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Privatisations, nationalisations… A qui appartiennent les richesses de la Bolivie?
Par Joseph E. STIGLITZ

Par L'Economiste | Edition N°:2349 Le 29/08/2006 | Partager

Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie, enseigne cette discipline à l’université de Columbia après avoir dirigé le board des conseillers économiques du président Clinton et servi en qualité de directeur économique et de vice-président de la Banque mondiale. Il en a démissionné en 2000 et depuis il se montre très critique à l’endroit de l’institution. Son ouvrage le plus vendu, Globalization and its Discontents [La grande désillusion] a été traduit dans plus de 30 langues. Il a publié il y a un an «The Roaring Nineties: A New History of the World’s Most Prosperous Decade», que l’on pourrait traduire par «Les rugissantes années 90: une nouvelle histoire de la décennie la plus prospère du monde». Son dernier livre s’intitule «Fair trade fo all» (Commerce équitable pour tous) (Ph. Project Syndicate)Il y a quelques mois, Evo Morales est devenu le premier chef d’Etat amérindien élu démocratiquement en Bolivie. La population bolivienne est indienne à 62 %, et issue du métissage à 30%. Or, pendant 500 ans, le pays a été dirigé par les puissances coloniales et leurs descendants. Pour une grande partie du XXe siècle, les groupes indigènes n’ont eu en pratique ni droit de vote, ni voix au chapitre. Leurs langues, aymara et quechua, n’étaient même pas reconnues pour la conduite des affaires publiques. L’élection d’Evo Morales est donc un événement historique, qui suscite une vive émotion en Bolivie. Mais sur la scène internationale, la nationalisation des gisements de pétrole et de gaz par ce nouveau dirigeant a fait sensation. Tout au long de sa campagne, Morales avait bien affiché son intention de renforcer le contrôle de l’Etat sur les ressources énergétiques nationales, sans pour autant exproprier les entreprises privées; il ne voulait pas chasser les investisseurs étrangers (évidemment, nationaliser ne signifie pas nécessairement exproprier sans indemniser correctement). Fait peut-être surprenant pour les politiciens d’aujourd’hui, Morales était sincère. Soucieux de sortir son peuple de la misère, il est conscient que la Bolivie a besoin pour sa croissance des compétences de spécialistes étrangers, dont il faut rémunérer les services à leur juste valeur. En revanche, les bénéfices des propriétaires étrangers ne sont-ils pas disproportionnés? Les initiatives de Morales sont largement encouragées par les Boliviens, pour qui les “privatisations” (ou “capitalisations”) mises en œuvre sous la présidence de Gonzalo “Goni” Sanchez de Lozada sont une escroquerie: la Bolivie n’a perçu que 18% des recettes! Les Boliviens se demandent pourquoi des apports d’environ 3 milliards de dollars donnent aux investisseurs étrangers le droit à 82% des vastes réserves d’hydrocarbures du pays, évaluées aujourd’hui à 250 milliards de dollars. Certes, on ne connaît pas encore le montant exact des bénéfices, ni la vraie valeur des investissements, mais on estime que les investisseurs auraient récupéré tout leur argent en quatre années. . Quand les bénéfices partent vers l’étranger…Les Boliviens aimeraient aussi savoir pourquoi les étrangers récoltent tous les bénéfices de la hausse des cours des hydrocarbures. L’extraction ne coûte pas plus cher aujourd’hui que lorsque le pétrole et le gaz se négociaient au tiers de leur prix actuel. Pourtant, les compagnies pétrolières étrangères récoltent 82% de l’augmentation, soit une manne d’au moins 32 dollars par baril. Il n’est donc guère étonnant que les Boliviens se soient mobilisés pour réclamer des changements. Le 2 mai dernier, Morales a tout simplement inversé les pourcentages, en attendant la renégociation des contrats: les entreprises qui exploitent les deux gisements les plus productifs du pays devraient ne garder que 18% de la production, et la Bolivie devrait obtenir une part plus importante lorsque les prix augmentent. (Pour se protéger en cas de chute des cours, la Bolivie pourrait conclure un accord avec les entreprises étrangères, qui prendraient en charge une partie du risque, en échange de bénéfices potentiels plus importants). Pour la plupart des Boliviens, c’est une question de justice: le rendement des capitaux étrangers doit-il être juste, ou disproportionné? La Bolivie doit-elle recevoir un juste paiement pour ses ressources énergétiques? Et qui doit bénéficier en premier lieu des gains provenant de la hausse des cours des hydrocarbures? Les compagnies étrangères, ou la Bolivie? . Une bonne décisionIl apparaît en outre que de nombreux contrats ont été conclus en secret par les gouvernements précédents, sans l’accord du parlement, pourtant requis par la Constitution bolivienne pour les transactions de ce type. Si les actes de vente n’étaient pas valables, il ne s’agit pas vraiment aujourd’hui de nationalisation: lorsque des chefs-d’oeuvre du patrimoine national sont subtilisés, puis restitués, on ne parle pas alors de “re-nationalisation”, car ils n’ont jamais cessé d’appartenir à leur pays d’origine. Les privatisations soulèvent souvent des questions quant au respect par les investisseurs de leurs engagements. En l’occurrence, la Bolivie a apporté non seulement des ressources, mais aussi des investissements antérieurs. Les compagnies étrangères étaient censées apporter de nouveaux investissements. Ont-elles respecté ces obligations? Des astuces comptables ont-elles été utilisées pour surévaluer les contributions étrangères? Jusqu’à présent, le gouvernement bolivien s’est contenté de poser des questions délicates, et de déclencher un processus qui devrait permettre d’obtenir des réponses. Pour le moment, il y a lieu de se réjouir du fait que la Bolivie est dirigée par un homme élu démocratiquement, qui s’efforce de défendre les intérêts des pauvres de son pays. Il s’agit bien d’un moment historique.


En ombre et en lumière

La Bolivie pâtit d’un manque de transparence, à la signature des contrats et par la suite. Dans ce contexte, les citoyens ont facilement l’impression d’être trompés, et ils ont souvent raison. Lorsque des compagnies étrangères obtiennent des avantages mirifiques, cela cache souvent des opérations en sous-main. Partout dans le monde, les multinationales qui exploitent les gisements de pétrole et de gaz ne peuvent s’en prendre qu’à elles-mêmes, pour avoir trop souvent refusé d’établir une plus grande transparence. A l’avenir, entreprises et gouvernements devraient s’entendre sur un principe simple, hérité du président Woodrow Wilson: les contrats doivent être négociés en toute ouverture et en toute transparence. Si la Bolivie n’obtient pas un juste paiement pour ses richesses naturelles, ses perspectives seront peu encourageantes. Et même si elle y parvient, elle aura besoin d’une assistance, non seulement pour l’extraction des hydrocarbures, mais aussi pour l’amélioration de la santé et de l’éducation de tous les Boliviens, pour garantir la croissance économique à long terme et la protection sociale.Copyright: Project Syndicate, 2006 Traduit de l’anglais par Emmanuelle Fabre

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