des clefs nouvelles et improviser.

    Propos recueillis par Meriem OUDGHIRI



    Saïd Naciri, "ould derb"

    Né en 1960 à Derb Soltan à Casablanca, Saïd Naciri traîne son "savoir-faire rire" depuis son plus jeune âge.
    Dès l'enfance, il "bidonne" son entourage, ses copains de quartier, ses "ouled derb", et tourne en dérision même les choses les plus tristes.
    Il passe son bac à Casablanca avant de se rendre en 1980 aux USA pour un séjour de trois ans à Boston où il décroche un BBA (Bachelor of Business Administration). Il se rend ensuite en Belgique où il obtient un autre MBA et un BIS (Bachelor of Information System). De retour au Maroc en 1988, il est recruté par Marphocean du groupe OCP, puis la BMCI.
    Il met en orbite son premier one man show en 1992 et met en vedette l'actualité internationale, l'étude des murs, les chaînes de télévision... "Je dirai tout", son second one man show, est la continuation de cette étude des murs qui permet d'observer avec le même plaisir les phénomènes socio-culturels.
    En 1993, Saïd Naciri crée NT Culture, destinée à la production et à la promotion d'oeuvres artistiques. Il y a trois mois, il monte une agence de communication et de marketing: Hi Com. Enfin, il envisage la création à Casablanca d'un club café-théâtre.

    Meriem OUDGHIRI.

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