×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Le prix de L’Economiste pour la recherche en économie, gestion et droit
    Economie Internationale

    Règlements de comptes dans la haute finance italienne

    Par L'Economiste | Edition N°:523 Le 07/06/1999 | Partager

    · Les vieilles alliances se brisent comme du cristal, sous les coups de butoirs des restructurations industrielles

    Guerre des télécommunications, batailles bancaires, ça secoue rudement dans les sommets des organigrammes italiens. Antoine Bernheim, le nouvel ex-patron de Generali, n'a été que la première des victimes des tremblements de terre à répétition qui secouent depuis l'hiver le capitalisme italien. Appelé il y a trois ans par la banque milanaise Mediobanca, l'homme d'affaires français a été débarqué sans ménagement ce printemps par le conseil d'administration du groupe. Le nonagénaire Enrico Cuccia, fondateur de Mediobanca (qui contrôle 11,32% de Generali) accompagné de l'administrateur Vincenzo Maranghi lui avaient signifié que ses jours à la tête de la compagnie d'assurances étaient comptés. Automatiquement, cela signifiait la rupture d'une alliance cinquantenaire avec la banque d'affaires française Lazard. "C'est une trahison", s'est indigné Antoine Bernheim qui s'estimait à l'abri d'une telle révolution de palais, "j'avais tellement confiance en mes amis de Mediobanca (...) je ne m'attendais pas à tant d'ingratitude".
    D'autant que les chiffres parlaient en sa faveur. En trois ans de présidence, le montant des primes a doublé et la capitalisation boursière des Generali est passée de 30 à 75.000 milliards de Lires (390 milliards de DH, soit plus que le PIB du Maroc). Mais le conseil d'administration de Generali, pratiquement entièrement acquis à la cause de Mediobanca, a approuvé la défenestration d'Antoine Bernheim. Mediobanca ne se sentait en effet plus protégée, comme par le passé, par se lien avec Lazard. Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les deux instituts marchaient en parfait partenariat des deux côtés des Alpes.

    Jusqu'à ce que la toute-puissance de Mediobanca dans la Péninsule soit remise en cause par les restructurations dans le monde industriel, la modification du jeu politique transalpin et les bouleversements dans l'univers italien de la finance. Au crépuscule de sa vie, Enrico Cuccia voit ainsi son trône et son empire ébranlés. Or, les hommes de Lazard restent indifférents. Pis, ils se dissocient progressivement de la stratégie de l'institut milanais. Enrico Cuccia élabore un plan pour fusionner Comit et Banca di Roma, deux des principaux actionnaires de Mediobanca, de manière à blinder son pouvoir. Mais le secrétaire général Gerardo Braggiotti s'oppose à cette stratégie. Fin 1997, il est éloigné de l'entreprise et accueilli à bras ouverts chez Lazard qui lui confie la Direction du Développement en Europe et donc en Italie. Le divorce entre les deux anciens alliés devient patent. Alors que Mediobanca a piloté l'OPA d'Olivetti sur Telecom Italia, Lazard conseille la société convoitée.
    Quand, en avril dernier, la banque Unicredito propose une offre publique d'échange à la Comit, c'est encore une fois avec l'appui de Lazard.
    De partenaire, Lazard devient un concurrent pour Mediobanca. C'en est trop pour Enrico Cuccia qui décide de sacrifier Antoine Bernheim. "Je suis victime d'un règlement de compte", a constaté ce dernier, "ils me reprocheront d'avoir favorisé le passage de Braggiotti chez Lazard; ilscroient que je suis d'accord avec toutes les opérations bancaires souhaitées par Braggiotti, mais je ne suis plus qu'un associé chez Lazard, j'ai abandonné mes fonctions quand je suis devenu président des Generali pour éviter tout conflit d'intérêts". "Avoir eu sa peau, c'est bien la seule victoire que Mediobanca ait remportée depuis des mois", ironise un observateur à Milan, les analystes s'attendent désormais à une riposte de Lazard pour laver l'affront subi.

    Eric JOZSEF
    Syndication L'Economiste-Libération (France)

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc