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"Le Maroc doit se présenter comme une porte sur les marchés voisins"

Par L'Economiste | Edition N°:623 Le 25/10/1999 | Partager


· Robert Marro, responsable américain chargé des Relations Commerciales avec la zone Afrique, Proche-Orient et Asie du Sud, s'exprime sur les opportunités d'investissement de cette région

- L'Economiste: Depuis votre nomination à la tête de la région Afrique, Proche-Orient et Asie du Sud, quels sont les problèmes que vous avez rencontrés?

- M. Robert Marro: Pour les régions de l'Afrique et du Moyen-Orient, j'estime que vous avez le potentiel nécessaire pour vous développer. Vous disposez d'une grande variété de ressources, vous avez une infrastructure remarquablement développée, vous n'avez pas de problèmes de surpeuplement et vous n'avez pas une absence totale de développement comme dans les autres régions. Cela dit, pour les investisseurs américains, vous avez un avenir très prometteur et de grandes opportunités d'investissement. Au Maroc par exemple, en dépit de tous vos problèmes d'infrastructure, vous avez un potentiel humain hautement qualifié: plusieurs d'entre vous ont été formés en Europe ou aux Etats-Unis et détiennent les diplômes des grandes écoles internationales. C'est pourquoi les Américains sont plutôt confiants pour investir dans votre pays.

- Mais il y a aussi un taux élevé d'analphabétisme. Pensez-vous que cela constitue un handicap pour les Américains?
- C'est un handicap. Mais vous avez aussi 50% de personnes instruites. Nous avons donc de grandes chances pour réussir dans notre mission.

- Lors de la dernière conférence de Casablanca, qui a eu lieu en 1994, il était évident que la région Moyen-Orient/Afrique du Nord disposait de l'argent et des ressources nécessaires, mais rien ne s'est passé depuis lors.
- Peut-être qu'à cette époque, vous n'étiez pas tout à fait disposés à changer. Mais aujourd'hui, il y a eu tellement de mutations. Vous avez un nouveau Roi au Maroc, un nouveau Roi en Jordanie, un nouveau gouvernement en Israël. Il y a une reconnaissance mondiale que la région est en train de subir de grands changements. Les anciens systèmes deviennent obsolètes et il est temps que la nouvelle génération prenne la relève. Le temps est peut-être arrivé pour ajuster vos structures à la nouvelle donne mondiale. Même les pays du Golfe ne comptent plus sur leurs ressources pétrolières. Vous avez besoin d'asseoir de meilleures bases pour le développement. A présent, vous avez l'opportunité, vous avez la reconnaissance des autres pays et vous avez la possibilité d'utiliser cela pour aboutir au progrès. Si vous aviez tenu compte de toutes ces données lors de la Conférence de Casablanca, votre économie aurait certainement prospéré aujourd'hui.

- Quel est l'avantage du Maroc sur les autres pays du Maghreb?
- Je pense qu'au Maroc, vous avez un secteur privé nettement mieux développé qu'en Algérie. Vous avez une population plus importante et une superficie plus étendue que celle de la Tunisie. En termes de leadership, vous êtes le pays le plus disposé au changement. Vous avez un nouveau gouvernement, vos villes sont plus grandes, vous avez un meilleur potentiel humain. Autrement dit, des gens qui ont poursuivi leurs études à l'étranger et qui sont habitués à gérer des affaires de taille. Vous êtes tout à fait en position de faire un pas de géant dans le processus de développement. En Algérie, le bilan des deux dernières années est très négatif. La violence a largement endommagé l'économie du pays. Mais depuis que le Président Bouteflika a accédé au pouvoir, il y a un effort considérable pour mettre fin à ce processus et faire renaître le secteur privé. D'ici là, l'Algérie connaîtra sans doute un développement stagnant d'au moins 10 ans, voire plus. Votre pays est donc nettement mieux placé pour entretenir des relations commerciales avec les entreprises occidentales.

- Qu'elle est votre appréciation sur les relations commerciales entre le Maroc et les Etats-Unis?
- Pour nous, le Maroc est un petit marché. Ce que nous essayons de faire, c'est d'encourager les entreprises américaines à considérer votre pays non pas comme un marché unique, mais comme une porte qui donne sur les marchés des pays avoisinants, notamment le Maghreb et l'Afrique. Nous effectuons un seul voyage à travers lequel nous essayons de couvrir trois ou quatre régions à la fois. Les opérateurs américains sont plutôt motivés à l'idée de conquérir plusieurs marchés porteurs en même temps.

- Et de notre côté, quelle est la meilleure manière pour conquérir le marché américain?
- Notre rôle n'est pas de vous empêcher de vendre plus aux Etats-Unis. Si vous réussissez à le faire, tant mieux pour vous.
Prenez l'exemple de la Chine. En 1980, les relations commerciales entre nos deux pays étaient très limitées. Mais aujourd'hui, la Chine compte parmi nos plus grands exportateurs. En fait, les Chinois tentent sans cesse de s'infiltrer dans le marché américain et créer diverses opportunités d'investissement. Or, le problème qui se pose actuellement, c'est que ce pays exporte beaucoup et son marché est fermé à un certain nombre de produits et services américains. Nous avons l'habitude d'être très ouvert, et si le Maroc essaie de créer plus d'opportunités sur le marché américain, il n'y a aucune raison pour s'y opposer. Mais cela ne tient qu'à vous et vous devez prendre les bonnes mesures pour y arriver.

- Quel est à votre avis le potentiel d'investissement au Maroc? Quels sont les secteurs les plus porteurs?
- Le Maroc est un pays plein d'opportunités d'investissement et ce, dans de nombreux secteurs. Notre rôle n'est pas d'orienter les entreprises vers tel ou tel secteur, mais de les aider à prendre les meilleures décisions d'investissement. S'ils veulent vendre ou exporter, nous avons élaboré un certain nombre de programmes pour les aider à y arriver. Ce qui est sûr cependant, c'est que la plupart des investisseurs américains ont plus besoin de savoir si les conditions d'investissement sont favorables que d'être orientés sur les secteurs les plus porteurs de votre pays.

- Quel est l'intérêt du commerce extérieur pour l'économie américaine en croissance?
- Lorsque j'ai débuté ma carrière il y a 20 ans, nombre d'entreprises américaines ne voyaient pas l'intérêt d'opérer des transactions avec les pays étrangers. Pour elles, le marché américain est largement autosuffisant. Aujourd'hui, de plus en plus d'entreprises s'orientent vers la globalisation. Ce qui est national devient international. Notre position en tant que première force exportatrice nous a permis de maintenir notre position en tant que leaders de l'économie mondiale.

- Mais vous avez la meilleure économie mondiale, la meilleure finance, la meilleure technologie. Pourquoi alors chercher à devenir global?
- Il y a quelques années, les Russes étaient les seuls concurrents directs des Américains, mais aujourd'hui d'autres pays sont entrés en jeu. A l'instant même où vous devenez moins vigilants, vous risquez de faire face à la concurrence d'autres pays. L'industrie automobile américaine est un excellent exemple à ce propos. Après avoir occupé la position de leader sur le marché des voitures pendant plusieurs décennies, les entreprises américaines se sont tout d'un coup retrouvées dans une situation assez embarrassante, face à la forte concurrence du Japon, de la Corée et des autres pays européens. Pour venir à bout de ce problème, elles ont dû prendre une série de mesures et réévaluer les besoins de leurs clients, dans l'espoir de faire renaître le secteur de l'industrie automobile. Autrement dit, vous avez besoin d'être globale pour survivre et maintenir votre position.

Propos recueillis par
Khalid BELYAZID
& Majda BENKIRANE

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