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    A qui profite le tissage du tapis?

    Par L'Economiste | Edition N°:2785 Le 27/05/2008 | Partager

    . Les tisseuses de Taznacht veulent investir la commer-cialisation . Les coopératives féminines, structures salutaires... si soutien existeA 26 ans, Fatima Raji, tisseuse de la région de Taznakht, ne veut pas subir le même mode de vie de sa mère. Convaincue qu’elle n’y trouvera pas la véritable contrepartie de son effort artistique, elle n’emprunte plus le chemin du souk pour vendre son tapis. Elle profite, en effet, de la première édition du Festival du tapis ouawzguiti qui s’est déroulé le week-end dernier à Taznakht (90 km d’Ouarzazate), pour faire montre de son savoir. Elle et sa famille ont une certaine idée de l’alternative. Grâce à une heureuse rencontre avec la sociologue Fatema Mernissi, elle commence à vendre ses tapis à leur juste valeur. Son nom figure déjà au répertoire d’artistes naïves que parraine l’écrivaine marocaine, telles que Regraguia et Fatima Malal. «Je ne vais jamais au souk car cela fait mal au cœur de voir des chefs-d’oeuvre joliment tissés cédés pour des miettes», dit-elle. Que faire donc pour répondre à la question de la commercialisation qui se pose avec acuité par les autres femmes du village? L’idée qui fait son chemin depuis un bon bout de temps est de se structurer en coopérative... féminine cette fois. A Taz-nakht qui compte une dizaine de milliers d’habitants, il existe certes déjà six coopératives féminines si l’on regarde du côté de leurs documents administratifs,mais masculine au niveau de leur gestion! La mainmise des hommes sur ces structures n’est pas la seule tare du circuit du tapis, puisque les tisseuses se plaignent également d’une économie du bazar qui exploite leurs efforts en leur offrant des miettes contre des tapis qui se vendent après à Marrakech, Casablanca ou Tanger à 20 ou 40.000 DH la pièce. «Vous consacrez deux mois à un joli tapis Ouawzguiti, et une fois achevé, les bazaristes vous l’achètent à 2.000 voire, 3.000 DH maximum, pour le revendre ailleurs à des prix exorbitants», confient deux membres de la coopérative Titrit pour le tapis et le développement. Ce que les femmes évitent de dire ouvertement, c’est qu’elles se trouvent souvent obligées de vendre à des prix très bas pour pouvoir satisfaire les besoins de base d’une vie quotidienne assez difficile. En attendant la constitution d’une coopérative, la famille Raji a entrepris l’ouverture d’une galerie où elle accueille non seulement les produits de la famille, mais aussi ceux des autres femmes. Il y a une année et demie, la galerie a ouvert ses portes avec 22 tapis, elle en est actuellement riche de plus de 120. La particularité de la galerie Raji est que ce sont les tisseuses qui décident de la valeur pécuniaire de leurs tapis. «Les femmes font l’objet d’une exploitation double. D’abord des hommes qui leur sont proches au cas où ces derniers s’occupent de la gestion. Ensuite des bazaristes en tant qu’intermédiaires entre l’artisan et le consommateur, raflant au passage des gains substantiels», estime une source de la délégation d’artisanat à Ouarzazate. Selon des professionnels, la baisse de la qualité du tapis ouawzguiti est une question récurrente. Pour les non-avertis, rien n’est plus utile qu’une expérience pratique pour distinguer les tapis tissés à base d’une laine naturelle, comme celle issue de Timehdit ou de Sirwa (Ouarzazate), ou ceux faits à l’aide de fil synthétique. Il suffit, en effet, de brûler un petit bout, et si le résidu est une poudre, c’est bel et bien de la laine naturelle. L’esprit mercantiliste qui gagne du terrain ne mâche pas ses mots: «Un tapis tissé à base de laine naturelle demande assez de temps, nécessite des fonds pour se procurer la laine, mais trouve rarement ses acheteurs, ce qui impose ainsi le recours aux tapis tissés à base de fil synthétique», affirme un jeune de la tribu d’Aït Ougharda. Son stand au village du tapis, installé à l’occasion du festival, comprend quelques rares bijoux de la région, des tapis qui remontent aux années 50 et 60. Les prix affichés varient entre 300 et 400.000 DH, renseignent d’ailleurs sur la valeur artistique et artisanale des tapis exposés. Certes, les femmes qui peuvent tisser de tels tapis existent encore, mais le marché ne peut plus les accueillir. «A quoi cela va servir qu’une femme perde quatre mois pour tisser un tapis qui n’est bon qu’à garder dans un musée», explique une jeune tisseuse de la commune rurale de Wiselsat. Entre la qualité du produit de terroir et le fait de subvenir aux besoins de la famille, les villageoises de Taznakht préfèrent vivre seulement. Mais, les initiateurs du festival entendent revivifier d’anciennes pratiques dans le cadre de coopératives qui auront la tâche de valoriser le tapis ouawzguiti et chercher par la suite des débouchés à leurs produits. Une mission difficile certes, mais pas impossible, dans la mesure où la négociation directe avec les commerçants des grandes villes pourra déjà booster les prix de vente. Le festival qui n’est encore qu’à sa première édition, est ainsi l’un des moyens de promotion de ce produit. Le défilé de chars montrant les quatre étapes de la confection d’un tapis naturel reste l’un des moments forts de ce rendez-vous qui est appelé à se développer davantage. Quant aux responsables du ministère de l’artisanat, le circuit économique devrait certainement être pleinement investi pour pouvoir revaloriser un produit de terroir qui rappelle l’histoire et la civilisation, mais qui est également une source de revenu pour les villageoises. De notre correspondant à Ouarzazate, Ali Rachdi

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