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Enquête

Ressources humaines: "Le conflit est le véritable moteur des rapports sociaux"

René Gallissot, sociologue et directeur de l'Institut Maghreb-Europe à Paris

Par L'Economiste | Edition N°:512 Le 21/05/1999 | Partager

· La fuite en avant se produit quand l'action syndicale va au-delà de l'effet d'entraînement
· Les "travailleurs salariés" demeurent le fonds de réserve de l'action syndicale au Maroc
· L'intégration des organisations syndicales et politiques dans l'Etat produit le vieillissement de leurs leaders


- L'Economiste: Dans quelle mesure, selon vous, les syndicats sont-ils un moyen de régulation sociale?
- M. René Gallissot:
Dire que les syndicats doivent réguler le champ social, c'est se situer du côté de l'histoire travailliste et social-démocrate. Cette vision, qui s'est développée en Europe au début du 20ème siècle, est rigoureusement tripartite. Elle suppose une négociation sociale entre le patronat, les représentants de l'Etat et les syndicats comme représentants des travailleurs. Ce rôle de régulation sociale des syndicats vise d'ailleurs à les ériger en garant de la politique sociale dans le sens gouvernemental. En fait, ceci n'est qu'une conception parmi d'autres du rôle des syndicats.

- A quoi sert donc un syndicat?
- Les syndicats sont les agents porteurs des revendications des travailleurs dans la lutte sociale. Cette dernière s'opère à la fois contre le patronat et contre les modes de conservation et de stabilisation sociales pratiqués par le gouvernement.
Dès lors, il faut déterminer si l'on situe le syndicat du côté de l'intégration étatique ou plutôt du côté de la contestation. Il s'agit là de deux conceptions différentes du syndicalisme.

- Quel regard portez-vous sur l'histoire du syndicalisme marocain?
- Dans cette histoire, il faut distinguer entre deux périodes diamétralement opposées. La première est celle du Protectorat.
Au cours de cette période, il est indéniable que la part de la contestation sociale a été renforcée par la lutte nationale. Mais après l'Indépendance, la situation n'était plus la même. L'UMT est devenue la représentation corporatiste des travailleurs et M. Mahjoub Benseddik, le chef de la com- munauté de travail. Et là, il y a eu vraiment ce qu'on appelle en termes d'analyse socio-historique une forme d'intégration négative.

- Aujourd'hui, il existe un pluralisme syndical entraînant même une rivalité entre les trois centrales...
- La rivalité syndicale peut susciter une sorte d'activisme. Ce dernier peut justifier la fuite en avant entraînant ainsi le repli et le décrochage des bases syndicales dans le cas d'un échec de grève par exemple. Cela s'est produit à plusieurs reprises et même récemment.
Néanmoins, cette rivalité conduit à des moments de reprise. Tant et si bien que l'effet négatif de l'intégration dans l'establishment se trouve limité.

- Qu'entendez-vous par fuite en avant?
- C'est le cas par exemple du leader de l'UMT, M. Mahjoub Benseddik, qui a pratiqué la fuite en avant, soit pour devancer les autres organisations syndicales, soit pour forcer la main à l'action gouvernementale. En fait, le problème ne réside pas à ce niveau, puisqu'il s'agit ici d'un instrument de négociation et de manoeuvre. En revanche, le problème se pose à l'heure de l'évaluation. Cette prétendue action syndicale fait-elle partie d'une stratégie pour accroître la coupure avec les bases sociales? ou bien au contraire, engendre-t-elle un effet d'entraînement? La fuite en avant se produit lorsque l'action syndicale va au-delà de l'effet d'entraînement.

- Cela revient-il à dire qu'il n'existe plus d'action syndicale?
- L'action syndicale existe toujours. Néanmoins, elle correspond toujours à la part de salariat stable de la société marocaine. Autrement dit, à la partie garantie par une fonction "à statut". D'ailleurs, cette catégorie, du reste minoritaire, demeure encore le fonds de réserve de l'action syndicale lui donnant même parfois un caractère corporatif. En revanche, la partie majoritaire est constituée par des "prolétaires hors classe ouvrière" et hors du champ de l'action syndicale. Les justifications avancées par les syndicats sur les raisons de cette configuration peuvent être nombreuses. Toujours est-il qu'au début de ce siècle l'action syndicale mobilisait des masses très importantes de la société: des dockers par exemple qui n'avaient même pas de statut.

- Les agriculteurs aussi?
- A la place d'agriculteurs, j'utilise plutôt l'expression de Pierre Bourdieux les dépayasannés. Autrement dit, les personnes qui sont encore dans la campagne, mais dont l'activité et les revenus ne sont plus paysans. Les dépayasannés et les masses urbaines demeurent en dehors de l'action syndicale.

- Comment expliquez-vous le maintien des mêmes personnes à la tête des syndicats?
- C'est un problème que je trouve personnellement dramatique. En fait, l'intégration des syndicats dans l'Etat produit le vieillissement des leaders politiques et syndicaux. Ainsi, ces cadres deviennent au fur et à mesure les détenteurs d'une permanence de la gestion syndicale et politique. Ils ne sont donc plus révolutionnaires, mais plutôt des syndicalistes, partisans politiques et professionnels. Et le vieillissement continuera.
Beaucoup moins vieille en revanche, la jeune génération entre 15 et 25 ans demeure sans correspondants dans les organisations syndicales et politiques. Pourtant, ce sont eux qui constituent le centre de gravité de la question sociale.

Propos recueillis par Hassan BOUCHACHIA

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