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    Economie Internationale

    "90% des fraudes viennent des Etats membres et non de Bruxelles"

    Manuel Marin, commissaire européen

    Par L'Economiste | Edition N°:441 Le 11/02/1999 | Partager

    Dans l'oeil du cyclone européen, Manuel Marin répond aux accusations de fraudes et dénonce une campagne de discrédit orchestrée par ses collègues du Nord de l'Europe, principalement l'Allemagne.

    - L'Economiste: Des fraudes et irrégularités ont été dénoncées dans les programmes dont vous avez la responsabilité?

    - M. Manuel Marin: Effectivement. La première affaire concerne le programme MED, mis en place il y a neuf ans, soit avant que j'en ai eu la responsabilité, et qui n'a, contrairement à ce qu'on a dit dans la presse, rien à voir avec la Conférence de Barcelone et les projets MEDA. Dans l'affaire MED, il y a eu conflit d'intérêt entre les sociétés chargées de développer le programme et la Commission. Dès que la Cour des Comptes m'a avisé, en octobre 1995 qu'il y avait un problème, j'ai aussitôt suspendu le programme. Les entreprises ont été virées et l'une d'entre elles a même été envoyée devant la Cour de Justice de Turin. Le programme a été assaini. Le Parlement a, à l'époque, applaudi ma décision et donné le feu vert pour relancer un nouveau programme. L'autre affaire concerne le dossier ECHO. Au mois d'août 1993, en pleine guerre de Yougoslavie, un fonctionnaire déloyal a profité d'une période de vacances pour s'attribuer des contrats en son bénéfice. Bien évidemment, ce fonctionnaire n'a pas averti ses supérieurs... Donc nous avons mis cinq années à détecter la fraude. Qu'avons-nous fait alors? Renvoyer le fonctionnaire devant le Parquet du Luxembourg. Je pense que ma réaction a été correcte. En aucun cas, je n'ai eu connaissance, ni évidemment n'ai consenti ces fraudes.

    - La Commission devrait-elle être plus vigilante? Le Parlement a-t-il raison de la rappeler à l'ordre?
    - Comme dans toute administration nationale, régionale et locale, il y a des abus. En ce moment précis où nous parlons, je suis incapable de savoir exactement ce qui se passe dans les 60 pays et les 1.400 projets que je gère au nom de la Commission dans le monde. Il y a inévitablement une relation de confiance qui doit s'établir avec les responsables. Ceci dit, quand il y a fraude, le commissaire doit être jugé sur sa capacité à corriger les erreurs et non seulement sur le fait qu'il y a eu des irrégularités dans son service. Le Parlement a raison de faire pression pour que les choses s'améliorent, mais il ne doit pas tomber dans le piège des amalgames.

    - Si la fraude est inévitable, pourquoi la Commission n'est-elle pas plus vigilante, plus sévère et plus rapide pour sanctionner les fautifs?
    - Nous agissons, 1.304 enquêtes sont actuellement en cours. Mais la Commission n'a pas toute la capacité de contrôle. Ceux qui la détiennent aussi, ce sont les Etats membres. Or, c'est là que, d'après la Cour des Comptes, 90% des fraudes sont réalisées....Pourquoi, au lieu de s'attaquer aux commissaires, ne demande-t-on jamais la démission du ministre des Finances ou de l'Agriculture?

    - Pourquoi les abus ne sont-ils pas poursuivis au niveau des Etats membres?
    - Silence, silence (...) Il y a trop d'intérêts en jeu, j'imagine.... Or, il faudrait profiter de cette période de réformes pour établir une fois pour toutes des règles claires... Car nous aussi, à la Commission, nous subissons des pressions. Le cas de la Palestine est très clair à ce sujet. Nous avons dit et répété qu'il y avait de la corruption dans l'entourage de Arafat et que nous ne pouvions donc plus donner de fonds. Nous avons alors été critiqués: des ministres des Affaires Etrangères d'Etats membres nous ont demandé de ne pas avoir une approche bureaucratique, mais politique, qu'il fallait aider le processus de paix et soutenir l'OLP et Arafat comme interlocuteurs face aux Israéliens... Ce que nous avons fait. Mais cette décision s'inscrit clairement en dehors du cadre financier strict. Quel ministre oserait aujourd'hui rappeler son implication dans ce choix?

    - Vous sentez-vous seul en ce moment de crise?
    - Quand on a des problèmes, on est toujours seul. Pourtant, je ne pense avoir rien fait de mal. J'ai pu me tromper, mais j'ai assumé mes responsabilités: j'ai suspendu et sanctionné les auteurs des fraudes. C'est là-dessus que l'on doit me juger.

    - Cela ne semble pas suffisant pour certains euro-députés qui exigeaient votre démission. A travers vous, vos détracteurs cherchent-ils autre chose?
    - Au sein de la Commission, je représente les fonds structurels, de cohésion, la politique de solidarité... Lors des prochains débats sur le budget communautaire, dans deux mois, vous verrez comme toute cette affaire va servir de prétexte et d'argument à ceux qui veulent réduire le budget communautaire et leur contribution à celui-ci. Qui? Je ne veux pas en parler, mais les discours des dirigeants de Bavière, par exemple, sont très significatifs!


    Marin dans l'oeil du cyclone


    Interviewé à Bruxelles, en janvier, Manuel Marin, vice-président de la Commission, en charge des Relations de l'UE avec les pays du Sud de la Méditerranée, rappelle que 90% de la fraude a lieu dans les Etats membres et plaide pour plus d'humilité de la part de la Commission. Des recommandations qui ont fini par être entendues, puisque le Parlement européen, à l'issue d'une tumultueuse session, n'a pas appuyé la demande de destitution des trois commissaires mis en cause, Manuel Marin, Edith Cresson et le président Jacques Santer. Une équipe d'experts a été désignée pour éclaircir, une fois pour toutes, les responsabilités de chacun. La crise reste latente.

    De notre correspondante à Madrid, Pascale BOURGAUX

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