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    RAM: Compression de personnel en douceur

    Par L'Economiste | Edition N°:193 Le 17/08/1995 | Partager

    Le tabou de la compression de personnel pour motif économique est levé par Royal Air Maroc, alors que le patronat demande "la flexibilité" du droit du travail pour cela. Plus de 200 personnes sont parties en douceur d'une compagnie qui ne peut plus faire le moindre faux pas.


    Une petite fête pour des licenciements économiques? Sur le fond, ce fut un peu cela quand Royal Air Maroc a donné récemment une réception en l'honneur des 211 "départs volontaires".
    Contrainte par son "plan de restructuration" à la compression de personnel, la compagnie s'est entourée de toutes les précautions, aucun faux pas ne lui étant plus pardonné. Elle a reçu plusieurs coups ces derniers mois et reste l'objet de tous les regards inquisiteurs.
    Pourtant, la diminution des effectifs est toujours une chirurgie passionnelle, entraînant parfois des conflits sociaux.
    Le personnel y voit une atteinte à sa sécurité et un abus de pouvoir, surtout que le marché du travail est étroit et qu'il n'y a pas d'assurance-chômage.
    Quant au patronat, il réclame, sous le grand principe de "flexibilité", le droit au licenciement collectif, à ce jour conditionné par une autorisation du gouverneur qui n'est jamais donnée. "Avec la libéralisation, une entreprise qui n'est plus protégée ne peut plus accorder une protection de l'emploi à ses salariés", répètent les patrons. Et la crise accentue la pression sur les frais de personnel.

    Des principes pour réussir


    C'est d'ailleurs dans la perspective de libéralisation de l'espace aérien que la RAM opère sa restructuration. "Il était important que tout se passe dans une ambiance de fête et non de drame", insiste M. Mohamed Benchekroun, directeur des Affaires Administratives et Sociales. Il explique que le système, assis sur des départs anticipés à la retraite, doit son succès à quelques principes.
    · Le volontariat: Il n'y a pas eu, contrairement à la pratique en Europe, de désignation des postes à supprimer. Il n'y a eu "ni contrainte ni pression", et les discussions avec les délégués du personnel étaient régulières.
    · Les conditions du départ ont été, dès le début, suffisamment "incitatives" pour éviter les négociations et les marchandages.
    · La même règle a été appliquée à tous les volontaires au départ pour ne jamais semer un sentiment d'injustice.
    · Ceux qui avaient des projets à l'extérieur ont été considérés "partenaires privilégiés". La RAM a cherché à créer de "nouveaux liens" avec ceux qui voulaient s'installer dans des activités annexes (fret ou voyages).
    Concrètement, l'incitation au départ n'a pas consisté en une "indemnité ponctuelle", qui aurait été une réelle indemnité de licenciement. Un système a été imaginé pour verser une compensation étalée dans le temps, à compter du jour de départ des 60 ans de l'agent, âge réglementaire de la retraite.

    Rappelons que la CIMR (auquel le personnel de la RAM adhère) peut verser une pension à partir de 50 ans, mais avec un abattement. Ainsi, par exemple, un salarié qui a accumulé un certain nombre de points pour toucher 1.000DH à 60 ans, peut partir à 50 ans avec 400DH (40%), à 51 ans avec 470DH (47%) et avec 930DH (93%) à 59 ans.
    Il y a des coefficients d'anticipation définis par le règlement intérieur. La retraite est réduite quand l'agent part avant 60 ans.
    Aussi, la RAM a-t-elle imaginé un complément à cette "retraite anticipée"(1).
    L'agent qui part perçoit un revenu égal à ce qu'aurait été sa pension CIMR s'il avait eu 60 ans.
    C'est en définitive une retraite complémentaire interne qui est créée. Elle est financée par des cotisations calculées sur les salaires, mais prises en charge par la compagnie.
    Un calcul actuariel avec projection sur 20 ans a été réalisé: "Il s'est avéré moins coûteux que la retraite CIMR à 55 ans, sans anticipation", affirme-t-on à la RAM, pour un effectif de 5.500 personnes dont la moyenne d'âge se situe entre 37 et 38 ans.
    En plus de cette "retraite complémentaire", une allocation est versée jusqu'à 60 ans, en fonction de l'ancienneté dans la compagnie. Elle est calculée de sorte que la pension CIMR, la retraite complémentaire RAM et l'allocation ne dépassent pas 60% du salaire net actuel.

    Organisation allégée


    Toutes ces formules actuelles compliquées vont naturellement générer des coûts, car elles portent sur 211 personnes dont 71 cadres au sol et 15 du personnel navigant. Mais la RAM s'y retrouve: elle a investi pour récupérer.
    L'opération lancée le 20 avril et fermée le 15 juin a abouti à une réduction de 5,53% de l'effectif, de 3,77% de la masse salariale en 1995, de 6,16% en 1996, sans compter les gains qualitatifs d'une organisation allégée. Par fonction, l'allégement va de 3 à 8%, et il s'en est suivi un redéploiement du personnel avec programmes de formation à la clef. D'autres formules ont été proposées au personnel comme le congé sans solde ou le travail à mi-temps. "Cette formule est l'avenir, car beaucoup de postes de travail ne sont occupés que 4 ou 5 heures, notamment l'embarquement". Tous les recrutements sont bloqués. Ceci n'est qu'une première opération et la compagnie voudrait marquer "une pause", faire le point par direction, calculer les ratios par fonction, avant d'en lancer éventuellement une autre.
    A force d'offrir des incitations au départ alléchantes, la RAM risquait des départs massifs. Surtout que le principe était de ne refuser aucune demande. L'hémorragie n'a pas eu lieu, l'état du marché du travail et le prestige de la compagnie aidant.

    Khalid BELYAZID



    Effectifs et productivité


    La compression du personnel n'a rien à avoir avec tous les malheurs de l'année passée de la RAM: crash de l'ATR, attaque de l'hôtel Atlas Asni, ou limogeage de M. Mekouar.
    Une étude menée par un cabinet avait tout simplement révélé une faible productivité eu égard aux effectifs.
    Les coûts de la tonne transportée ou du siège, ramenés au kilomètre parcouru, sont supérieurs aux coûts de compagnies similaires par la taille comme TAP (Portugal) ou Olympic Airways (Grèce).
    L'analyse est affinée par fonction: pilotes, techniciens, commerciaux, et toujours ramenée à la concurrence.
    Les dirigeants de la compagnie assurent qu'ils étaient arrivés au sureffectif par laxisme dans le recrutement.
    Pourtant, la RAM attirait naturellement les candidatures offrant le prestige du métier aéronautique, la stabilité du "public" et quelques avantages annexes, dont le fameux "GP" qui permet de voyager quasi-gratuitement. La compagnie a certainement été l'objet "d'interventions".

    Mais le directeur des Affaires Sociales rappelle que des concours étaient organisés pour les agents d'exécution et de maîtrise et que les cadres étaient filtrés par 3 comités en fonction d'un besoin et d'un profil déterminés.
    Le problème est qu'il se passe trois ans entre le moment du recrutement et la formation d'un technicien par exemple. Entre-temps, la conjoncture s'est retournée. Ce sont la guerre du Golfe et le marasme du tourisme qui ont compromis la croissance et amené les calculs et réflexions sur le premier poste de dépenses, les frais de personnel, qui représente près de 25% du chiffre d'affaires.
    S'il faut agir sur la masse salariale pour rester compétitif, il faut rester vigilant sur la motivation; c'est pourquoi, pour ceux qui restent, l'action sociale sur les loisirs, la protection sociale et surtout le logement ont dû être accélérés parallèlement à la compression du personnel.

    Khalid BELYAZID

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