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Politique Internationale

Recherche juridico-scientifique: A qui appartient cette molécule?

Par L'Economiste | Edition N°:524 Le 08/06/1999 | Partager

· La firme Genentech a-t-elle volé les travaux de l'Université de Californie?
· Le premier procès n'a rien prouvé, le deuxième est pour la fin du mois


C'est une histoire vraie digne d'un polar scientifique qui irrite fort les spécialistes des biotechnologies à travers la planète: vol de séquence d'ADN dans un labo, découverte majeure, mensonges et déchirements entre chercheurs et, bien sûr, des milliards de Dollars en jeu.
Au coeur du drame, l'un des pionniers mondiaux de la biotechnologie, l'Américain Genentech. Et le brevet sur son produit-phare: une hormone de croissance humaine découverte en 1979, utilisée pour le traitement des enfants atteints de nanisme. Problème: l'Université de Californie à San Francisco (UCSF) accuse Genentech de lui avoir volé le gène qui commande la production de cette hormone et donc d'utiliser frauduleusement son brevet.
La bataille judiciaire dure depuis neuf ans. Le premier procès s'est achevé le 2 juin: six semaines de débats et six jours de délibération n'ont pas permis aux jurés de trancher. Il faudra un autre procès pour prouver qui a réellement découvert cette hormone de croissance.
Le personnage central de cette rocambolesque affaire s'appelle Peter Seeburg. A 53 ans, cet Allemand spécialisé en biologie moléculaire est directeur de la recherche médicale à l'Institut Max-Planck de Heidelberg. Dans les années 70, il s'était rendu en Californie pour mener des recherches à l'UCSF. En 1978, c'est lui qui identifie pour l'Université, avec deux autres chercheurs, la séquence du gène de l'hormone de croissance. L'UCSF dépose immédiatement un brevet. Mais en novembre de cette année-là, Seeburg, qui ne s'entend plus avec son chef, quitte l'Université pour Genentech, fondée deux ans auparavant à San Francisco. La jeune entreprise s'attelle à un projet: utiliser le gène de l'hormone de croissance pour produire cette molécule thérapeutique en quantité industrielle.
Premier scandale: Peter Seeburg, dans la nuit du 31 décembre 1978, retourne à l'Université pour dérober des échantillons d'ADN. Il les dépose ensuite dans un réfrigérateur de Genentech, où ils seraient restés jusqu'en mai 1979 en dépit des demandes de l'Université pour les récupérer. Ce «vol» n'était pas secret, mais le fait pour Seeburg de l'avouer publiquement lors du procès a provoqué un grand émoi dans les milieux scientifiques aux Etats-Unis et en Allemagne.
D'autant que Peter Seeburg enfonce le clou et enfonce Genentech: il assure que lui et ses collègues de la firme de biotechnologie ont utilisé les échantillons pour leurs expériences et pour mettre au point l'hormone de croissance qui sera commercialisée, la protropine.
La découverte a marqué le début d'une envolée pour Genentech. L'Université de Californie a engagé des poursuites contre Genentech en 1990. Pour aboutir au procès qui s'est terminé la semaine dernière. Mais les jurés ne sont pas parvenus à trancher à l'unanimité. Une nouvelle procédure pourrait d'ailleurs commencer le 22 juin prochain. Si l'UCSF gagne, Peter Seeburg, de fait reconnu coinventeur du brevet, touchera des royalties, une belle somme en perspective. Mais peut-être dans vingt ans seulement...


Grâce à l'hormone de croissance, la rentabilité a grandi


Genentech (3.300 salariés), aujourd'hui filiale du groupe suisse Roche, est devenue l'un des plus beaux succès de la biotechnologie mondiale. Un chiffre d'affaires 1998 de 1,2 milliard de Dollars, un bénéfice de 182 millions de Dollars, soit une rentabilité nette de 16%. Mais doit-elle sa prospérité à un matériel qu'elle n'aurait pas dû avoir? L'Université de Californie s'estime lésée de 400 millions de Dollars et réclame avec les dommages 1,2 milliard de Dollars. Soit l'équivalent du chiffre d'affaires de Genentech!

Sylvie BRIET
Syndication L'Economiste-Libération (France)

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