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International

Russie: Rapport d’étonnement

Par L'Economiste | Edition N°:2301 Le 20/06/2006 | Partager

. La presse très contrôlée. Les douanes russes sont vraiment bureaucratiques. Un don spécial pour les très grandes réunionsLes douanes russes ont vraiment les deux pieds dans le même sabot, comme disent les Canadiens! Le grand congrès de la presse mondiale, que la Russie a abrité début juin, a attendu ses documents et dépliants… jusqu’à la dernière minute, sans pouvoir les obtenir! Les douanes russes demandaient le paiement des droits, contre ce que prévoient les accords internationaux sur la circulation des documents commerciaux ou intellectuels. Ces accords stipulent que ce genre de pièces circule librement, tant qu’il n’appelle pas à la violence ou la haine et tant qu’il ne heurte pas la pudeur publique. Il y a quinze ans de cela, les douanes marocaines aussi étaient capables de ce genre de blocage, mais c’était il y a quinze ans. Et d’expérience, L’Economiste sait que ces chicanes, quand elles se produisaient, ne duraient pas plus de 48h!A Moscou, en 2006, le blocage a été complètement… bloqué. Si bien que le Congrès de la presse mondiale (pas bon pour la pub, ça!) a travaillé sans ses documents jusqu’au moment où nul n’en avait plus besoin: les douanes attendent toujours leur paiement… et doivent être bien encombrées de ces cartons devenus parfaitement inutiles.La Russie, grand pays de 144 millions d’habitants (280 si on compte tous les pays associés dans la CEI: Ukraine, Géorgie, Ouzbékistan, Kazakhstan…), est encore bien prise dans les vieux réflexes bureaucratiques. En réalité, il serait erroné de considérer que ces réflexes viennent de l’ère communiste, car ils sont bien antérieurs. Déjà du temps des tzars, les Russes n’avaient pas le droit de se déplacer d’une province à une autre, sans une kyrielle de tampons administratifs. La bureaucratie communiste s’était donc développée sur un terreau fertile, lequel n’a pas fini de produire toutes ses résurgences!Un journal vendu à Moscou ne peut pas être distribué sans autorisation dans la très jolie ville de Saint-Pétersbourg. Et inversement, fut-il une revue de sport, de télévision ou un vrai journal politique.Le pays a (encore?) un organe gouvernemental chargé de «surveiller la diffusion des matériels d’information qui pourraient nuire à la sécurité de l’Etat». C’est lui qui est intervenu pour interdire la publication des fameuses caricatures qui ont mis le feu au monde musulman. Parmi celles qui avaient publié quand même (par ignorance ou parce qu’elles l’ont fait avant la décision), quelques-unes ont été sanctionnées d’un procès et d’une amende, mais pas toutes. L’auteur de ces lignes n’a pas pu savoir pourquoi les sanctions ont été inégalement appliquées. Au moins un journal s’est sabordé… pour renaître sous un autre titre le lendemain. Mais pour la vérité, il faut dire que l’organe chargé de la surveillance de la presse n’intervient plus, depuis quelques années, ni à Moscou ni à Saint-Pétersbourg, les deux grandes villes de Russie, et n’intervient pas chez les pays associés. Seules les provinces russes sont objet de ses soins: peut-être la bureaucratie considère-t-elle que le danger pour l’Etat n’existe qu’en province!? A moins que ce soit dans les grandes villes que la revendication de liberté porte le plus ses fruits. Et pour eux, il était d’autant plus important que le Congrès de la presse mondiale se tienne sur leur sol… même si le commerce du papier est en général tenu par des hommes ou des femmes proches du pouvoir de Poutine. On n’est jamais trop prudent!En tout cas, la douane et la surveillance de la presse montrent les ombres et lumières d’une bureaucratie de moins en moins efficace, de moins en moins puissante parce qu’arc-boutée sur des règlements trop rigides pour s’appliquer.C’est avec un plaisir évident que les Moscovites prennent l’initiative de s’amuser, y compris des bêtises de leur bureaucratie.Ce plaisir de l’amusement est tout à fait remarquable chez ce peuple qui, néanmoins, est surpris de voir quelqu’un sourire: les Russes ne pensent pas à sourire quand on leur parle. Même les commerçants, pour commercer, n’en ont pas l’habitude. Et pourtant les dépliants touristiques, les guides de la ville… sont traités de manière imaginative et humoristique… pour «chasser la grisaille communiste», écrivent-ils. Donc les Russes rient, mais ne sourient pas. Les Moscovites ont certes un «champ des statues cassées» celles des anciennes «œuvres» communistes, mais ils n’ont pas détruit toute leur mémoire. D’abord, le parti communiste et quelques autres petites formations réclament toujours le retour, par les urnes, du vieux régime: démocratie oblige. Ensuite, les bâtiments ont été conservés en l’état jusque dans leurs décorations soviétiques: ici, en mosaïques, l’étoile rouge au-dessous de la faucille et du marteau; là, les emblèmes sculptées et peintes des républiques soviétiques… Mais ces grands bâtiments (où tout est un peu trop grand) rendent bien service car personne mieux que les communistes ne savaient organiser des grands rassemblements. Les Russes en ont gardé les compétences: les déjeuners, les déplacements, les réunions de 2.000 personnes ne sont pas un problème pour les organisateurs: ils pensent à tout: traduction simultanée, tablette pour écrire… jusque et y compris aux volées de jolies filles en casquettes et T-shirts rouges, qui servent de bergères au troupeau… Tout semble facile et simple, comme par enchantement, sauf pour les documents, restés définitivement coincés à la douane!


Une nation qui se suicide

La Russie n’est pas très peuplée face à son immensité géographique: sept/huit fuseaux horaires! Toute la CEI, et ses 280 millions d’habitants ne pèse pas autant que les Etats-Unis tout seuls. Mais il y a une différence plus fondamentale entre les deux: les Etats-Unis sont en expansion démographique, la Russie est en récession. Les associés de la CEI n’arrivent pas à compenser les pertes russes. On compte que la Russie perdra 60 millions d’habitants à la fin du siècle. Ce qui fera d’elle une puissance mineure, de la taille de l’Allemagne d’aujourd’hui. Démographiquement, la Russie est une nation qui se suicide.Le gouvernement ne réagit pas, sauf qu’il laisse entrer les étrangers et les «semi-étrangers» d’Asie centrale. Mais ce n’est pas suffisant pour barrer à la chute démographique. En revanche c’est suffisant pour alimenter des petites crises de xénophobie, lesquelles sont plus de la délinquance que des actes politisés; du moins pour l’instant.N. S.

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