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    Politique Internationale

    "Penser autrement" : L'héritage du philosophe Michel Foucault

    Par L'Economiste | Edition N°:58 Le 17/12/1992 | Partager

    Michel Foucault a-t-il été parmi les instigateurs intellectuels de l'action contestataire de en France et, à ce titre, est-il dépassé, à renvoyer aux oubliettes du passé? Pourquoi s'est-il laissé entraîner par les mouvements passionnels de son environnement jusqu'à être fasciné (provisoirement) par la révolution islamique iranienne à ses débuts, soutenir Israël en 1967 (tout en protégeant ses étudiants tunisiens poursuivis à Tunis pour les manifestations antisionnistes? Etait-il homme politique sans le dire, lui dont la pensée tourne autour de l'analyse des pouvoirs? Etait-il de gauche, pour avoir adhéré de 1947 à 1950 au Parti Communiste? De droite, pour avoir collaboré à la Réforme Fouchet de l'enseignement? Opportuniste, pour se laisser ensuite emporter par la vague contestataire de 1968 à partir de Septembre, puisqu'il était absent auparavant?

    Afin de répondre à ces questions multiples, Didier Eribon, journaliste au Nouvel Observateur, a fouillé les archives et rencontré les témoins de la vie de Michel Foucault (1926-1984). Il se trouvait aussi, mi-Novembre, au Centre Culturel Français de Casablanca, pour y présenter le livre qui s'en est suivi (Michel Foucault), sorti chez Flammarion en 1989, où il retrace l'itinéraire humain et intellectuel du philosophe, et répondre aux interrogations des participants, dans un dialogue de haut niveau.

    Professeur au Collège de France, Michel Foucault a été aussi un militant, en particulier des Droits de l'Homme et des prisonniers. Penseur lucide et original, il s'inscrit dans la ligne de la vie intellectuelle et universitaire des années 60 pour laquelle la pensée est active (non passivement contemplative) et s'exerce comme un pouvoir sur les choses. Instrumentale, elle se poursuit dans l'action, efface les limites du savoir, s'ancre dans la vie individuelle et collective. D'où l'engagement spontané de Foucault en faveur des marginaux (minorités culturelles, ethniques, sexuelles..., prisonniers...), son acharnement à "penser autrement". La connaissance n'est pas répétition mais "égarement": elle fait "erreur", trouver des voies inconnues, changer quand cela s'avère nécessaire, au prix parfois inévitable de l'erreur. L'itinéraire de Foucault est celui d'un intellectuel à part entière ne se retranchant pas derrière des certitudes. Parti de son opposition à la carrière médicale, il fait l'histoire de la médecine à travers la psychiatrie. Philosophe et historien, passionné de littérature, de poésie, de musique, ouvert à toute nouveauté, il pratique l'analyse avec une intelligence fulgrante et rigoureuse. Il traque les pouvoirs - dont le pouvoir politique n'est qu'un élément - pour les élucider et en dénoncer les abus. Quelques grands titres jalonnent son oeuvre: L'histoire de la folie (1961) sans cesse remaniée, Les mots et les choses (qui lui valut sa renommée à partir de 1966), Surveiller et punir (1975), L'histoire de la sexualité (1976 et 1984) dont le dernier volume, presque terminé au moment de sa mort, ne sera pas publié de sitôt en raison de son souhait de ne pas faire paraître d'oeuvre posthume. Signe peut-être de la grande solitude intellectuelle de Michel Foucault, et de sa crainte (ou de sa certitude) de ne plus pouvoir défendre ou poursuivre une oeuvre méconnue, qu'il considérait lui-même comme une.

    L'approche de Didier Eribon ne s'ajoute pas seulement aux autres textes écrits sur le philosophe. Il apporte des données nouvelles tirées de notes et archives, et surtout un esprit différent. Son amitié et son estime profondes pour Foucault, qu'il a connu, lui rendent l'hommage de ne pas le mythifier mais de dessiner sans complaisance, dans sa vérité parfois énigmatique et contradictoire, un homme et un intellectuel qui fut toujours "hors frontières", au-delà des images, des étiquettes et des lieux qui l'enfermaient, mais continue à hanter la recherche intellectuelle à laquelle il a fourni non des théories mais des instruments de travail essentiels.

    Thérèse BENJELLOUN

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