×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Politique

Quand 4% des voix vous donnent le pouvoir…
Par Amin Bennouna, professeur à l'Université Cadi Ayyad, Marrakech

Par L'Economiste | Edition N°:1621 Le 13/10/2003 | Partager

Humain trop humain, dirait Nietzsche. Avec le recul de ces quelques semaines sur les résultats de nos élections communales, on mesure bien l'appétit de pouvoir, à l'état brut, de l'homme. A l'état brut, car les budgets de campagne personnels, tels que colportés par “radiotrottoir”, sont sans commune mesure avec ce qu'un élu pourrait attendre matériellement en retour de son élection. Dans l'affaire, seuls seraient “gagnants” les élus ayant de très gros intérêts directement liés aux décisions communales, ou ceux qui envisageraient d'utiliser les élections comme un tremplin vers une “assurance impunité” contre un passé trouble.Le pouvoir individuel sort grand vainqueur de ces élections locales car malgré des résultats, en pourcentage par parti, sans surprise majeure à l'échelle nationale, on a pu voir:- Au niveau des communes concernées par le scrutin uninominal, des centaines de succès ou de défaites locales qui ont surpris;- Au niveau des communes concernées par le scrutin par liste, un ordre de candidature plus souvent dicté par les notabilités locales que par les volontés politiques nationales;- Au niveau de l'ensemble du pays, la très dense “navigation” de candidats d'un parti vers un autre, parfois antagoniste.. L'individu peut détruire l'institutionCeci a crûment mis en lumière la prédominance des individualités et/ou du pouvoir financier sur les programmes ou alliances politiques et a souvent mené à des élections de présidents ou maires violant l'arithmétique élémentaire et les règles du politiquement attendu.Par presse interposée, beaucoup se sont lancés dans des débats:- Sur une prétendue “déliquescence” de l'échiquier politique, qui n'est pas à l'ordre du jour dans la mesure où les partis semblent encore tenir leur cap, au moins en termes idéologiques ou de choix sociétal;- Sur l'incapacité des partis à encadrer la vie politique (dont le local n'est que l'une des composantes), qui n'est en fait que la conséquence d'un code électoral inapproprié.A l'heure où les alliances politiques stratégiques n'ont pu encore s'installer durablement, nous ne pouvions nous permettre le “luxe” de la proportionnelle qui mène à la balkanisation de l'échiquier politique par la création de nouveaux partis suscitée par des “chefs” malheureux dans leur groupe et assurés d'un minimum d'assise par le scrutin à un tour.A l'heure où la base sociale des élus doit être élargie pour que les représentants élus des citoyens se substituent légitimement et progressivement au Makhzen, nous ne pouvions nous permettre le ridicule usage du scrutin à un seul tour qui, arithmétiquement, porte un élu avec moins de 4% des voix (100 voix réparties sur 28 partis).La soif de pouvoir individuel a toujours accompagné l'homme dans son histoire; et l'un des points communs des constitutions démocratiques du monde entier est de canaliser cette soif vers une synthèse de groupe. Avec le recul, on a bien l'impression que la mise en place de la loi électorale a vu, non l'usuelle confrontation entre les intérêts des différents partis, mais bien une lutte invisible entre les institutions dépositaires des pouvoirs collectifs que sont les partis et les tenants du pouvoir individuel, eux-mêmes issus des premiers. Connaissant maintenant le vainqueur de cette bataille, tant au niveau de l'amont (loi électorale) qu'au niveau de l'aval (résultats), il s'agit maintenant de faire machine arrière:- de cesser de se poser les questions “pourquoi Untel a-t-il usé de tel subterfuge pour se faire élire” ou bien encore “comment Untel a-t-il désobéi aux consignes de son parti”;- de s'attaquer aux racines du mal, c'est-à-dire la loi électorale qui a laissé d'énormes marges de manoeuvre favorisant l'expression de notabilités au détriment des intérêts des groupes que représentent les partis.. Pas de risques liberticides Conceptuellement, ceci n'est pas liberticide dans la mesure où il est dans l'intérêt objectif des citoyens de se grouper pour mieux faire entendre leurs opinions et défendre leurs intérêts, quitte à faire des concessions sur le plan individuel. C'est plutôt le manque de vigilance vis-à-vis des limites de certaines libertés individuelles qui ouvre grand à l'homo-potentis d'assouvir son appétit de pouvoir et qui fait le lit des autocraties. Le problème étant que les individualités sont sorties triomphantes dans une élection où, justement, les pouvoirs des élus ont été largement étendus. Tant pis pour les partis qui, dans l'ensemble, paient leur vue trop courte.La démocratie naissante s'instaurant dans notre pays impose de repenser, encore une fois hélas, un code électoral complètement inapproprié. Au chapitre des leçons tirées, il faudrait:- Implanter une technique de vote empêchant quiconque de prouver pour qui il a voté (la “créativité” de certains dépasse les limites de l'entendement), au moins tant que pauvreté matérielle et misère intellectuelle sont loin d'être éradiquées,- Sans complexe postcolonial déplacé, asseoir un scrutin majoritaire à deux tours, qui impose à l'avance la réflexion et la mise en place des alliances futures de façon transparente, au moins tant que des pratiques d'alliances politiques stables ne sont pas acquises dans le pays.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc