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Courrier des Lecteurs

Reprise du Dollar: un feu de paille?

Par L'Economiste | Edition N°:16 Le 13/02/1992 | Partager

LA reprise du Dollar ne fut-elle qu'un feu de paille? Est-ce le "Come Back" du Mark sur la scène des changes? Ce sont les deux principales interrogations que l'on est en droit de se poser à l'issue de la semaine du 4 au 7 Février, pour comprendre les facteurs à l'origine des variations du Dirham par rapport aux devises composant notre échantillon d'observation, c'est-à-dire:
- d'une part, la dépréciation de notre monnaie vis-à-vis des devises européennes, en premier lieu, celles des deux côtés du Rhin (-0,51% et -0,43% respectivement contre le Mark et le Franc, -0,44% contre l'ECU) puis des devises latines (-0,36% contre la Pésète espagnole et -0,28% contre la Lire italienne), enfin la Livre Sterling (-0,26%)
- d'autre part la valorisation du Dirham vis-à-vis des devises des deux première puissances économiques mondiales (+2,08% contre le Yen, et +1,74% contre le Dollar) ainsi que du Rial (fixé au Dollar) et au Dinar tunisien (+0,05%), plus sensible aux variations du Billet Vert que notre monnaie.

Le Dollar et le chômage américain

1. Les chiffres de l'emploi aux Etats Unis étaient attendus par les marchés avec l'espoir qu'ils fondent réellement l'optimisme par rapport à une "sortie de crise" lequel se reflétait dans la reprise, depuis le début de 1992, du Billet Vert et dans le repli concomittant de la devise germanique. Or, quelle déception Vendredi 7 Février! Non seulement il n'y eut pas de créations d'emplois en Janvier outre-atlantique, mais on enregistrera des pertes de près de cent mille postes. "Un malheur n'arrivant jamais seul", même les "bons chiffres" du mois précédent furent révisés à la baisse: trois mille emplois seulement et non 31.000 comme annoncés précédemment virent le jour au cours du dernier mois de 1991, et dans le secteur des Services de surcroît. Les cours du Dollar s'en sont ressentis, puisque d'un Vendredi à l'autre le Dollar perd de -0,31% au Yen jusqu'à -2,92% au Mark allemand (-2,67% à l'ECU).

Visiblement donc, la reprise n'est pas encore "au coin de la rue", et les autres statistiques connues au cours de la même semaine ont, elles aussi, confirmé le message. Dans ces conditions, on comprend le Patron de la Réserve Fédérale, Alan Greenspan lorsque pressentant sans doute la teneur des chiffres de l'emploi de Vendredi, il déclare dès Lundi 3 Février que des baisses supplémentaires des taux d'intérêt américains ne doivent pas être exclues compte tenu des signes "décevants" de croissance économique, et ainsi contredit ses propos de la semaine précédente.
Un assouplissement supplémentaire de la politique monétaire américaine serait "pain béni" pour la Maison Blanche qui, en cette année d'éléctions présidentielles (en Novembre), s'inquiète de voir son Chef malmené dans les sondages et les mesures de relance économique que celui-ci a annoncés dans le discours sur l'Etat de l'Union, laisser la majorité des Américains de "marbre". A cet égard, un repli des taux des Fonds Fédéraux à 3,75% au cours des prochains jours sera d'autant plus probable que les signes d'une inflation maîtrisée seront connus. Cette évolution précipiterait le Dollar/Mark, compte tenu de l'élargissement du différentiel d'intérêts courts au delà du record de 5,5% vers les niveaux de DEM 1,50 dans un premier temps, puis selon que la baisse des taux est supérieure à un quart pour-cent, vers DEM 1,44, niveau le plus bas historiquement enregistré.

L'effet ketchup

Notre sentiment est, cependant, que la devise américaine limitera ses pertes car, convaincus qu'une nouvelle baisse des taux sera "la der (nière) des der" (sinon, les niveaux des taux réels seraient dangeureusement négatifs), les marchés rachèteront aussitôt le Dollar dans l'attente que "l'effet Ketchup" (déversement soudain et abondant du contenu) enfin se produise, c'est-à-dire que se multiplient, au terme des effets des stimulations monétaires précédentes (sur la consommation des ménages, sur l'investissement ...)
2. Il y avait deux lectures à l'accord salarial (6,4% de hausse des rémunérations dans la Sidérurgie) auquel sont parvenus le 3 Février Syndicats et Patronat allemands: (i) Ou bien, on considère que l'accord a évité une coûteuse grève (blocage de la production, de l'investissement, gonflement du chômage ...) et, en définitive, une grave crise de confiance dans le Mark; et l'on conclut alors que la Buba pourra au printemps prochain baisser sa garde à la faveur du ralentissement économique dans ce pays (à titre d'illustration, le taux de chômage connut en un mois, une forte progression de 6,5% à 7% . (ii) Ou bien, l'on redoute "un effet de contagion" de ces hausses salariales dans d'autres secteurs d'activité économique, et ainsi une aggravation des pressions inflationnistes en Allemagne, génératrice de nouveaux "tours de vis" monétaires, ou, à tout le moins - c'est notre anticipation pour les prochains mois - de statut quo sur les taux.

Vigueur du Mark

Les marchés ont, cette semaine, visiblement retenu la seconde interprétation, d'où la vigueur du Mark contre les principales devises, notamment contre le Dollar (+2,92%), et le Yen (+2,7% environ). Par rapport au Dirham, la devise germanique a engrangé 51 centimes en pourcentage et 21 vis-à-vis de l'ECU, son indice de TCE progressant de +0,8% d'un vendredi à l'autre. Il demeure la seule monnaie de notre échantillon dont le cours est inférieur à celui de fin Décembre 1991. Quant au Franc Français, auparavant dans le même cas, il a depuis dépassé -quoique de quelques centimes (+0,04%) - son niveau du 31 Décembre.
Qui dit Mark Fort, dit risques de tensions au sein du S.M.E.; au cours de la semaine sous revue, Pésète, Lire et Livre Sterling ont cédé environ 30 centimes (en %) à cette monnaie.
Néanmoins, elles ont toutes trois continué de s'apprécier par rapport au Dirham. Le rythme de leur progression fut logiquement moins soutenu que la semaine précédente (respectivement +0,36%, +0,28% et +0,26%), puisque leur repli face au Mark s'est tout de même accompagné d'une progression face au Dollar (+2,6% en moyenne).
C'est à la lumière de ces éléments (valorisation de toutes ses composantes en Dirham) qu'il faut interpréter la dépréciation de notre monnaie par rapport à l'ECU (+0,44% entre le 3 et le 7 Février et +0,50% depuis le début de l'année).
Pour conclure, nous indiquerons que si des signes tangibles de reprise demeurent toujours absents au Etats Unis (ce qui ne saurait durer en cette année électorale), la Réserve Fédérale ne pourra résister à un assouplissement supplémentaire de sa politique (surtout si les chiffres d'inflation dénotent une décélération des prix).
Ces évolutions seront préjudiciables alors - mais temporairement - à la tenue du Dollar (et, dans une moindre mesure, du Dirham par rapport aux monnaies européennes). Sinon, la devise américaine nous semble en "stand by" d'une reprise prochaine (à l'horizon de quelques semaines).

Brahim BENJELLOUN-TOUIMI


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