×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Tribune

    Questions d'un citoyen au seuil de l'alternance

    Par L'Economiste | Edition N°:152 Le 03/11/1994 | Partager

    par Hassan ALAMI*

    Un gouvernement issu de l'ancienne opposition est annoncé. Commentaires d'un membre de la "société civile" sur la légitimité des partis, des syndicats, qui s'inquiète du flou des programmes.

    Nous sommes à la veille de la constitution d'un nouveau gouvernement. Cet événement - il s'entend - ne peut concerner la seule classe politique, mais l'ensemble de la société. Et c'est en tant que témoin intéressé, soucieux de ce qui se passe dans son pays, que je me permets ici d'interpeller nos futurs gouvernants sur des questions qui ne peuvent demeurer sans réponses, ici et maintenant, si l'on veut que l'expérience projetée gagne l'épreuve du temps, comme tout le monde semble l'appeler de ses voeux.

    Elle aura été, après une longue gestation, le dénouement d'une situation qui tint en haleine l'ensemble des forces vives du pays depuis le début de cette décennie.

    Elle aura été surtout le couronnement d'un processus où se sont mêlés des messages politiques dosés et réfléchis et des événements d'une grande signification.

    Partant de la prolongation (en 1990) de deux années de l'ancienne législature, en passant par la motion de censure contre le gouvernement Laraki la constitution de la Koutla, la réforme constitutionnelle, les élections communales, la constitution de l'Entente, pour aboutir enfin à l'actuelle assemblée, le pays aura vécu des moments intenses qui attestent, tous, de la vitalité de ses institutions.

    Autant cette période fut riche en événements et rebondissements, autant elle donne la mesure de l'immense responsabilité des hommes qui seront en charge d'opérer ce passage vers un gouvernement plus conforme à l'esprit de la constitution.

    Ce gouvernement passera obligatoirement par la constitution d'une coalition, le choix annoncé ayant été fait dans le camp où l'arithmétique est la plus difficile.

    Face à cette nouvelle donne. qui appellera certainement dosages, alliances et compositions savantes, les questions qui seront posées ici ne manqueront pas d'étonner par leur simplicité.

    Mais cette simplicité n'est rien d'autre qu'une exigence de clarté, tant il est vrai que les citoyens que nous sommes ne veulent plus s'adonner à l'exercice des lectures à plusieurs degrés.

    Ces questions que nous nous permettons de poser se situent à plusieurs nouveaux:

    - Politiquements les hommes pressentis devront être capables de se conduire en véritables hommes d'Etat, dans le sens où, face à des situations difficiles, ils doivent transcender les considérations partisanes et les exigences de clientélisme.

    - L'admiration des gens de notre génération pour nos aînés, les hommes et les femmes qui ont fait de ce pays ce qu'il est et l'ont mené vers l'Indépendance sous la conduite de Feu Sa Majesté Mohammed V et de Sa Majesté Hassan II, est totale.

    Cela étant, le Manifeste de l'Indépendance remonte à un demi-siècle, plus même que la durée du Protectorat. et la classe d'âge appelée à s'inscrire cette année sur nos listes électorales est composée de jeunes gens et de jeunes filles nés après la marche verte.

    Sortir d 'une époque

    On devrait normalement être sorti d'une époque où l'engagement nationaliste, fondement d'une légitimité historique indiscutable, permettait à lui seul de faire l'économie d'un programme.

    Seul un projet moderne inspiré des réalités concrètes du pays, peut mobiliser toutes les élites nouvelles qui se tiennent, malheureusement encore, à l'écart de la vie publique, et qui continuent à bouder l'engagement politique .

    - Une autre restriction mentale doit être évacuée, c'est la manière simpliste de fonder le débat actuel sur l'idée que, face aux difficultés conjoncturelles, on ferait appel à l'opposition pour la confondre ou la de mystifier. Cela semble peu Sérieux. Si l'on considère toute la persévérance et la volonté inébranlable d'aller de l'avant de Sa Majesté le Roi, dans un contexte économique difficile, et dans un environnement international incertain. Le propre de la politique étant la gestion des hommes. ce type de raisonnement consisterait à réduire le pays à une espèce de laboratoire où l'on s'adonnerait à toute forme d'expérimentation.

    On serait mal venu de le supposer, d'autant plus que le Maroc est un Etat structuré, ancré dans l'Histoire. engagé depuis l'Indépendance dans une entreprise d'édification fondée sur des choix stratégiques claires sous la direction de son Souverain.

    Bien plus. les efforts consentis sur plusieurs fronts commencent à donner leurs fruits, aussi bien sur les plans intérieur qu'extérieur.

    Il semble même que le pays est en train de cueillit les dividendes de la politique suivie.

    Sur le plan économique, les questions pourraient fuser. Nous nous contenterons d'en poser quelques-unes à partir d'une simple lecture de la situation.

    - Qu'en sera-t-il de la rigueur et du déficit budgétaire?
    - Aura-t-on recours aux bonnes vieilles recettes de l'inflation ?
    - Comment peut-on concilier l'appel au renforcement de l'économie planifiée et l'encouragement de l'Etat, et qu'en adviendra-t-il de la politique de privatisation déjà bien engagée ?
    - Donner la priorité à l'homme marocain signifie-t-il que l'on revienne sur la politique d'ouverture?

    La marge de la démagogie

    Les hommes pressentis savent, comme nous, que sur ce terrain là la marge de la démagogie est des plus étroites, et l'économie, aujourd'hui plus que jamais, demeure le monde de la rigueur et de la transparence.

    Sur le plan social, quand on a chevauché durant de nombreuses années le déficit social en matière d'emplois, d'éducation, de logement et de santé, il n'est pas aisé, le moment venu, de changer de discours pour épouser des dispositions plus proches du réalisme.

    Comment résorber un taux de chômage et d'analphabétisme qui malheureusement battent des records dont on se serait bien passé?

    Le plein-emploi ne se décrètent pas, ce ne seront pas les instruments de la Loi de Finances qui risqueraient de résorber le chômage. Comment réformer un système éducatif sur lequel un dialogue franc et transparent n'a pu s'engager malgré les exhortations solennelles et les professions de foi des uns et des autres. Les simples citoyens que nous sommes n'avions pas compris les réserves calculées lors de la réunion de la commission nationale sur la réforme de l'enseignement.

    Autonomie syndicale

    Comment résoudre le dilemme entre le maintien de la gratuité d'un système de santé et le coût d'une politique de santé alliant performance et équité. Les contours de la notion de service public doivent être clairement délimités, le coût doit en être chiffré. Car, c'est de l'élasticité en la matière que se nourrit la démagogie.

    Comment résorber l'immense déficit en matière de logements et juguler les menaces d'une urbanisation sauvage ?

    Il serait simpliste et injuste d'ignorer les efforts de réflexion et ce réalisation accomplis à ce jour pour faire face à ces défis. Comme il serait puérile de croire que des équipes nouvelles face à ces mêmes défis puissent présenter des recettes qui échapperaient aux contraintes du temps. Dans ce domaine particulièrement. les problèmes ne peuvent trouver de solutions significatives que dans la durée. Qu'en sera-t-il enfin du dialogue social''

    Les organisations syndicales assez remuantes lors de cette période verront-elles leurs voeux exhaussés ou bien apprendront-elles à leurs dépens que le syndicalisme n'était, en l'occurrence, qu'un simple instrument au service de la tactique politicienne?

    Garderont-elles suffisamment de moyens de pression pour répondre aux attentes de leurs troupes ou bien apprendront-elles dans l'amertume la dure leçon de l'autonomie syndicale?

    Au-delà du dialogue, l'enjeu de taille qui se profile pour les années à venir porte sur l'impératif de concilier les droits acquis, un minimum de protection sociale et les nécessités d'ouverture et d'insertion dans un espace économique de plus en plus ouvert, où la concurrence est de plus en plus acerbe.

    Comment respecter les normes sociales internationales tout en maintenant les avantages comparatifs d'une économie émergente?

    Autant de questions qui interpelleront l'ensemble des acteurs sociaux et face auxquelles les futurs gouvernants assumeront une responsabilité particulière, celle d'établir les garde-fous contre les dérives et les dérapages. Le simple citoyen qui s'est permis d'interpeller le changement alors qu'il est dans sa phase prénatanale sait qu'il risque de s'exposer au regard hautain des professionnels de la politique.

    Le sens civique justifie de courir ce risque, conforté au moins d'une certitude, c'est que le temps de la langue de bois est révolu et que les défis et les urgences ne permettent plus de se payer le luxe de l'ambiguïté. Etant convaincu que le changement étant lui-même générateur de progrès, soutenir l'alternance ne signifie pas cependant qu'il faille être complaisant jusqu'à faire l'impasse sur les vraies questions.

    Tout comme le fait de poser les questions avec " impertinence " ne peut signifier en aucun cas l'expression d'une certaine nostalgie des anciennes équipes. Disons tout simplement que c'est une attitude civique dictée par un optimisme vigilant et par l'humilité d un Marocain attentif et serein.

    * Expert-comptable, directeur du Cabinet Manay Maroc, il est aussi président de la Compagnie des Experts-Comptables du Maroc.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc