×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

International

Proche-Orient: «N’importons pas le conflit»
Entretien avec l’historien Yakov Rabkin

Par L'Economiste | Edition N°:1795 Le 22/06/2004 | Partager

Yakov Rabkin est historien à l’Université de Montréal à Québec. Chercheur dans l’histoire juive contemporaine et l’histoire des sciences, il publie bon nombre d’articles au Canada et en Israël sur la question. Il a étudié le judaïsme auprès de plusieurs rabbins au Canada, en France et en Israël. Il milite pour la création d’un Etat démocratique entre le Jourdain et la mer, qui rassemble tout le monde. Son livre «Au nom de la Torah, une histoire de l’opposition juive au sionisme» (voir ci-contre) vient de paraître. Après une tournée au Canada et en France, il était au Maroc du 6 au 16 juin (Casablanca, Fès, Marrakech, Rabat). A noter que seule une cinquantaine d’exemplaires ont été importés du Canada à la demande de la librairie Carrefour des Livres. D’autres exemplaires devraient être disponibles dans les mois qui viennent. - L’Economiste: Pourquoi avoir choisi le Maroc précisément pour faire la promotion de votre ouvrage?- Yakov Rabkin: Le Maroc est un pays francophone et arabe. Je suis très lié aux Juifs marocains. Des amis m’en ont souvent parlé. Puis je ne vois pas un autre pays où la société est suffisamment ouverte. Ici, on peut prendre un certain recul, lire et réfléchir. Je pense que c’est actuellement le seul pays qui soit dans cette position.- Quels sont les échos que vous avez eus de cette tournée? Comment les gens ont-ils reçu ce livre?- Lorsque j’ai fait le lancement à la Fnac de Strasbourg, l’Association des travailleurs maghrébins m’a invité à intervenir. Déjà, l’intérêt était là. Et j’ai été très bien reçu. C’était la même chose à Casablanca malgré le fait que certaines personnes dans les cercles juifs m’aient dit que ce n’était pas la peine d’étaler ces choses-là, qu’elles pouvaient être utilisées pour «taper sur les Juifs». Mais ce livre est destiné à un large public.Et puis, ce n’était pas du tout le cas ni à Strasbourg, ni à Casablanca. L’auditoire était très attentif. Ils étaient très contents de voir qu’il y a un judaïsme différent de ce qu’ils voient à la télévision. J’ai trouvé une mine de renseignements qui remet les pendules à l’heure que j’ai exploitée pour cet ouvrage. Je préfère mettre en relief les éléments historiques et que les gens fassent leur propre conclusion.- Pourquoi est-ce que cette opposition juive au sionisme est-elle silencieuse? Pourquoi n’est-elle pas représentée au niveau du gouvernement israélien par exemple?- Ces gens-là sont fondamentalement opposés à l’Etat d’Israël. Ils ne le reconnaissent pas. Bien qu’ils aient des représentants à la Knesset. C’est vrai, c’est paradoxal. Ils vivent en Israël, mais ne prononcent jamais le terme «médinat Israël» (Etat d’Israël), mais «Terre d’Israël». Ils prennent une distance par rapport au système. La plupart de ces Haredim sont passifs.- Comment évolue cette résistance passive? Est-elle toujours aussi minoritaire?- Il y a une tendance claire de l’évolution de résistance, mais elle réside dans la démographie. Cette population a une croissance démographique 3, 4 fois plus élevée que celle des autres populations. Les familles ont en moyenne 10, 12 enfants. Ces gens-là sont une minorité, mais cela ne veut pas dire marginal.Quand je discutais avec eux à Jérusalem, je leur demandais pourquoi est-ce qu’ils restaient en Israël. Ils me répondaient: «On était ici sous les Ottomans, sous les Britanniques, et on va être là après les sionistes». Ils se sentent en exil. Mais l’exil théologique n’a rien à voir avec l’exil géographique. Le projet sioniste est une matérialisation de concepts théologiques. Et il n’y a rien de plus dangereux que de mettre sur terre des concepts théologiques, cela crée des distorsions dont nous connaissons les conséquences aujourd’hui. - Pourtant Israël dépense beaucoup pour sa sécurité...- Que peuvent faire même des armes nucléaires, contre un bus qui explose? L’Etat d’Israël peut défendre son territoire, mais pas sa population.Pas de solution hors la transformation d’Israël- Quels sont les objectifs de votre ouvrage? Quels messages véhicule-t-il?- Aujourd’hui, ni vous ni moi ne pouvons résoudre ce conflit au Proche-Orient. Mais ce que nous pouvons faire, c’est de ne pas importer le conflit là où nous sommes. Il faut donc renforcer nos liens d’amitié et de convivialité. Et si un jour au Proche-Orient, la paix est réellement envisageable, on pourra exporter nos expériences et nos valeurs là-bas. Il ne faut pas tomber dans le piège de cette haine. Le deuxième objectif de ce livre est de rassurer les Juifs: ne pas confondre la politique avec la continuité juive.- A votre avis, vers quoi se dirige-t-on au Proche-Orient?- Sincèrement, je ne vois pas d’issue. Soit on se dirige vers la catastrophe, soit vers la transformation politique de l’Etat d’Israël pour créer un Etat différent. -Pour Yakov Rabkin, rien n’est plus dangereux que de mettre sur terre des concepts théologiques comme l’a fait l’Etat d’Israël. La structure de l’Etat d’Israël est le premier obstacle à la résolution du conflit au Proche-Orient, dit-il. Avec beaucoup d’humilité, il ne prétend pas proposer des solutions à la résolution du conflit, mais il recommande d’éviter d’importer chez soi le conflit du Proche-Orient. Ce qui est en train de se produire dans bon nombre de contrées-Propos recueillis par Mouna KADIRI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc