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Proche-Orient: Des pourparlers de paix peut-être prometteurs!
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:3352 Le 01/09/2010 | Partager

Israël et l’Autorité palestinienne sont convenus d’engager des pourparlers de paix. Ceux-ci, après vingt mois de blocage, débuteront demain jeudi 2 septembre à Washington. Saluées aux Etats-Unis comme un succès de leur diplomatie, ces conversations ne suscitent guère l’enthousiasme. Avigdor Liberman, ministre israélien des Affaires étrangères, les a largement brocardées tandis qu’Ismail Haniyeh, leader du Hamas, les qualifiait, le 26 août, d’ «absurdes». Pour lui, «les négociateurs palestiniens n’ont aucun mandat pour abandonner Jérusalem», «aucune concession territoriale n’est imaginable alors que tant de militants sont en prison, souffrent dans leur chair ou sont tombés pour défendre la Palestine». Difficile de commencer plus mal! Difficile de croire à la réussite de cette énième tentative quand tant d’autres ont déjà échoué. La rencontre de Washington n’a d’ailleurs été voulue ni par les Palestiniens, ni par les Israéliens. Si l’on doit causer, c’est parce que Barack Obama l’a voulu et que nul n’a envie de le mécontenter. Mahmoud Abbas est venu contraint et forcé car il se trouve en position de faiblesse, faute de pouvoir contrôler Gaza. Benyamin Netanyahou est sans doute plus à l’aise. Pourtant, avec un gouvernement le plus à droite jamais vu en Israël, la marge de manœuvre de l’Etat hébreu semble plutôt limitée. Cependant, l’espoir est là, pas aussi fou, pas autant décalé, pas aussi naïf que d’aucuns le pensent. Des atouts existent. Des compromis sont possibles. Surtout la situation générale paraît quelque peu modifiée. A tel point qu’un accord est imaginable.Les atouts sont ceux du Premier ministre d’Israël. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont renoncé au gel intégral de la colonisation en prélude à la relance du dialogue. Ceci améliore la position de M. Netanyahou au regard de son opinion. Pour aboutir à de fructueux compromis, le chef du gouvernement israélien, comme le notait Le Monde du 19 août, peut s’appuyer sur «une opinion plutôt apathique, une opposition quasi inexistante, des partenaires pour l’instant fidèles». Feraient-ils défection, ces partenaires, pour cause, par exemple, de formules jugées par eux insupportables, que Benyamin Netanyahou trouverait sans difficulté une majorité de rechange. Kadima, le parti centriste de Mme Tzipi Livni, est certainement disposé à appuyer une politique de paix. Le compromis pourrait consister à se déclarer ouvert, sinon favorable, à la solution des deux Etats, ce qui est, somme toute, l’objectif des conversations. L’environnement actuel y incite. Selon Martin Indyk, ancien ambassadeur américain en Israël(1), au temps de Bill Clinton, plusieurs facteurs modifient, certains profondément, le contexte de ces conversations.

Des opinions publiques plutôt favorables
Un, la violence a considérablement décru. Hier, les attaques terroristes empêchaient les responsables d’Israël de se montrer accommodants. Les Israéliens avaient fini par croire à un double jeu de la part de Yasser Arafat: partisan de la paix lors des négociations, on l’accusait d’autoriser les attentats. Aujourd’hui, l’Autorité palestinienne police la Cisjordanie pour éviter tout débordement des activistes. Plus nouveau, le Hamas agit sensiblement de même à Gaza. Du coup, le nombre de civils tués dans des attentats est passé de 452 en 2002 à 6 en 2009 et à 2 entre janvier et août 2010. Deux, la colonisation se ralentit. Le moratoire des implantations dure depuis 10 mois. Aucune nouvelle construction de logement sur la Rive occidentale n’a été enregistrée au premier trimestre par le Bureau central israélien de statistiques. Même chose à Jérusalem Est, depuis le scandale de mars, quand le vice-président Binden avait condamné la construction annoncée de 1.600 logements. Et le nombre des démolitions d’habitations palestiniennes a grandement diminué. Certes, le moratoire sur la colonisation doit se terminer le 26 septembre. Benyamin Netanyahou ne paraît pas vouloir le proroger. De son côté, Mahmoud Abbas se dit décidé à rompre les négociations en cas de reprise de la colonisation. Mais un compromis n’est pas inimaginable si des constructions limitées s’engageaient sur des terrains prévus pour être rattachés à Israël. L’Etat hébreu pourrait aussi autoriser la police palestinienne à se charger du maintien de l’ordre dans la plupart des villages cisjordaniens et s’engager à cesser toute incursion armée dans les zones dévolues à l’Autorité palestinienne. Trois, des deux côtés, l’opinion publique, lassée de tant d’affrontements, est favorable à la solution des deux Etats. Tout accord en ce sens entre MM Abbas et Netanyahou serait, à n’en pas douter, approuvé par une large majorité, chez l’un comme chez l’autre, y compris à Gaza. Et l’approbation des «Gazaouis» contraindrait probablement le Hamas, sauf à se discréditer, à suivre le mouvement. En Israël, l’opposition du Likoud serait extrêmement vive mais elle n’empêcherait pas une majorité de députés d’approuver l’accord.Quatre, enfin, les négociations pourraient aller très vite car il n’y a plus grand-chose à négocier. La création d’un Etat palestinien et les multiples aménagements nécessaires ont déjà été discutés. Toutes les garanties de sécurité ont été prévues et approuvées en 2000 à Camp David. Une année de négociation semble suffisante pour procéder aux aménagements indispensables, y compris, peut-être, pour mettre en place une force internationale d’interposition dans la vallée du Jourdain. Jeudi 2 septembre sera un autre jour mais aussi, c’est possible, l’aube d’une ère nouvelle. Celle où deux hommes d’Etat accepteront de tutoyer l’histoire. Car la décision de faire la paix sur cette terre de Palestine serait littéralement historique. Il faudra à MM Abbas et Netanyahou d’afficher bien du courage. Sans doute est-ce beaucoup leur demander dès lors qu’ils sont, l’un et l’autre, peu ou prou prisonniers de leurs habitudes, de leur environnement, de leur passé. Shimon Peres se plaît à comparer l’histoire à un cheval au galop qui passe devant une fenêtre; «ce qui fait l’homme d’Etat est sa capacité d’en sauter pour enfourcher la monture».MM Abbas et Netanyahou en sont-ils capables? L’avenir dira vite si un espoir peut être nourri. Le 26 septembre est la fin programmée du moratoire sur la colonisation, ce peut être aussi le jour d’une désespérante rupture. Aux deux négociateurs d’en décider sans désespérer un peu plus leurs peuples respectifs.

Les Etats-Unis et les pourparlers israélo-palestiniens
Depuis les années 1980, les Etats-Unis poussent Israéliens et Palestiniens à négocier. Il a d’abord fallu que les Palestiniens se structurent en un mouvement national uni. L’OLP a été créée en 1964. Il y a eu ensuite les négociations entre l’Egypte et Israël. Elles se sont heureusement conclues par la paix du 17 septembre 1978. Il y a eu la paix entre la Jordanie et Israël, signée le 26 octobre 1994. Manquaient toujours les Palestiniens! L’Union soviétique une fois disparue et avec elle son appui déterminé au Fatah, le processus de paix devenait un objectif logique et raisonnable. Cependant, le temps et les échecs venant, les pourparlers se sont peu à peu transformés en une fin en soi pour Washington. Les Etats-Unis ont de nombreux intérêts dans le monde arabo-musulman que l’irritante question palestinienne est de nature à compromettre. Même si bien des Etats arabes ont d’autres soucis sécuritaires qu’Israël – l’Iran par exemple constitue une menace d’envergure –, leurs citoyens, eux, considèrent le drame palestinien comme une cause sacrée que leurs gouvernements doivent défendre. Dans ces conditions, nombreux sont les pouvoirs dans le monde musulman qui pratiquent une politique à deux niveaux: le premier, ostentatoire, condamne Israël et assure aux opinions publiques que l’appui apporté à la cause palestinienne est indéfectible, le second, secret, traite d’affaires également importantes mais qui supposent une certaine collaboration avec Israël. Ainsi des pays comme le Pakistan, l’Arabie saoudite, la Turquie, sont-ils intimement persuadés de la nécessité d’une étroite coopération avec les Etats-Unis mais ils doivent prendre en compte la passion pour la Palestine de leurs populations respectives. Même chose pour l’Egypte et la Jordanie. Ces deux pays, minés par les questions démographiques et de sécurité, peinent à cacher leur hostilité à l’égard de certaines factions palestiniennes. On en veut pour preuve le blocus de Gaza auquel a participé activement le gouvernement du Caire. En s’efforçant à peu près sans relâche depuis quatre décennies de promouvoir un accord entre Israël et les Palestiniens – seule la présidence de George W. Bush a montré en la matière nettement moins d’ardeur –, les Etats-Unis mènent une politique qui leur permet d’abord de maintenir de bonnes relations avec les Etats arabes et musulmans…Tant pis si cette politique n’aboutit pas à une vraie et juste paix en Palestine, l’essentiel pour Washington est de montrer que les Etats-Unis s’y intéressent…----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Martin Indyk, «For once, hope in the Middle East», The New York Times, 28 août 2010.
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