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Quel avenir pour le tourisme en baie du Souss-Massa-Drâa? Les trois paradoxes récurrents
Par Philippe Alléau, consultant (Agadir)

Par L'Economiste | Edition N°:1429 Le 03/01/2003 | Partager

Agadir est toujours à la recherche d'une vision stratégique pour son développement futur, et après maintes tergiversations concernant son positionnement, il semblerait que la voie actuelle s'oriente vers l'écotourisme. Rien de révolutionnaire ici, si ce n'est le changement à 180 degrés de ceux en charge de réfléchir au devenir d'Agadir, qui jusqu'à maintenant privilégiaient une évolution orientée sous le triptyque “soleil, mer et plage”.La prise en compte d'une vision régionale du développement fait toujours défaut, malgré une nécessaire diversification des produits qui passera par une mise en réseau de sites à vocation touristique. Vendre uniquement le soleil et la mer est se condamner au déclin.. Qui sont et seront nos visiteurs?L'absence criante de banques de données sur le profil des visiteurs étrangers est un frein à toute réflexion relative à l'analyse de l'offre de produits en direction de ces clientèles. Il faut cependant signaler une enquête réalisée au niveau de l'aéroport d'Agadir programmée en …(!!) décembre 2001, et dont les résultats sont largement à relativiser, compte tenu des événements du 11 septembre.Empiriquement, on connaît ces touristes du balnéaire, venant se concentrer tout au long des rivages du bassin méditerranéen: voyageurs en quête de soleil et adeptes de packages promotionnels. Ce type de marché est très aléatoire, étant donné d'une part, de la concurrence directe de l'ensemble des stations balnéaires du pourtour méditerranéen (inclus les îles Canaries et l'Espagne) et d'autre part, de la faible marge bénéficiaire générée, obligeant à des investissements considérables (nombre de lits) pour réaliser des profits d'échelle.On observe, malgré cela, que les investissements concernant les projets Founty I, II, Marina et Taghazout sont concentrés sur le littoral, avec un positionnement encore une fois balnéaire, et dont les coûts en immobilisation (foncier, bâtiments, revêtements, décoration, mobiliers…) sont disproportionnés en regards aux profils et attentes des clientèles potentielles. Les stratégies de profit escomptées, de type “volume”, cherchant à accroître les économies d'échelle sur les phases amont des processus de production (commercialisation, achats matières et fournitures) restent totalement dépendantes du flux tendu des arrivées touristiques. Or, la conjoncture actuelle va peut-être remettre en question les flux migratoires du tourisme de masse vers le balnéaire. De plus, il semble évident que les grands complexes hôteliers seraient amenés à investir dans de coûteux systèmes de sécurité, pas nécessairement efficaces contre les attentats, mais plutôt pour réduire le montant de leurs primes d'assurance en responsabilité civile.. Prospectives de marchéQuant aux clientèles à l'horizon 2010, on sait pour le marché européen, qui est le principal émetteur vers le Maroc, que le gros des troupes sera constitué de seniors, c'est-à-dire de plus de 55 ans. Ceux-ci représentent actuellement plus de 100 millions de personnes en Europe, bénéficiant d'un pouvoir d'achat confortable, d'un bon état général de santé, de mobilité et curieuses d'expériences nouvelles, comme les voyages en pays et cultures étrangers. Le paradoxe de ce marché du 3e âge, qui semble cohérent, est en réalité très segmenté, du fait des critères d'âge, de sexe et de condition physique, des goûts en matière de loisirs et des revenus. La clé du succès pour les opérateurs touristiques sera de savoir reconnaître la diversité de cette demande et de vendre des produits sur mesure. On comprend dès à présent que les opérateurs touristiques existants seront obligés de faire de gros efforts pour répondre à ce type de demande. Il s'agira de fournir des prestations en termes de qualité de services, d'animation, d'excursions, de restauration, qui prendront en compte les caractéristiques de ces différents publics. Enfin, il ne faudra pas sous-estimer le déficit d'image en termes d'attractivité commerciale que susciteront les pays musulmans, face à la nouvelle donne terroriste. Il est clair que ces derniers devront offrir davantage de garanties que toute autre destination, sachant que les seniors (qui représentent les marchés à séduire) sont beaucoup plus attentifs aux notions de sécurité et de risques que les autres catégories d'âge.Les espoirs de développement se tournent vers l'écotourisme, la région bénéficiant d'atouts naturels attractifs et diversifiés. C'est dans ce sens que l'adhésion au Club des plus belles baies du monde pouvait apporter à la région une dimension territoriale et non plus limitée à l'espace littoral. En outre, raisonner en termes de produits sur un ensemble de territoires diversifiés (aussi bien sur le plan physique que culturel) et accessibles dans un rayon de 150 km autour d'Agadir, définie un positionnement marketing performant, dans la mesure où il se démarque d'une offre balnéaire excessivement concurrentielle. Durant trop longtemps, cet aspect n'a pas véritablement été mis en avant au niveau de la politique de promotion locale et régionale en direction des marchés émetteurs. Il semblerait maintenant que le pas soit franchi: espérons que ce ne soit pas un effet de mode.. Quels produits et quels territoires?Le tourisme vert est devenu en Europe une tendance lourde, dont il faut relativiser la capacité de transfert dans le Souss-Massa Drâa, pour trois raisons principales.Tout d'abord, on ne peut pas faire du tourisme de qualité sans qualité de l'environnement. C'est un principe de base sur lequel les clientèles ont non seulement été sensibilisées durablement dans leur propre pays, mais ont parfaitement intégré cette notion en tant que critère fondamental de sélection du séjour. Les politiques environnementales sont à l'heure actuelle embryonnaires, faute de priorités et de ressources.Deuxièmement, si certaines pratiques comme la randonnée se développent fortement, au travers de marchés notamment scandinaves et français, ces produits attirent des clients situés sur des segments de bon niveau socioculturel. La faisabilité d'excursions à base de randonnées est réelle, en particulier dans la région d'Immouzer, qui présente de nombreux circuits, mais l'absence d'intérêt de la part des opérateurs concernés et des guides compétents pour ce type de produit fest cruelle.Enfin, en matière d'infrastructures d'hébergement (gîte rural ou gîte d'étapes) et de ressources humaines, c'est le désert. Ce qui signifie que pour développer et désenclaver certains territoires, cela nécessite une concentration capitalistique. Une forte amorce d'argent public permettrait de diminuer le montant des investissements privés à rentabiliser et serait une manière d'inciter des projets. Mais on constate que pour le moment, ces incitations publiques concernent uniquement le littoral, notamment via la Sonaba. De plus, la privatisation totale est impossible puisque les investissements ne sont qu'exceptionnellement rentables.. Professionnaliser l'offreLe développement du tourisme rural est à la croisée de l'économique et de l'aménagement du territoire, dans une configuration où l'arsenal législatif, juridique et financier, non seulement est à créer, mais se révèle complexe à mettre en oeuvre. La volonté politique est déterminante (en fixant une loi-cadre par exemple) mais celle-ci est absorbée par d'autres priorités .En tout état de cause, l'offre actuelle en direction de sites à dominante rurale est largement insuffisante, peu diversifiée et souffre d'anachronisme. Il serait opportun de “toiletter” (c'est un euphémisme) les excursions d'une demi ou d'une journée, afin qu'elles correspondent aux attentes des différents publics et soient davantage professionnalisées. Il y a là un réservoir important de produits que l'on peut décliner, en fonction de la diversité des sites (Immouzer, les régions de Taroudant, Massa, Imsouane, les Aït Baha…), des catégories socioculturelles, d'âges et des liens avec d'autres sites de proximité. Des initiatives micro locales se développent, ainsi que l'on peut le constater tout au long de la “route du miel”, mais avec une qualité de services qui laisse à désirer. . Avec qui voulons-nous collaborer? C'est le point crucial du développement futur. Les compétences mises en pratique déterminent la qualité du service offert. C'est dire combien ce secteur est particulièrement dépendant du bassin d'emploi régional et des organismes de formation initiale et professionnelle.D'ici à 2006 (sauf remise en question des programmes), sur les seuls projets Founty I, II et Marina, ce seront près de 6.000 emplois à créer! Les établissements existants peinent déjà à fournir les ressources humaines demandées et des phénomènes de “vases communicants”, générés par des turn-over de cadres d'unités existantes, se développent. La grande difficulté de former des professionnels du tourisme, que se soit dans l'hôtellerie ou ailleurs, réside non pas dans les connaissances techniques à transmettre, mais davantage dans la pédagogie de l'ébauche d'un comportement, d'un profil psychologique. Sans entrer dans les détails des aspects cognitifs du concept de compétences, dans les métiers de service en particulier, l'important est la capacité à mettre en oeuvre ce que l'on sait et à s'adapter aux imprévus. En d'autres termes, former ne suffit pas, il faut surtout insérer professionnellement, puis former sur le tas et accompagner l'évolution du candidat: c'est le principe ancien de l'apprentissage qui prévaut. Cependant, cette méthode ne sera efficace qu'à une condition fondamentale: être capable d'évaluer les résultats obtenus afin de piloter le développement des personnes au sein de leurs services. Sans évaluation, pas de vision des ressources humaines, donc le degré zéro en termes de performances.On aura compris que l'enjeu du secteur ne réside pas tant dans la seule capacité à produire des lauréats, mais plutôt dans la capacité des unités d'accueil à les évaluer et à valoriser le parcours de chacun, employés, middle management et responsables de département. Il s'agit là tout simplement d'une révolution culturelle ou de management, d'autant plus attisée par les incertitudes des prévisions des marchés touristiques. Ce chantier a démarré, et c'est maintenant que les énergies doivent être solidaires pour relever ce challenge, qui reste une belle aventure.

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